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Remettre le secteur bovin en bilan plutôt qu’en procès

À l’approche de la Foire de Libramont, le secteur bovin sera, une fois de plus, très visible. Et avec lui reviendront des a priori bien connus : trop polluant, trop émetteur, en décalage avec les objectifs climatiques. Le reproche est devenu presque automatique. Pourtant, il repose souvent sur une lecture partielle. Car lorsqu’on parle du secteur bovin, parle-t-on vraiment du bon bilan?

Temps de lecture : 4 min

C’est sans doute la première question à remettre au centre du débat. Oui, l’élevage bovin émet. Oui, il doit continuer à progresser. Mais le réduire à cette seule dimension revient à ignorer une partie essentielle de la réalité de terrain. Or cette réalité, les éleveurs la connaissent bien : un système d’élevage ne se résume pas à une ligne dans un tableau d’émissions. Il s’inscrit dans des sols, dans des prairies, dans des territoires, dans des équilibres agronomiques et dans des choix techniques qui évoluent.

Prenons d’abord la question des prairies permanentes. Dans certaines régions de chez nous, elles couvrent près de 48 % de la surface agricole utile. Ce chiffre, à lui seul, dit déjà quelque chose d’important : ces surfaces ne sont pas marginales. Elles structurent le paysage agricole. Et surtout, elles ne sont pas neutres sur le plan environnemental. Parce qu’elles reposent sur des cycles longs et ne sont pas retournées comme des cultures annuelles, les prairies permanentes contribuent à préserver la structure des sols, à limiter l’érosion et à favoriser l’infiltration de l’eau. Elles abritent aussi une biodiversité précieuse. Mais ce n’est pas tout ! Dans une exploitation suivie sur le long terme, les prairies captent près d’une tonne de carbone par hectare et par an, compensant en grande partie les émissions des animaux.

Le constat est clair : le bilan environnemental du secteur bovin ne peut pas être lu uniquement à travers le prisme des émissions directes. Il doit aussi intégrer ce que l’élevage permet de maintenir : des prairies, des sols vivants, des cycles de l’eau, de la biodiversité, mais aussi la valorisation de terres difficiles à consacrer à d’autres productions alimentaires parce qu’elles sont pentues, humides ou peu fertiles.

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Deuxième élément souvent sous-estimé : le secteur n’est pas immobile. Depuis plusieurs années, des outils concrets permettent de mesurer les progrès réalisés. Le Moniteur de la durabilité de Belbeef, fondé sur 45 indicateurs, suit déjà des résultats très parlants : 70 % des éleveurs suivis fixent du CO₂ dans leurs sols, 53 % utilisent des sources d’eau alternatives, 47,8 % contribuent à la préservation des prairies naturelles, 72 % prennent des mesures supplémentaires contre la chaleur pour protéger leurs animaux et près d’un quart produisent leur propre énergie renouvelable.

Ces chiffres n’ont rien d’anecdotique. Ils montrent que la durabilité du secteur bovin n’est plus un horizon théorique. Elle se mesure déjà dans les fermes, à travers des pratiques observables et des choix techniques concrets. L’outil DECiDE, développé par le CRA-W, va dans le même sens. Après plus de 1.500 audits, il permet d’évaluer l’empreinte carbone, la consommation d’énergie et les émissions d’ammoniac des exploitations, tout en intégrant progressivement d’autres dimensions comme les aménagements agroécologiques, les indicateurs économiques et même la qualité de vie des éleveurs.

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C’est dans cet esprit que s’inscrit aussi la campagne Bœuf durable, cofinancée par l’Union européenne et portée par l’APAQ-W et son partenaire espagnol Provacuno. Son ambition n’est pas d’éluder les défis auxquels le secteur bovin est confronté, mais de mieux faire connaître les réalités du terrain, les normes élevées auxquelles répondent les méthodes de production européennes, ainsi que les efforts déjà engagés par la filière pour progresser sur les plans environnemental, économique et social. En d’autres termes, il s’agit de remettre des faits, des outils de mesure et des pratiques concrètes au centre d’un débat encore trop souvent dominé par les raccourcis.

C’est justement ce qui rend le moment de Libramont particulièrement intéressant. Pendant la foire, les débats sur l’agriculture et l’élevage vont se multiplier. Les idées reçues aussi. Mais c’est aussi l’occasion, pour les visiteurs, d’aller au-delà des slogans et de confronter leurs perceptions à la réalité du terrain. Comment les prairies sont-elles gérées ? Quels outils permettent de suivre les progrès ? Quels efforts sont déjà réalisés pour réduire l’impact environnemental sans fragiliser les exploitations ? Ces questions méritent d’être posées directement à celles et ceux qui vivent cette transition au quotidien.

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