Olivia Germeau, la passion des concours au-delà des clichés
G.O : avec cette signature, on reconnaît la plume et les photographies d’Olivia Germeau. Équipée de son carnet et de son appareil, cette jeune femme immortalise dans nos pages les concours Blanc Bleu Belge. Une passion pour la race qui ne date pas d’hier… Chez elle, à Maffe, elle s’est confiée sur son activité, une manière de découvrir qui se cache derrière ces articles. Une interview réalisée dans le cadre de l’année internationale des agricultrices.

Olivia, comment vous êtes-vous lancée dans cette activité ?
À la base, mon papa aimait beaucoup les concours. Il était éleveur de Blanc Bleu Belge. C’est donc un peu comme dans Obélix: je suis tombée dans la marmite quand j’étais petite. Ma maman, suite à des soucis de santé, ne savait pas nous accompagner. Néanmoins, lorsque nous rentrions, elle demandait toujours comment cela s’était déroulé. Plus jeune, j’ai reçu un premier appareil photo. Je réalisais alors des photos des vaches à la ferme, puis lors des compétitions. Je les montrais à ma mère. Lorsque j’ai eu une vingtaine d’années, je me suis dit que d’autres personnes étaient peut-être dans la même situation… N’étant pas en capacité de se rendre en concours, elles souhaiteraient également avoir un retour plus complet sur ceux-ci. J’ai alors créé un groupe sur Facebook. Ensuite, le centre Génétique Avenir Belgimex m’a contactée afin que j’aille filmer leur présentation de taureaux et les publier sur ce groupe. En 2013, Jean Derzelle, qui à l’époque suivait ces événements, est décédé. Sophie Marchal, du herd-book Blanc Bleu Belge, m’a demandé de prendre la relève. En mai 2014, je démarrais cette activité. Actuellement, je pense que je suis la seule à exercer ce travail en Belgique.
Qu’est-ce qui a été le plus compliqué au départ ?
Écrire dans le journal n’est pas aussi évident qu’on ne le pense… Il faut savoir structurer le texte. Parfois, il y a aussi des animaux qui gagnent « par défaut » le titre de champion. Il y a moins à raconter à leur propos. Cependant, je trouve cela dommage pour l’éleveur de ne rien mettre. J’essaie de trouver les mots justes. Au départ, j’avais un peu peur d’écrire les choses. À présent, j’ose signaler si quelque chose allait bien ou moins bien.
Suivez-vous l’ensemble de ces événements ?
J’y vais à chaque fois que je peux m’y rendre, soit quasiment tous. Cependant, comme j’ai un autre travail, ce n’est pas toujours possible, et il m’arrive d’en rater l’un ou l’autre. Lorsque ce type de situation se produit, les personnes de la régionale ou de l’Association des éleveurs se chargent des photos, me les envoient, je les retrie, écris les légendes et les transfère aux journaux, comme Le Sillon Belge.
Et vous ne vous focalisez que sur le Blanc Bleu Belge ?
Oui, car je ne m’y connais pas du tout dans les autres races. C’est donc plus compliqué. De plus, juste le Blanc Bleu Belge, c’est déjà pas mal. Outre le fait d’envoyer ce travail aux journaux et de le publier sur ma page, j’imprime les photos pour que les éleveurs puissent obtenir leur version papier. Par ailleurs, j’exerce aussi mon activité principale, qui est éducatrice avec des enfants malades dans un hôpital liégeois. Et je suis également maman d’un petit garçon.
Comme vos parents possédaient une ferme, n’avez-vous jamais eu envie de vous lancer à temps plein dans le monde agricole ?
J’y ai pensé… Toutefois, la conjoncture actuelle me semble compliquée pour se lancer. Nous sommes trois enfants. La ferme familiale se situe à Jodoigne. Je gère les tâches administratives, tandis que mes frères s’occupent des bêtes. C’est l’élevage de la Contère. Parfois, quand mes frères présentent plusieurs animaux en compétition, je leur donne un coup de main. Je me retrouve alors à la place des participants.
Votre blog rencontre un franc succès, comment expliquez-vous cette réussite ?
Je n’ai rien fait pour, c’est venu tout seul. Je pense que j’ai pris le train au début de l’essor des réseaux sociaux. J’ai vu que d’autres avaient aussi créé des pages, mais cela fonctionnait moins bien. Avant, je publiais quasiment directement les résultats sur ma page. À présent, c’est parfois un peu plus lent. Comme je travaille à pauses, j’essaie de maximiser mon temps libre pour cette activité. En tout cas, je ne sais pas expliquer ce succès, et je ne l’ai pas fait exprès !
Les concours sont essentiellement fréquentés par des hommes, cela n’a pas été trop compliqué lorsque vous avez commencé ?
Justement, en parlant de positionnement, comment les éleveurs peuvent-ils vous faciliter la tâche quand vient le moment de prendre les photos ?
Souvent, ils voient, selon mon regard, si l’animal est bien placé ou non. Maintenant, certains ne se positionnent pas convenablement, malgré nos efforts. Il faut qu’ils soient bien carrés, comme quatre pieds de table. Souvent, j’indique s’il faut allonger ou raccourcir la bête. En général, les éleveurs m’écoutent. Avant, lorsqu’ils recevaient la photo, certains trouvaient que leur animal n’était pas bien placée, car ils n’avaient pas suivi mes conseils. À présent, ils comprennent. On essaie toujours de faire au mieux, bien que certains bovins soient plus compliqués que d’autres.
Vous assistez à presque tous les concours. À présent, est-ce que vous arrivez à faire de bons pronostics sur le futur gagnant ?
Au fil de ces années, avez-vous constaté des évolutions sur le ring ?
La qualité des bovins a augmenté. Pourtant, j’ai l’impression que depuis que je suis jeune, j’entends dire autour de moi que l’on ne saurait pas aller plus loin. Finalement, si, on voit une différence par rapport aux animaux présentés il y a dix ans. D’autres critères sont devenus importants, comme les aplombs. Il y a aussi moins de bêtes qu’auparavant sur les rings. Le contexte sanitaire entre en jeu. Par ailleurs, les retombées sont différentes maintenant. À l’époque, dans les années 90, certains bovins se vendaient quasiment à prix d’or. À présent, ce sont vraiment les passionnés qui y participent. Pourtant, ces événements restent une vitrine pour l’élevage, cela permet aux participants de se comparer entre eux et de savoir où ils se situent.
Quels sont votre plus beau concours et le plus beau souvenir ?
Le plus beau, je pense que cela reste le national, à Libramont. Ce n’est pas la même ambiance, ni les mêmes enjeux qu’en régional. C’est une vitrine pour le grand public, et l’organisation est bien rodée. J’ai plusieurs beaux souvenirs. Lorsque des participants font des championnats, certains sont en pleurs tellement l’émotion est présente. C’est particulièrement fort lorsqu’il s’agit de plus jeunes éleveurs. C’est une belle récompense pour eux, et je partage leur bonheur. Juste avant l’annonce des résultats, il y a une pression importante dans le ring. J’essaie toujours d’aller voir quel participant a remporté le titre de champion afin de faire la bonne photo à l’annonce des résultats. Certains l’ont compris… J’essaie d’être la plus discrète possible. L’annonce des championnats, c’est mon moment favori. De plus, j’aime le suspense lorsque je sais ce que les autres ne savent pas encore… 





