Séverine d’Ans remet les plantes sauvages de nos régions au cœur des jardins
Sur les hauteurs de Huy, les plantes de nos régions occupent le devant de la scène. Dans sa pépinière, Séverine d’Ans, agronome, produit des plantes sauvages et des semences, le tout avec cet ancrage local. Une attention portée de la graine jusqu’aux jardins, puisque la botaniste propose des coachings pour les espaces verts, des formations, ou encore des bouquets composés de fleurs qui prennent racine chez elle.

Apiflora porte si bien son nom… C’est, en effet, sourire aux lèvres que Séverine d’Ans dévoile les coulisses de son métier, dans le cadre de l’année internationale des agricultrices. Dans sa pépinière, installée à quelques kilomètres du cœur de la cité mosane, cette botaniste accompagne les plantes sauvages herbacées de la semence jusqu’au jardin.
« L’idée est de les sortir de leur contexte. J’en réalise une sélection, favorable aux pollinisateurs, essentiellement des vivaces que l’on ne doit pas remplacer chaque année. Cela s’inscrit véritablement dans une démarche durable », explique-t-elle.
Des plantes belles mais aussi utiles. Comestibles, médicinales, mellifères… ici, leurs vertus reprennent sens. « Il y a à peine un siècle, les gens les utilisaient régulièrement. Lors de mes premières ventes, des personnes âgées venaient en disant qu’elles étaient familières de telle plante, en citant parfois leur nom en wallon. Je pense que ces personnes sont en recherche de cette connaissance ethnobotanique perdue ou ont envie de la retrouver ». Une série d’espèces que l’agronome connaît sur le bout des doigts et sait où dénicher. Ainsi, c’est directement dans leur milieu naturel que les graines sont collectées. Des zones calcaires, acides aux espaces ouverts ou encore forestiers : cette passionnée observe, cherche et trouve. Une récolte qui prend ensuite forme dans sa pépinière. Les semences, elle les multiplie également chez elle, de sorte notamment à gagner du temps et à répondre à la demande de sa clientèle, qui peut se rendre, sur rendez-vous, dans son espace de vente.
Des végétaux avec une origine locale et par conséquent adaptés à leur milieu. Toutefois, dans sa production, Séverine d’Ans ne prête pas uniquement attention à ces espèces indigènes. Elle a, en effet, décidé d’étendre son catalogue à des végétaux d’origines diverses. Citons, par exemple, l’agastache, une plante ornementale aux multiples bienfaits, ou encore la monarde, puisant ses origines aux États-Unis. « C’est une évolution mais aussi une manière d’attirer un autre public. Toutefois, je tiens à rester transparente sur les différents types. Sur mon site internet, il y a plusieurs filtres. De cette manière, il est possible de sélectionner celles indigènes, favorables aux pollinisateurs… », continue la spécialiste dont la pépinière est labellisée Végétal d’ici pour la production de plantes et semences d’origine locale.
Des jardins aux multiples facettes
Potentiellement, cette pépinière peut accueillir jusqu’à une centaine de variétés différentes. On peut déjà en avoir un aperçu… que l’on soit à l’extérieur ou à l’intérieur ! Avec ses multiples casquettes, l’ingénieure laisse libre cours à sa créativité à travers les bouquets qu’elle confectionne. Une nouvelle corde venue s’ajouter à son arc avec le mouvement Slow Flowers Belgium, soit une initiative dont l’objectif est la promotion de fleurs locales, de saison, cultivées de manière éthique et écologique, et favorisant la biodiversité. Plantes sauvages et ornementables s’associent alors, les bouquets prennent une autre allure, pour un même résultat : transmettre un message positif. Et c’est chez elle, à cinq minutes de la pépinière, que Séverine les confectionne, pour ensuite les vendre ou les livrer selon les commandes.
Si les semences, plantes et bouquets sont donc les têtes d’affiche de son activité, c’est aussi au-delà de sa pépinière que Séverine partage son savoir et son savoir-faire. Outre les formations proposées, elle permet d’accompagner les jardiniers dans la conception de jardins écologiques. « J’aime l’idée de coaching car je donne les outils aux personnes pour s’approprier la gestion de leur jardin. L’idée est qu’elles deviennent autonomes. Cela peut être relatif à la conception des espaces, au choix d’espèces adaptées au milieu, à la création d’une mare, d’une haie, aux structures écologiques du jardin ». Citons également la taille des arbres et des fruitiers, l’entretien des outils, ou comment ne pas se maltraiter en jardinant. Autant de thématiques que de publics différents. Certains peuvent opter pour un espace vert plutôt gourmand, d’autres davantage esthétique, avec des zones fleuries… là encore, tous les goûts et les envies sont dans la nature.
« La manière de voir le jardin a évolué pour certains. Ce dernier n’est plus purement décoratif. Ils le souhaitent plus résilient, favorable à la biodiversité, vivant. On est vraiment en interaction avec lui ».
De la France à la Belgique
En effet, l’histoire de Séverine débute à Paris où sa famille, qui compte des origines belges et péruviennes, s’installe. Néanmoins, son père souhaite garder un ancrage rural avec une maison de campagne dans les Ardennes françaises. Même en grandissant en ville, la botaniste garde dès lors ce contact avec la nature. S’ensuit un bac littéraire, puis sa sœur lui montre un descriptif d’agent en eau et forêt. C’est la révélation. Elle part réaliser ses études à Gembloux. Elle y débute un doctorat. « Mais j’aime être dehors, faire des essais en plein champ. Les cultures en boîte de Pétri, dans un laboratoire, ce n’était pas mon truc. J’aurais pu continuer, mais je n’aurais pas été satisfaite », confie-t-elle.
Aujourd’hui, néanmoins, le monde académique fait partie intégrante de sa vie puisqu’elle dispense des cours à la haute école Charlemagne. Là encore, transmission de connaissances, accompagnement et observation du vivant se retrouvent tel un fil conducteur dans un parcours pas tout à fait comme les autres.





