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En août, les fermes ne prennent pas de vacances: sans éleveurs, pas de transition durable

Pendant que beaucoup lèvent le pied en août, dans les fermes, le rythme ne ralentit pas. Les animaux doivent être nourris, surveillés, soignés, chaque jour. Cette réalité rappelle une chose souvent oubliée lorsque l’on parle de durabilité : une filière ne peut pas être durable si elle n’est plus humainement tenable.
Temps de lecture : 3 min

Dans le secteur bovin, le débat public se concentre volontiers sur l’environnement, les émissions ou les pratiques techniques. Ces sujets comptent, évidemment. Mais la durabilité a aussi une dimension sociale. Elle se joue dans la capacité à tenir dans le métier, à transmettre les exploitations et à préserver des conditions de travail soutenables.

Le témoignage d’Isabelle Laixhay en dit long. Installée dans le Condroz, elle gère deux fermes avec son mari et l’aide de leur fils. Pour sécuriser les revenus du ménage, elle a dû conserver un emploi d’institutrice en parallèle. Son constat est sans détour : « On part trois ou quatre jours par an, jamais plus. » Cette phrase résume à elle seule une partie du défi : la charge mentale, la disponibilité permanente et la difficulté à préserver un véritable équilibre de vie.

 

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À cette pression quotidienne s’ajoute un autre enjeu majeur : la transmission. L’âge moyen des éleveurs wallons atteint aujourd’hui 57 ans, et la relève peine à s’installer. Le coût d’accès à la terre, l’incertitude économique et le poids des investissements rendent l’équation de plus en plus difficile. Or, si les fermes ne trouvent plus repreneur, c’est toute la continuité du secteur qui se fragilise.

Des réponses existent pourtant déjà sur le terrain. La Fédération des Jeunes Agriculteurs accompagne les jeunes qui souhaitent s’installer ou reprendre une exploitation, notamment à travers des formations en gestion, fiscalité, sécurité au travail ou communication. Le programme Transm’Mission aide quant à lui cédants et repreneurs à préparer concrètement la transmission des fermes, avec un accompagnement économique, juridique et humain.

 

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La durabilité sociale, c’est aussi la capacité à reconnaître les fragilités du métier. Avec Agricall, des agriculteurs confrontés à des difficultés financières, sociales ou personnelles peuvent bénéficier d’un accompagnement psychologique et pluridisciplinaire. De son côté, le CRA-W a intégré à son outil DECiDE un module consacré à la perception du travail et à la qualité de vie. Le message est clair : évaluer la durabilité d’une ferme, ce n’est pas seulement mesurer du carbone ou de l’énergie, c’est aussi regarder dans quelles conditions le travail peut rester soutenable.

Cette dimension reste pourtant trop peu présente dans le débat public. On parle beaucoup des efforts techniques demandés au secteur, mais moins souvent des femmes et des hommes qui doivent les porter au quotidien. Or sans conditions de travail acceptables, sans relève et sans accompagnement humain, il n’y aura pas de transition durable.

C’est aussi dans cet esprit que s’inscrit la campagne Bœuf durable, cofinancée par l’Union européenne et portée par l’APAQ-W et son partenaire espagnol Provacuno. Son ambition est de mieux faire connaître les réalités du terrain et les efforts déjà engagés par la filière sur les plans environnemental, économique et social.

En plein été, quand beaucoup décrochent quelques jours, les éleveurs, eux, continuent. Et cela rappelle une évidence simple : derrière la durabilité, il y a d’abord des femmes et des hommes capables de faire tenir les fermes dans le temps.

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