États Généraux de l’agriculture : un pacte proposé pour obtenir une agriculture équitable et viable

Choqués par la dure réalité de l’enquête menée lors des premiers États Généraux et portant sur l’avenir de l’agriculture, les responsables de Fedagrim insistent : il ne faut pas nier l’existence de problèmes pour faire plaisir, ou pour éviter de démotiver les jeunes. La logique demande plutôt de régler ces problèmes pour donner plus de possibilités de développement futur au secteur.

Un pacte en dix points

Pour ce faire, la fédération propose un pacte agricole en dix points d’action pour une agriculture équitable et viable. Ces propositions portent principalement sur l’aspect financier, les marges de manœuvre, et l’environnement dans lequel l’agriculteur prospère.

 Les prix et marges bénéficiaires de tous les maillons de la chaîne doivent être plus transparents et équitables. L’existence d’un observatoire des prix pour le monde agricole, transparent et détaillé, est demandée.

 Le consommateur doit être davantage conscientisé aux risques encourus par l’agriculteur, et sensibilisé à la qualité des produits.

 Il faut plus de promotion un label de qualité pour les produits belges. Ce label doit ainsi situer la qualité nationale de nos marchandises par rapport à leurs pendants de moindre valeur sur le marché mondial, afin de leur donner un prix plus juste.

 Comme c’est le cas dans d’autres secteurs économiques, le prix des différentes productions doit être représentatif de leur inégalité de qualité. Le consommateur doit être sensibilisé au prix juste de ce qu’il achète.

 Une banque de terres, telle qu’elle existe dans d’autres pays et secteurs, devrait permettre de limiter la pression sur les prix et de faciliter les transferts de terres entre agriculteurs.

 Il n’est pas possible de séparer la vie professionnelle et la vie familiale à la ferme, et les bonnes années compensent de moins en moins les mauvaises. Il est donc important de réfléchir à un régime d’assurance spécifique afin de protéger l’agriculteur et sa famille.

 Un régime de pension équitable ne peut pas s’appuyer que sur les terres de l’agriculteur, il faut stimuler une épargne-pension spécifique.

 La gestion de l’espace où l’agriculture et la nature se rencontrent est d’une importance stratégique. Plus de coordination entre les compétences politiques de ces deux domaines est donc nécessaire.

 Un climat d’investissement politique qui rend les changements possibles est requis : le producteur doit pouvoir moduler ses remboursements en fonction de la volatilité climatique.

 Les pouvoirs publics belges doivent peser de manière plus importante sur l’Europe afin que les normes de qualité soient valorisées à leur juste valeur.

Ce pacte agricole a ensuite fait l’objet d’un débat entre Johan Colpaert, président de Fedagrim, José Renard, chef de cabinet adjoint du ministre wallon de l’Agriculture, Patricia De Clercq, chef de cabinet adjoint de la ministre flamande de l’Agriculture, et Erik Claeys, président de l’Algemeen Boerensyndicaat (Abs).

Plus de bénéfices pour les producteurs

« La Belgique importe de plus en plus d’énergie. Ce sera bientôt le cas pour la nourriture, et ce sont les consommateurs qui payeront ! C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer un observatoire de prix spécifique à l’agriculture », prévient d’entrée de jeu Johan Colpaert. Tandis qu’Erik Claeys y est très favorable, José Renard tempère : « Observer, c’est bien. Agir quand il y a des constats, c’est mieux. », dit-il. « Le prix des produits augmente mais ce n’est pas le producteur qui en profite. Nous avons un énorme stock de poudre de lait dont on ne sait rien faire, et pourtant le prix de la poudre continue de diminuer. C’est à ce niveau-là qu’il faut faire quelque chose ». « Il est temps d’inviter les organisations sectorielles à débattre sur le sujet », rajoute Patricia De Clercq.

Au sujet de la qualité des produits, le président de Fedagrim estime que, au vu des normes respectées en Belgique, si le consommateur choisit du lait étranger, il doit être mis au courant que la qualité est moindre. « La grande distribution se doit d’être plus active dans la promotion des agriculteurs locaux. De plus, la qualité proposée par les autres pays européens devrait s’aligner sur celle de la Belgique ». Erik Claeys confirme : « Le consommateur est trop habitué à ne pas voir d’augmentation des prix en cas de crise grâce aux produits importés, mais il faut casser cette idée fixe et lui apprendre qu’une petite hausse n’est pas nécessairement dramatique ». José Renard souhaite faire connaître l’histoire des produits aux acheteurs, et développer la qualité différenciée et le local. « Le citoyen belge préfère acheter le lait ou les œufs qui proviennent de son voisin, donc il y a encore beaucoup à construire. Dans un récent reportage, on a pu voir notamment deux éleveurs laitiers s’exprimer. L’un s’est conerti au bio, tandis que l’autre a récolté des fonds via un crowdfunding. Ils se sont tous les deux pris en main et arrivent maintenant à s’en sortir. C’est porteur d’espoir! ».

Les terres agricoles doivent le rester

Johan Colpaert regrette qu’en Belgique, il n’y ait aucune certitude que des terres agricoles le restent. « Aux Pays-Bas, bon nombre de facilités immobilières sont mises en place pour les agriculteurs. Pourquoi n’est-ce pas le cas chez nous ? Ici, les industriels veulent les terres et prennent les occupants actuels à la gorge ». Le chef de cabinet adjoint wallon rappelle qu’il existe des banques de terres en France, mais il n’est pas convaincu par leur fonctionnement, notamment car la redistribution n’est pas tout à fait transparente. « Bien sûr, il faut faire attention à ce qu’il n’y ait pas de changement d’affectation », explique-t-il. « La majorité des terres agricoles perdues est utilisée pour le logement. La priorité est de remettre un maximum de terres sous bail à ferme, mais les bailleurs ne veulent plus en entendre parler, donc il faut retrouver un équilibre. Améliorer l’entente entre bailleur et preneur est nettement plus important que de créer une banque étatique ! ».

Pour conclure, Johan Colpaert demande le soutien des politiques et des organisations agricoles pour que les enjeux climatiques et le maintien de l’environnement soient pris en compte dans le développement de la qualité des produits locaux. « Une agriculture qui se meurt est un danger pour toutes les strates du pays ».