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Cadmium, l’agri-bashing qui fait pschitt

Depuis quelques semaines, on entend parler d’un nouveau métal lourd par petites vagues régulières. Le scandale a commencé en France et vu qu’on est voisins, tels que les Dupont et Dupond, la Belgique lance aussitôt une surveillance de ses terres. Focus sur le cadmium, qu’est-ce que c’est et pourquoi se retrouve-t-il dans notre corps ?

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Naturellement présent dans la terre en très faible quantité, le cadmium fait partie de la famille des métaux lourds. À ce stade, il est inoffensif. Néanmoins, à partir du moment où il se la raconte un peu trop, les laboratoires de contrôle émettent des avertissements car vraiment, on ne l’aime pas ! Au-delà de certaines quantités, il est en effet toxique tant pour l’environnement que pour notre santé. Rappelons qu’il fait partie des métaux lourds et l’histoire nous a bien démontré qu’appliquer du plomb sur sa peau pour soi-disant garder un teint diaphane, c’était une vaste couillonnade véhiculée par les influenceuses du 17e siècle qui prenaient déjà la pose, décolleté béant, sur un tableau à leurs vingt ans. Malheureusement, avec de telles skin care, on n’a pas eu le temps de les voir vieillir. Vous l’aurez compris, les métaux lourds, on n’y touche pas et ce n’est certainement pas au 21e siècle qu’on va les avaler alors qu’ils sont multi-pathogènes. Parce que selon les récents articles sortis, il s’agit bien de ça : on avale carrément ce métal à chaque bouchée de pain. Mais comment ? C’est assez simple : si on cultive une céréale ou des légumes, en particulier les tubéreux sur une parcelle contaminée, ces derniers absorbent naturellement via leurs racines le métal et vous avez déjà compris la suite, il s’entasse dans notre organisme.

Alors on ne s’arrête pas là, car en plus d’être extrêmement nocif, il bénéficie carrément d’un accès VIP à nos tisses organiques. Notre corps, assez naïf, le confond en effet avec… le calcium ! Les deux molécules ont une structure physico-chimique assez similaire, assez que pour nous tromper. Croyant bien faire, notre corps ouvre grand ses portes, content qu’on finisse par manger un yaourt et n’y voit que du feu. Ah lala, la cata ! C’est malheureusement assez bien connu que notre corps a du mal avec les molécules qui se ressemblent. Si vous êtes par exemple allergique au pollen de bouleau, il est fort à parier que vous êtes également allergique aux pommes. Pourquoi ? Parce que les molécules se ressemblent tellement que votre organisme les confond et dans ce cas, il veut s’en défendre sans pouvoir en faire la distinction. Ici c’est évidemment le cas contraire, le cadmium reste et s’entasse en nous.

Maintenant qu’on a compris que ce n’est à l’évidence pas bon pour la santé, comment se fait-il que le cadmium se retrouve en excès dans certains sols ? Toujours selon certaines voix qui s’élèvent, ce serait l’entière responsabilité de l’agriculture conventionnelle. Aucune nuance, pas de dégradés d’arguments. Sous les feux des projecteurs, nous avons sur les bancs des accusés du tribunal de la place publique les engrais chimiques que les agriculteurs utilisent pour booster leurs cultures.

Petit aparté rapide pour ceux qui arrivent dans le milieu, les engrais chimiques dits aussi plus pacifiquement « engrais minéraux », permettent à la plante de profiter rapidement et efficacement de tous les minéraux dont elle a besoin pour optimiser sa croissance. Il existe trois grandes sortes d’engrais : les azotés (N), phosphatés (P) et potassiques (K). Mis à part pour l’engrais azoté, les deux autres sont issus d’extractions minières qui sont ensuite traitées pour extraire uniquement le minéral qui nous intéresse. Là où il y a un souci, c’est que les engrais phosphatés contiennent naturellement du cadmium. Donc au moment de les épandre, outre le phosphate, se retrouve également ce métal qu’on tolère en très petite quantité.

Alors oui, certainement, si on met des couches de lard, le sol va rapidement faire une overdose et on le comprend. D’où l’intérêt de doser correctement l’apport d’engrais minéraux et de ramener par la suite des engrais organiques aux champs. En somme, du fumier. Ce dernier travaille le sol sur le long terme et lui apporte tout ce dont il a besoin pour consolider sa structure et notamment son humus. Sans apport de fumier, la terre perd tout son intérêt et devient un substrat stérile, dénué de vie. Et tout ceci, les agriculteurs le savent. Pas besoin de « lanceurs d’alerte » pour leur expliquer comment cultiver sainement.

Et on va encore un peu plus loin : puisque le sol s’acidifie avec les engrais minéraux, les agriculteurs ressortent leur semoir en hiver pour recouvrir les parcelles d’une poudre blanche. Il s’agit tout simplement de chaux calcique pour diminuer l’acidité de la terre et permette la stabilité du complexe argilo-humique. Tout ça, c’est une question d’analyses de terres qu’on envoie au centre UCLouvain de Michamps par exemple, de conseils et de gestion. Donc il n’y a pas de hasard dans le travail des agriculteurs. Ce manque de nuance me sidère littéralement.

Par contre, oui, l’info est bien vraie : on a constaté que dans certaines zones (pas toutes !), il y a bien une pollution du cadmium dans des parcelles qui présentent un réel risque pour la santé des consommateurs. Quelles sont-elles ? Alors je veux bien qu’on critique le secteur agricole, mais là franchement le raccourci est digne d’un virage à la Fast and Furious. Je ne suis pas allée très loin pour tomber dessus. Il m’a suffi que je m’arrête sur le site de notre agence fédérale de la sécurité de la chaîne alimentaire : il s’agit essentiellement d’anciennes zones préindustrielles où il y a eu des décennies d’émanations de métaux diverses dans les sols et où sont implantées des cultures de… maraîchage. Donc bon, je veux bien admettre qu’on ait du cadmium dans notre assiette, mais les premières sources d’exposition ne sont peut-être pas les champs de céréales. Une personne sans formation agronomique qui se lance dans le maraîchage post-covid parce qu’on était tous dans une green-vibe, c’est très bien, très instagramable, mais il s’agirait quand même bon de vérifier en amont la composition du sol avant d’y planter une salade.

Et là où je finis par me dire qu’on est vraiment dans une dynamique de bashing contre l’agriculture conventionnelle, c’est lorsque je me penche sur la première source exposition au cadmium pour l’humain qui est affichée sur le site de l’Afsca : le tabagisme. Et ça, l’agriculteur, à part un brin de paille entre ses lèvres, il n’y est pas pour grand-chose. Alors oui, soyons attentifs au cadmium mais évitons les visions manichéennes et citons l’ensemble des sources de contamination.

Valérie Neysen

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