Soja, maïs, coton : l’agriculture tourne toute l’année dans le Mato Grosso
Grâce à l’enchaînement du soja avec le maïs ou le coton, les agriculteurs du Mato Grosso parviennent à récolter jusqu’à deux cultures par an sur une même parcelle. Cette performance repose sur plusieurs décennies de recherche agronomique, l’amélioration génétique des variétés et une gestion de plus en plus fine des sols, des ravageurs et de la fertilité.

L’une des particularités de l’agriculture du Mato Grosso réside dans sa capacité à réaliser plusieurs cultures sur une même parcelle au cours d’une seule campagne agricole. Dans cet État du centre-ouest brésilien, « l’année agricole débute en juillet et se termine en juin de l’année suivante », précise Cleiton Gauer, surintendant de l’Imea, l’institut d’économie agricole et de l’élevage du Mato Grosso. Les semis de soja commencent généralement dès le mois de septembre, à condition que les premières pluies aient apporté suffisamment d’humidité au sol. Les récoltes interviennent dès fin décembre et début janvier, avec un rendement moyen de 4 t/ha, permettant l’implantation immédiate d’une seconde culture, le plus souvent du maïs ou du coton.
Ce système de double culture constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs de compétitivité de la région. « Grâce à l’adaptation des variétés et à la maîtrise du calendrier cultural, les agriculteurs ont pu optimiser l’utilisation de leurs terres tout en augmentant fortement leur production annuelle », affirme-t-il. Le soja cultivé au Mato Grosso présente désormais des cycles relativement courts, généralement compris entre 95 et 120 jours. Cette évolution résulte de plusieurs décennies de sélection variétale et de recherche agronomique visant à adapter les cultures aux conditions tropicales locales.

Le choix des dates de semis reste néanmoins déterminant
Selon les producteurs, quelques semaines d’écart peuvent entraîner des différences importantes de rendement. « Les observations réalisées sur les exploitations montrent que les rendements augmentent lorsque les semis interviennent dans une fenêtre optimale, avant de diminuer à nouveau lorsque les plantations sont trop tardives. » Les conditions météorologiques et, notamment, la répartition des précipitations influencent fortement ces résultats d’une année à l’autre.

Si le principe de la double culture est aujourd’hui largement répandu, l’ordre des cultures est rarement remis en question. « Les essais consistant à semer du maïs avant le soja se sont révélés peu concluants à cause du manque d’ensoleillement », explique-t-il. Les rendements du maïs diminuent fortement et les problèmes sanitaires et la pression des ravageurs, comma la cicadelle, augmentent. Les producteurs privilégient donc les successions soja-maïs ou soja-coton, qui restent les systèmes les plus performants dans les conditions du Mato Grosso.
« Pour cette seconde culture, la fenêtre optimale de semis se situe sur les deux dernières semaines de février afin de garantir un bon développement grâce aux pluies. » Les récoltes de maïs s’étendent ensuite de mai-juin jusqu’en septembre, avec un rendement tournant autour des 7 t/ha. Puis le cycle recommence.
La rotation comme bouclier protecteur
La gestion des rotations culturales constitue d’ailleurs un élément central de la durabilité des exploitations. Dans un climat tropical où les températures restent élevées toute l’année, les ravageurs et les maladies ne connaissent pas de véritable interruption biologique comme dans les régions tempérées soumises à l’hiver. La pression parasitaire est donc permanente. Les agriculteurs doivent adapter leurs systèmes afin de limiter la prolifération des insectes, des maladies fongiques et des nématodes. Les rotations permettent notamment de réduire ces risques tout en améliorant la structure des sols avec la matière organique.
La recherche agronomique brésilienne joue un rôle essentiel dans cette stratégie. « Depuis plus de trente ans, les instituts de recherche et les entreprises semencières développent des variétés adaptées aux sols tropicaux et aux principales contraintes sanitaires. Les travaux portent notamment sur la résistance aux maladies du sol, à la rouille asiatique du soja et aux nématodes. Selon moi, le choix d’une variété plus résistante peut parfois être plus pertinent qu’une variété affichant le potentiel de rendement le plus élevé », assure Cleiton Gauer.
« Nos sols sont acides et pauvres »
Les systèmes intégrés culture-élevage se développent également rapidement. Une pratique courante consiste à associer le soja, le maïs et le brachiaria, une graminée tropicale utilisée comme fourrage. Après la récolte du maïs, cette couverture végétale sert de pâturage pour le bétail tout en contribuant à l’amélioration du taux de matière organique du sol. Cette intégration permet d’accroître l’efficacité de l’utilisation des terres et de renforcer la fertilité naturelle des parcelles.

La gestion de la fertilité constitue en effet un enjeu majeur dans le Mato Grosso. « Nos sols, souvent acides et pauvres en éléments nutritifs, nécessitent des apports réguliers de phosphore, de potassium, de calcium et de soufre. Le recours au calcaire est indispensable pour corriger l’acidité et neutraliser la présence d’aluminium toxique », détaille l’orateur. À l’inverse, le soja bénéficie d’un avantage important : grâce à la fixation biologique de l’azote par des bactéries symbiotiques, il n’est généralement pas nécessaire d’apporter d’engrais azoté. « Cette fixation permet même de laisser entre 60 et 80 kg d’azote disponibles pour la culture suivante, comme le maïs. »

Les producteurs s’appuient de plus en plus sur des solutions biologiques pour améliorer l’efficacité des systèmes. L’utilisation de bactéries fixatrices d’azote, de champignons bénéfiques ou d’autres micro-organismes permet de réduire certains intrants et d’améliorer la santé des sols. « Pour le soja, par exemple, pour lequel aucune fertilisation n’est nécessaire, les semences sont presque systématiquement inoculées par des bactéries ou des champignons brésiliens. » Ces approches complètent les innovations génétiques largement diffusées dans la région.
Une production de soja presque totalement Ogm
Aujourd’hui, la quasi-totalité du soja cultivé dans le Mato Grosso est issue de variétés génétiquement modifiées. Les différentes générations de semences commercialisées montrent des résistances aux herbicides, comme le glyphosate, et à certains ravageurs, permettant aux agriculteurs de mieux gérer la forte pression biologique caractéristique des climats tropicaux. Le soja non Ogm subsiste néanmoins sur des marchés de niche, où des primes peuvent parfois compenser les rendements généralement plus faibles.

Cette intensification agricole s’accompagne d’une protection phytosanitaire importante. Les producteurs réalisent plusieurs interventions au cours de la campagne afin de contrôler les adventices, les maladies et les insectes. Cette stratégie est rendue nécessaire par la permanence des cycles biologiques sous climat tropical, où les ravageurs peuvent se maintenir tout au long de l’année. « En soja, un désherbage est effectué avant la levée et au moins deux passages supplémentaires sont nécessaires avant la fermeture des lignes. Quatre traitements fongicides sont aussi appliqués et entre quatre et six insecticides », énumère Cleiton Gauer.


