Accueil Bovins

La kératoconjonctivite infectieuse, une maladie estivale redoutée

La kératoconjonctivite infectieuse bovine est une maladie oculaire contagieuse, davantage rencontrée en été et entraînant douleur pour l’animal et pertes économiques pour l’éleveur. Aperçu de cette pathologie et des solutions thérapeutiques, dont l’autovaccination.

Temps de lecture : 3 min

Cette pathologie de l’œil est due à Moraxella bovis, la bactérie identifiée comme agent principal de cette affection. Hautement contagieuse, elle touche particulièrement les veaux et les génisses au pâturage. Par ailleurs, elle entraîne de l’inconfort, une baisse de l’alimentation et de la croissance, ainsi que des pertes économiques importantes liées à la diminution des performances zootechniques, aux coûts de traitements et parfois à la réforme anticipée.

Sa transmission est favorisée par la présence de vecteurs mécaniques comme les mouches, la poussière ou le vent, par divers facteurs de stress tels que les ultraviolets, la densité animale ou les co-infections avec Mycoplasma bovis, ainsi que par la virulence variable des souches de Moraxella bovis , notamment celles produisant des toxines.

Des signes cliniques caractéristiques et un diagnostic à confirmer

Le diagnostic repose sur plusieurs approches complémentaires. Sur le plan clinique, on observe douleur, larmoiement, photophobie et ulcération centrale de la cornée, évoluant vers une opacité blanchâtre pouvant aller jusqu’à la perforation.

L’analyse épidémiologique met en évidence l’apparition en foyer, souvent en période estivale, dans un contexte de pâturage avec forte exposition aux mouches et aux UV.

Le diagnostic bactériologique, quant à lui, repose sur l’isolement de Moraxella bovis par écouvillonnage oculaire et culture en laboratoire, permettant de confirmer l’agent responsable, d’autres bactéries opportunistes pouvant coloniser un œil déjà atteint. Un diagnostic différentiel doit toujours être envisagé, notamment en cas de traumatisme mécanique, de présence de corps étrangers ou d’infections oculaires dues à d’autres bactéries.

Les traitements classiques : utiles mais parfois insuffisants

La gestion de la maladie nécessite une association de traitements. L’antibiothérapie, locale ou systémique, est utilisée pour contrôler l’infection, tandis que les anti-inflammatoires permettent de réduire la douleur et l’inflammation. Des mesures sanitaires sont indispensables : lutte contre les mouches, réduction de la poussière et isolement des animaux atteints. Toutefois, la récurrence de la maladie et la variabilité des souches bactériennes rendent difficile un contrôle basé uniquement sur les antibiotiques.

Les autovaccins : une réponse ciblée et adaptée au troupeau

Les autovaccins constituant une solution complémentaire intéressante, l’Arsia, via sa filiale Civasel, en propose, élaborés à partir de souches de Moraxella bovisisolées directement sur le cheptel concerné. Après inactivation et préparation selon un procédé strictement réglementé, ces vaccins sont administrés au troupeau afin de stimuler une immunité spécifique contre la souche locale. Ils présentent plusieurs avantages : une adaptation à la diversité antigénique des souches présentes dans l’élevage, une réduction du recours systématique aux antibiotiques, une diminution de l’incidence et de la gravité des cas cliniques, ainsi qu’une amélioration du bien-être animal et une limitation des pertes économiques.

Un outil efficace, à intégrer dans une stratégie globale

Certaines limites existent néanmoins, notamment le délai nécessaire entre l’isolement de la souche et la disponibilité du vaccin, l’obligation de respecter rigoureusement les protocoles d’utilisation (primovaccination et rappels), et une efficacité dépendante des conditions d’élevage et des mesures d’accompagnement telles que l’hygiène et la lutte contre les vecteurs.

A lire aussi en Bovins

Secteur bovin européen: et si la réalité était plus nuancée qu’on ne le pense?

Bovins Trop polluant, trop émetteur, incompatible avec la transition climatique : le secteur bovin reste souvent réduit à ses seules émissions. Pourtant, dans certaines régions, les prairies permanentes couvrent près de 48 % de la surface agricole utile et captent près d’une tonne de carbone par hectare et par an, pouvant compenser une part significative des émissions des animaux. La transition du secteur se mesure aussi concrètement puisque, selon le moniteur de la durabilité de Belbeef, 70 % des éleveurs suivis fixent du CO₂ dans leurs sols, 53 % utilisent des sources d’eau alternatives et près d’un quart produisent leur propre énergie renouvelable.
Voir plus d'articles