À 20 ans, Flavie Van Puymbrouck cultive son avenir dans le plant de pomme de terre
C’est sur les traces de son papa que Flavie Van Puymbrouck s’est lancée dans la vie active. À seulement 20 ans, cette agricultrice fait déjà figure d’exception. Installée à Tourinnes-Saint-Lambert, elle a créé sa propre exploitation au début de l’année 2025, avec un choix de diversification aussi ambitieux que technique : la production de plants certifiés de pommes de terre. Une activité exigeante qui demande rigueur, patience et expertise, mais qui s’inscrit naturellement dans le parcours de cette passionnée, appelée à devenir la septième génération d’agriculteurs de sa famille.

Un besoin d’autonomie et de qualité
Son projet ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs années déjà, la jeune femme s’intéresse aux plants de pomme de terre, un secteur de niche mais essentiel à toute la filière. « J’aimais l’idée de produire moi-même les semences. Sur la ferme, nous utilisions déjà beaucoup de plants et je trouvais intéressant de pouvoir les produire nous-mêmes, dans une logique de circuit court et de maîtrise de la qualité. »
Pour concrétiser son projet, elle suit des formations spécifiques en Belgique et aux Pays-Bas, où se concentre une grande partie de l’expertise européenne en matière de plants. « Dans ce métier, parler le néerlandais est un véritable atout. Beaucoup de formations, mais aussi les principales maisons de plants, se trouvent aux Pays-Bas. » Lors de ces formations, Flavie Van Puymbrouck acquiert ainsi plus d’expérience qui s’ajoute à celle de son enfance passée dans la ferme familiale.
En 2025, la première campagne est lancée sur 25 ha. L’entièreté des plants de pommes de terre est destinée à approvisionner l’exploitation familiale. Un premier essai concluant qui l’encourage à voir plus grand. Cette année, sa surface a plus que doublé pour atteindre 52 ha. La moitié des plants certifiés sera utilisée sur la ferme familiale, l’autre sera commercialisée via plusieurs maisons de plants.
Flavie produit aujourd’hui plusieurs variétés, comme Innovator, King Russet, Magnum, Markies et, depuis cette année, Edison, dont une partie sera toujours destinée à la production familiale et l’autre à la commercialisation via les maisons mères.
Travailler avec rigueur et exigence
Car produire du plant certifié ne consiste pas simplement à cultiver des pommes de terre. Chaque parcelle fait l’objet d’un suivi sanitaire particulièrement strict. Les contrôles officiels se succèdent tout au long de la saison. Parmi ceux-ci, Flavie cite les analyses de sol avant la plantation de l’Afsca pour détecter la présence de nématodes à kystes (Globodera), le contrôle sur pieds au champ par le Service public de Wallonie, les tests Elisa pour détecter et quantifier les virus présents dans les plants…
De son côté, la jeune agricultrice surveille de près les populations de pucerons, principaux vecteurs des virus de la pomme de terre. Pour les maîtriser, plusieurs traitements sont appliqués au cours de la saison, associant huiles et insecticides. Les huiles constituent la protection de base. En formant une barrière mécanique à la surface des feuilles, elles compliquent la transmission de virus lors de la piqûre du puceron. En période de vols plus intenses, cette protection est renforcée par un insecticide.
Une fois que les « bouquets » sont sortis de terre, Flavie parcourt l’ensemble des parcelles afin de sélectionner les plants. « Notre objectif est de garder une culture la plus saine possible. On passe plusieurs fois dans les parcelles pour éliminer les plantes présentant des symptômes. C’est une culture qui demande énormément d’attention. »

À cela s’ajoutent le choix de parcelles adaptées, des rotations longues, un arrachage soigneux, un calibrage minutieux et une gestion très précise du stockage frigorifique. « Toute une saison peut être réussie, mais si le stockage est mal maîtrisé, on peut perdre énormément. »
Malgré cette technicité, c’est justement cette diversité qui séduit la jeune exploitante. Elle poursuit : « Aucun jour ne ressemble au précédent. Un jour je suis dans les champs, le lendemain au bureau, puis je repars sélectionner les plants ou préparer une autre culture ».
Avoir l’agriculture dans le sang
Comme beaucoup d’agriculteurs, elle pointe toutefois les difficultés auxquelles la profession est confrontée. Le poids grandissant des tâches administratives, la hausse des coûts de production, la volatilité des marchés ou encore les aléas climatiques compliquent le quotidien. « Aujourd’hui, on passe énormément de temps derrière un ordinateur alors que notre métier, c’est d’être dans les champs », confie Flavie.
La jeune femme s’inquiète également du renouvellement des générations. « De moins en moins de jeunes peuvent reprendre une exploitation. Les investissements sont énormes et certaines productions ne sont plus suffisamment rentables. Pour quelqu’un qui ne vient pas du milieu agricole, se lancer devient extrêmement compliqué. »
Pour autant, son enthousiasme reste intact : « l’agriculture, c’est dans le sang, ça doit couler dans les veines ». Elle se dit fière d’avoir créé sa propre exploitation à seulement 18 ans et de voir son projet prendre forme. « Il n’y a rien de plus beau que de voir une culture évoluer puis de récolter le fruit de son travail. »

L’avenir, elle le construit déjà. Parmi ses projets figurent la construction de son propre bâtiment frigorifique pour le stockage des plants et, à plus long terme, une diversification vers une nouvelle culture légumière. Mais chaque chose en son temps. « Je préfère d’abord consolider ce que j’ai construit avant de me lancer dans une nouvelle aventure », affirme-t-elle.
À ceux qui hésitent à choisir l’agriculture, Flavie adresse un message simple : « Il faut oser se lancer. C’est un métier difficile, il faut être passionné et avoir les nerfs solides, mais c’est aussi l’un des plus beaux métiers du monde. Nous nourrissons la population. C’est une responsabilité dont on peut être fier », conclut-elle.





