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La technologie s’invite dans les élevages pour piloter durablement le troupeau

Et si les données du contrôle laitier devenaient davantage un levier concret pour mieux piloter les élevages ? C’est l’objectif de HoliCow, un projet international qui entend mettre à disposition des éleveurs une série d’informations précises notamment sur la santé de leurs animaux, leur fertilité ou encore leurs émissions de méthane. Une manière de s’ancrer dans une production plus durable, tout en montrant aux consommateurs la réalité du travail mené au sein de la filière laitière.

Temps de lecture : 4 min

Pour mieux comprendre comment est né ce projet, il faut faire un petit bond en arrière… Tout d’abord, rappelons que lors du contrôle laitier, le lait de chaque vache est analysé à l’aide d’un spectromètre. Cette machine examine un petit volume de lait, sur lequel est envoyée de la lumière. En fonction de l’absorption de celle-ci, et grâce à des modèles mathétiques, plusieurs résultats peuvent être obtenus comme, évidemment, la matière grasse et la protéine. Mais pas seulement… En effet, ce simple échantillon permet aussi de recevoir une série de renseignements tels que les émissions de méthane, l’empreinte azotée, l’efficacité azotée et phosphorée, la proportion d’herbe dans la ration alimentaire, ou encore le risque de mammite ou de boiterie. « Nous sommes très fiers de cette découverte wallonne, une première internationale. C’était en 2007 lorsque le Comité du lait a compris qu’il y avait moyen d’avoir d’autres paramètres, cela ouvrait le champ des possibles », rappelle Julie Leblois, collaboratrice scientifique à l’Association wallonne des éleveurs (Awé) et coordinatrice du projet HoliCow.

Néanmoins, pour développer des modèles mathématiques et obtenir ces résultats, il faut disposer d’un large échantillon, avec du lait provenant d’exploitations aux profils variés : des fermes où les vaches pâturent, d’autres où elles mangent du maïs, des animaux vivant davantage à l’extérieur, des bovins de races différentes… Bref, il fallait avancer ensemble, avec d’autres pays. C’est ainsi qu’une collaboration internationale s’est mise en place.

Grâce à cette approche, des informations portant sur pas moins de 5,6 millions de vaches au sein des six pays partenaires ont pu être recueillies. « Nous arrivons aujourd’hui à l’issue de quinze ans de recherche, au cours desquels nous avons compilé 63 millions de spectres dans une base transnationale. Cela nous a permis de définir environ 200 indicateurs autour de cinq axes : la santé animale, la transformation du lait, l’impact environnemental, la production et la fertilité. Nous serons en mesure de prédire quand une vache développe une mammite ou, au contraire, quand elle atteint son pic de production, le tout alimentant un système d’alertes intelligent », précise-t-elle.

Un projet ancré dans les réalités de la ferme

Lancé en 2023 en Belgique, en Allemagne, en France, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Irlande, HoliCow est une véritable aventure collective à laquelle prennent part différents partenaires : chercheurs, organismes de contrôle laitier, centres de recherche, mais aussi éleveurs. L’idée ? Confronter directement ces développements scientifiques à la réalité du terrain. Par exemple, vérifier si une vache était effectivement malade lorsque les résultats prédisaient qu’elle était susceptible de l’être.

Ces fermes pilotes, dont cinq en Wallonie, ont également eu leur mot à dire sur la manière dont ces informations seront diffusées. Car si disposer de renseignements pertinents sur les animaux constitue déjà une première étape, encore faut-il qu’ils soient facilement accessibles aux principaux intéressés.

« Nous avons créé plusieurs visuels et les avons proposés aux éleveurs afin de savoir ce qui leur plaît ou non, et si cela leur semble pertinent », ajoute Julie Leblois. À terme, ce travail de coconception permettra de garantir que l’outil final soit convivial, utile et ancré dans les pratiques quotidiennes des producteurs laitiers.

Ce dernier sera disponible dans le courant de l’année 2027, avec une diffusion prévue via la plateforme WALLeSmart. Il permettra à chaque agriculteur de visualiser, en un coup d’œil, la situation de son troupeau. Des alertes ciblées sont également prévues afin d’attirer son attention sur les animaux ou les indicateurs nécessitant une intervention. Par ailleurs, l’Awé prévoit la formation de techniciens afin d’offrir un accompagnement pour ceux-ci dans l’interprétation des résultats et la mise en œuvre de mesures correctives.

Sensibiliser au travail des éleveurs laitiers

Le dernier chapitre, et non des moindres, concerne la communication et l’éducation. Dans un contexte où l’élevage laitier est souvent pointé du doigt et accusé de nombreux maux, valoriser ce métier semble être plus que jamais une réelle nécessité. « C’est une opportunité de montrer que le secteur est conscient des enjeux de durabilité, avec tout ce que cela englobe : l’environnement, mais aussi l’économie, les circuits courts, la transformation, ou même le revenu des agriculteurs… Nous allons mettre en place des activités à destination des enfants, qui pourront ensuite en discuter avec leurs parents ».

Un jeu est notamment en préparation. Les enfants pourront se mettre dans la peau d’un éleveur, poser des choix, et réfléchir à leurs conséquences. Diverses animations sont aussi à l’ordre du jour pour ces petits consommateurs. Autant d’actions qui visent à mieux faire comprendre la complexité du métier, mais aussi à redonner à la filière laitière les moyens de raconter elle-même sa réalité.

L’équipe, avec l’Awé et l’Apaq-w, était présente à la Ferme du Tordoir à Péruwelz pour expliquer les différentes étapes de ce projet.
L’équipe, avec l’Awé et l’Apaq-w, était présente à la Ferme du Tordoir à Péruwelz pour expliquer les différentes étapes de ce projet. - R.T.

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