Fortes chaleurs : une production laitière en baisse
Les épisodes de chaleur successifs de cette année ont mis les bovins et les éleveurs sous forte pression pendant plusieurs semaines. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les conséquences ne s’arrêtent pas lorsque les températures redescendent… Elles continuent à impacter les troupeaux plusieurs jours, voire plusieurs semaines après la fin de la canicule, d’après les données collectées par Rumexperts et le Comité du lait.

Entre le 1er mai et le 27 juillet, la Wallonie a connu trois épisodes majeurs de chaleur, dont le plus important a eu lieu entre le 17 et le 28 juin.
Les données analysées sur cette période de presque trois mois montrent que la charge thermique subie par les bovins a été la plus élevée depuis au moins 2015, dépassant de 61 % le précédent record observé. « À l’heure où nous écrivons ces lignes, mi-août, un 4e épisode de chaleur a eu lieu et un 5e a commencé, ils ne sont pas encore pris en compte dans les chiffres évoqués ici », souligne néanmoins le Comité du lait.
Un comportement adapté aux températures…
Lorsque la chaleur devient difficile à supporter, la vache mange moins, rumine moins et limite son activité. Résultat ? Elle produit moins de lait et celui-ci contient moins de matière grasse et de protéines.
Ces constats rejoignent ceux observés sur le terrain : lors des épisodes de chaleur, ces bovins adaptent leur comportement, s’alimentent différemment et voient leur capacité de production temporairement affectée. Les premiers signes, pas spécialement visibles par les éleveurs, apparaissent dès les températures grimpent, parfois avant même qu’une canicule ne soit officiellement déclarée.
À savoir également, la production ne revient pas immédiatement à la normale après la fin de l’épisode chaud, les troupeaux mettent du temps à récupérer.
Ainsi, les données de collecte de lait montrent que l’épisode de fortes chaleurs survenu entre le 17 et le 28 juin a été suivi d’une baisse de production d’environ 10 % des volumes livrés aux laiteries (moins 7.5 % sur l’ensemble du mois), de même très logiquement que d’une baisse de la production moyenne par producteur. Cette diminution apparaît nettement avec un léger décalage par rapport aux journées les plus chaudes. Soit, cela confirme que les effets concrets visibles de la chaleur ne sont pas toujours immédiats.

« Il faut cependant noter qu’il y a toujours une baisse à cette période et que d’autres causes que les importantes chaleurs peuvent être à l’origine de l’accentuation de la diminution connue cette année », note le Comité du lait.
En juillet, le total des livraisons a encore légèrement diminué, (117.784 x 1.000 l en juillet contre 118.018 l en juin). Et ce, alors que les années précédentes, il avait tendance à augmenter entre juin et juillet. La production mensuelle moyenne par exploitation a, quant à elle, très légèrement augmenté (53.465 l en juillet contre 53.426 l en juin). Ce paradoxe apparent s’explique par la diminution du nombre de producteurs, similaire à celle des années précédentes à cette période.
Cette évolution reste toutefois à replacer dans un contexte général à la hausse, puisque les volumes produits en 2026 demeurent significativement supérieurs à ceux observés en 2024 et 2025.


La qualité du lait, également concernée
Cette météo ne réduit pas seulement la quantité de lait produite. Elle modifie aussi sa composition. Les analyses réalisées montrent une baisse des protéines et des matières grasses lorsque les épisodes chauds s’accumulent. Les protéines sont généralement les premières à diminuer, parfois pendant l’épisode de chaleur lui-même. Les matières grasses suivent avec quelques jours de retard et peuvent continuer à baisser même après le retour de températures plus fraîches.
Les graphiques ci-dessous (MG et Prot. Moyennes sur le mois/année concerné) illustrent ces baisses, proportionnellement plus importantes qu’à période égale les années précédentes, et leur temporalité.


L’urée dans le lait évolue également de manière inhabituelle. Elle augmente souvent pendant les périodes les plus chaudes, puis chute fortement lors de la phase de récupération. Ces variations traduisent les perturbations de l’alimentation, de la rumination et du fonctionnement digestif des animaux.
Ces changements sont des indicateurs précieux pour détecter un stress thermique dans le troupeau. Ils montrent que les conséquences de la chaleur persistent au-delà de la canicule. Une vache peut sembler avoir retrouvé un comportement normal alors que sa production et la qualité de son lait restent encore affectées plusieurs jours ou semaines après l’épisode chaud.
Un impact financier : 19 € à 40 € par vache
La perte directe liée au lait entre le 1er mai et le 27 juillet est estimée entre 19 € et 40 € par vache. Cette estimation englobe la baisse du volume de lait et la diminution des taux de matière grasse et de protéines.
Comme l’explique le Comité du lait, ces chiffres ne tiennent pas compte des autres facteurs, tels que les effets cachés sur la reproduction, la hausse éventuelle de la mortalité et les autres coûts liés aux fortes chaleurs (l’eau supplémentaire, la ventilation et les équipements de refroidissement, le temps de travail supplémentaire, les problèmes sanitaires, les conséquences sur les veaux…).





