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Cent ans de Foire de Libramont racontés en dix dates clés

Si 1926 et 2026 constituent sans aucun doute des millésimes cruciaux dans l’histoire de la Foire de Libramont, d’autres années charnières ont façonné son identité et contribué à son essor. Présente au sein de l’équipe organisatrice depuis trente ans, Caroline Willems a relevé le défi de sélectionner, pour chaque décennie, une année qui a marqué durablement de son empreinte l’histoire de ce grand rendez-vous agricole.

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Entrée à la Foire de Libramont en juin 1996, Caroline Willems est aujourd’hui la directrice générale adjointe de Libramont Coopéralia. Si près d’un tiers de l’histoire de l’événement s’est écrit sous ses yeux, son regard porte bien au-delà de ses trente années passées sur place. Elle nous livre ainsi une brève rétrospective de ce rendez-vous estival, drainant chaque année plus de 200.000 visiteurs.

1927 : la Foire, première du nom

Les premiers jalons de l’événement sont posés en 1926. En effet, la Société « Le Cheval de Trait ardennais » voit le jour à l’initiative d’éleveurs désireux d’établir un standard propre à la race et de préserver celle-ci. Ce n’est toutefois qu’en 1927 qu’est organisé le premier concours de chevaux de Trait ardennais qui donnera naissance, plus tard, à la Foire de Libramont. « Ce premier rassemblement regroupe 160 individus et, déjà, trois exposants de machines agricoles », remarque Caroline.

1936 : les bovins débarquent

L’aube de la décennie 1936-1945 est marquée par une première ouverture. Un concours-foire de bétail maigre rejoint le concours de chevaux.

Cependant, la seconde partie de la décennie est profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale. Vu le contexte, l’événement est purement et simplement annulé.

1951 : un statut royal

1951 est l’année de tous les honneurs. La Société « Le Cheval de Trait ardennais » célèbre ses 25 ans par l’obtention d’une reconnaissance royale. Elle devient la Société royale « Le cheval de Trait Ardennais ». Cependant, la race souffre… « La concurrence de la mécanisation se fait de plus en plus forte. Les premières bases d’une reconversion de l’événement sont donc posées. »

En parallèle, le cheval de sport fait son entrée sur le champ de foire. Un premier concours hippique est organisé parallèlement au concours annuel du cheval de Trait ardennais.

1974 : sur fond de crise agricole

Les années 70 sont difficiles à vivre pour les agriculteurs. Le 23 mars 1971 déjà, pas moins de 100.000 fermiers battent le pavé à Bruxelles. Au cours de cette manifestation, ils laissent éclater leur colère. Dans leur ligne de mire : le plan Mansholt, du nom du commissaire européen à l’Agriculture de l’époque, qui entend réformer leur profession en profondeur.

En 1973, le premier choc pétrolier s’abat sur le monde. Les fermiers en subissent pleinement les conséquences. Les coûts de production (carburant, engrais…) explosent sans que les prix payés aux producteurs ne suivent la même tendance.

La décennie 1966-1975 se clôture tristement. « L’édition 1974 est annulée sur fond de crise agricole catastrophique. Néanmoins, les exposants soutiendront la société en abandonnant les acomptes payés », relate Caroline.

1981 : un goût de forêt

En 1981, la foire devient la « Foire agricole et forestière de Libramont » avec la tenue des premières démonstrations forestières. Organisées initialement sur une journée, lesdites démonstrations passeront à deux jours en 1999 et célébreront leur vingtième édition en 2019. L’essor de Demo Forest est tel qu’il demeure, encore aujourd’hui, le plus grand site de démonstrations en conditions réelles en Europe. Une fierté pour ses organisateurs !

Soucieux de diversifier son événement phare, ces derniers ont également créé la Journée de l’herbe, en 2002. Consacrée à la récolte des fourrages et mettant en action plus de cent machines, sa dernière édition s’est tenue en 2018.

1989 : une ouverture historique

C’est en 1989 que la Société royale « Le Cheval de Trait ardennais » s’ouvre aux représentants des secteurs non chevalins. Les éleveurs de bovins, le secteur forêt-bois… font ainsi leur entrée au conseil d’administration, à concurrence de 50 % des mandats. Des commissions thématiques voient également le jour, avec pour mission de faire le lien entre l’événement et le terrain. Elles regroupent les experts de différents secteurs dont le rôle est, entre autres, de préparer le contenu de la foire dans leur domaine et de proposer des animations. On se souvient, notamment, des commissions « Machines et produits », « Races bovines », « Chevaux de trait et de loisir », « Stud-Book »…

« Cette étape a facilité la diversification et l’ouverture de la foire », commente Caroline. Et d’ajouter : « Le cheval est toujours bien présent, mais l’événement s’est progressivement ouvert à l’agroalimentaire, au génie civil, à la filière forêt-bois, aux parcs et jardins… Cette diversification, c’est ce qui fait notre force ».

1996 : explorer pour mieux grandir

1996 constitue une année cruciale sur deux points. D’une part, elle est marquée par une professionnalisation en profondeur de l’entreprise, à la fois en termes de personnel et de gestion financière. D’autre part, elle signe le début d’une décennie d’exploration.

« Entre 1996 et 2006, nous avons visité de nombreuses autres foires agricoles, en France, en Allemagne et même au Canada, entre autres. Nous nous sommes également rendus en Suède, pour Demo Forest. Ces visites d’exploration nous ont inspirés pour mieux mettre en valeur notre agriculture et nos forêts. » Pour les organisateurs, c’est également l’occasion de rencontrer de nouveaux constructeurs, dont le matériel pourrait être exposé sur le plateau libramontois. « Un constructeur avec lequel nous avons déjà discuté sera plus facile à convaincre par son importateur, désireux d’être présent à nos côtés. »

2004 : de Libramont… à Bruxelles

À peine entrée dans le deuxième millénaire, la Foire de Libramont quitte, le temps d’une journée, son site ardennais pour la Capitale. La célèbre Grand-Place, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, est transformée en véritable ferme. La Foire y présente des animaux, mais aussi du matériel agricole. Joskin, en tant que constructeur belge, est partenaire de cette transhumance, ainsi que New Holland. « Manœuvrer une moissonneuse-batteuse à travers les ruelles historiques, jusqu’à atteindre l’Hôtel de Ville de Bruxelles, n’a pas été une mince affaire… », se souvient Caroline. Des chevaux de Trait ardennais font également partie de l’équipage. Démonstration de débardage et promenades en char à bancs sont ainsi au programme.

« C’est dans ce contexte qu’est né l’Espace Caresses, permettant à tout un chacun de s’approcher et de toucher les animaux pour mieux appréhender le monde de l’élevage. » Celui-ci existe toujours aujourd’hui, intégré à la Ferme Enchantée.

Le 25 mai 2004, la foire investit l’une des plus belles places du monde, où chevaux de trait, tracteurs  et moissonneuses-batteuses font briller des étoiles dans les yeux des Bruxellois et des touristes.
Le 25 mai 2004, la foire investit l’une des plus belles places du monde, où chevaux de trait, tracteurs et moissonneuses-batteuses font briller des étoiles dans les yeux des Bruxellois et des touristes. - Belga

Suite à cet événement, la Foire gagnera encore plusieurs fois Bruxelles, à l’initiative de la Commission européenne, en 2005, ou lors de la fête nationale, en 2006. « À ces occasions, nous avons toujours poursuivi le même objectif : sensibiliser le public à l’agriculture, au monde de la forêt et à nos produits locaux. »

« Au-delà de l’émotion suscitée par la rencontre entre Bruxellois, touristes et monde agricole, ces sorties ont renforcé notre visibilité et ont incité de nouveaux visiteurs à nous rejoindre à Libramont. »

2011-2012 : le Lec sort de terre

2011 est une année de défi pour la Société royale « Le Cheval de Trait ardennais » qui décide de construire un nouveau bâtiment, à côté du Walexpo érigé en 1997. « Le conseil d’administration avait la volonté d’assurer la présence de la Foire tout au long de l’année, ici, à Libramont. Pour faire vivre le site, cette infrastructure événementielle qu’est le Libramont Exhibition & Congress est née », rapporte Caroline. La construction débute en août, juste après la fermeture de la foire. Elle doit être achevée avant le cru 2012, soit en un temps record… Ce sera chose faite, avec une inauguration le 27 juillet, bien que le bâtiment, victime de malfaçons, ne sera pleinement opérationnel qu’en 2013. En parallèle, le Walexpo est renommé « Hall 1 ».

La première des quatorze arches en bois composant le Libramont Exhibition & Congress,symbole de la foire sorti de terre en un temps record, entre les éditions 2011 et 2012.
La première des quatorze arches en bois composant le Libramont Exhibition & Congress,symbole de la foire sorti de terre en un temps record, entre les éditions 2011 et 2012. - S.B.

Les visiteurs (près de 220.000, un record, toutes éditions confondues) sont accueillis par ce paquebot, nouveau symbole de Libramont, dont le rez-de-chaussée héberge depuis l’exposition d’animaux. Sa construction a redessiné le champ de foire. Ainsi, les rings des concours, qui entouraient la tour du Crédit Agricole (devenu Crelan en 2013) ont pris place à leur emplacement actuel, de l’autre côté de la rue des Aubépines. « C’est une localisation que nous avons choisie de manière à garantir la sécurité des éleveurs et du public, mais aussi le confort des animaux », insiste Caroline. Ainsi, les animaux ne doivent plus traverser le champ de foire. Ils sont également abrités sous des tentes anti-UV et bénéficient de ventilateurs et brumisateurs si les conditions météorologiques le requièrent.

Enfin, la construction du Lec a permis d’organiser d’autres événements, tels que l’Outdoor Show Belgium, dédié aux sports d’extérieur, ou Pêche Expo.

2020 : la Foire annulée… et réinventée

En cent ans d’histoire, la Foire de Libramont n’a connu que dix annulations. Outre celles liées à la Seconde Guerre Mondiale, celles de 2020 et 2021 sont restées dans les mémoires. Et pour cause… La pandémie de Covid-19 a entraîné l’annulation de tous les grands événements publics ! C’est un coup dur pour les organisateurs qui, en l’absence de rentrées financières, doivent se séparer d’une partie de l’équipe. Un épisode resté douloureusement ancré dans la mémoire de Caroline, mais qui a incité la Foire à réfléchir sur elle-même, en plusieurs temps.

« Premièrement, nous avons lancé Libramont on Tour. Comme les agriculteurs et exposants ne pouvaient venir à nous, nous sommes allés à eux. Cela s’est concrétisé par une vingtaine de capsules vidéo diffusées sur nos réseaux sociaux. » Tout un chacun était ainsi invité à partir à la découverte des secteurs agricole et forestier wallons depuis son salon, bureau, jardin…

Ensuite, la Société royale « Le Cheval de Trait ardennais » a dû se pencher sur son statut juridique. L’union professionnelle, statut qui lui collait à la peau depuis toujours, ou presque, n’étant pas reprise dans le nouveau Code des Sociétés et Associations, il est décidé d’opter pour la coopérative agréée à finalité sociale. « Outre la création de cinq types de coopérateurs, cela nous a permis de conserver notre mode de fonctionnement. Les « commissions » de l’union professionnelle sont devenues des « cercles », aux fonctions similaires. » Par exemple, la commission « machines et produits », en charge notamment du Mecanic Show, a donné naissance au cercle « logistique ». La nouvelle entité adopte le nom « Libramont Cooperalia ».

Enfin, la Foire repositionne ses ambitions. Avec un leitmotiv : « Ici commence un monde durable ». Les organisateurs souhaitent agir à leur échelle pour faire bouger le monde. Ils se concentrent sur la relocalisation des circuits d’approvisionnement, lancent un projet de verdissement du site d’exposition en vue de devenir la foire la plus durable d’Europe… Les exposants sont invités à la suivre. À titre d’exemple, les tapis jetables sont désormais proscrits, soit une économie annuelle de déchets s’élevant à 10 t.

La Foire de Libramont revient finalement en 2022, de même que Demo Forest qui prend désormais place les années paires plutôt que les années impaires.

Un nouveau siècle démarre

La société organisatrice célèbre cette année son centième anniversaire. Forte de retombées économiques annuelles estimées à 72 millions d’euros, elle aborde un nouveau siècle riche en opportunités. Le cheval de Trait ardennais, qui constitue l’essence même de l’événement, est toujours bien présent. À ses côtés, la diversité de notre agriculture y est célébrée, reflet d’un monde agricole en constante évolution, entre tradition et innovation.

Ce siècle d’histoire s’est écrit au rythme des transformations du secteur, des défis économiques rencontrés et des avancées technologiques. De génération en génération, la Foire de Libramont s’est imposée comme un lieu de rencontres et d’échanges entre agriculteurs, éleveurs, exposants et consommateurs. Aujourd’hui, elle entend faire perdurer cet héritage pour les cent prochaines années.

Jérémy Vandegoor

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