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La Raffinerie Tirlemontoise fête ses 190 ans: «Derrière chaque betterave et produit, il y a des personnes»

Dans toutes les cuisines de Belgique, ou presque, se trouve un produit de la Raffinerie Tirlemontoise : morceaux durs, cassonade Graeffe, sucre fin ou encore sucre de betterave brut, dernier-né de la gamme… Une présence qui témoigne de 190 ans d’histoire ! À l’occasion de cet anniversaire, l’entreprise a souhaité remercier celles et ceux qui contribuent à cette aventure depuis ses débuts : ses collaborateurs, mais aussi les agriculteurs qui la fournissent année après année. Le groupe Südzucker s’est, lui, montré confiant quant à l’avenir de l’entité belge.

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Un petit retour en arrière s’impose. L’histoire de la betterave sucrière trouve ses origines dans l’Europe napoléonienne. Au début du 19e siècle, Napoléon impose un blocus continental contre la Grande-Bretagne, interrompant presque totalement les importations de sucre de canne en Europe. Que faire ? Se tourner vers la betterave sucrière, bien sûr ! L’agronome français Olivier de Serres avait déjà découvert, en 1575, les atouts de cette racine. Mais, à l’époque, le sucre de canne est si abondant que sa découverte passe inaperçue… La politique de Napoléon permet ainsi à la précieuse racine de reprendre le rôle-titre en vue d’assurer l’approvisionnement de nos pays en sucre.

La Raffinerie Tirlemontoise voit le jour en 1836, à l’initiative de Joseph Vandenberghe de Binckom. En 190 ans, l’entreprise est passée du statut de raffinerie locale à celui de premier producteur de sucre de Belgique. Aujourd’hui, elle conjugue près de deux siècles d’expérience à une innovation constante, poursuivant toujours la même ambition : produire du sucre de qualité de manière durable.

Cet anniversaire n’est pas le seul à être célébré. Le groupe allemand Südzucker, propriétaire de la Raffinerie Tirlemontoise depuis 1989, fête cette année son centenaire.

Un savoir-faire transmis de génération en génération

Jan Ingels, Ceo de la sucrerie, n’était pas avare en félicitations au moment de célébrer ce double jubilé. « Nous sommes fiers de notre histoire. Depuis près de deux siècles, de nombreuses générations ont œuvré ici, à Tirlemont, pour conduire l’entreprise là où elle se trouve aujourd’hui. Nous ne célébrons pas uniquement la Raffinerie Tirlemontoise, mais aussi celles et ceux qui ont cru en elle. C’est grâce à ces personnes que nous constituons aujourd’hui un pilier de la filière agroalimentaire belge », a-t-il insisté.

M. Ingels a rendu hommage aux nombreux collaborateurs de son entreprise, des ouvriers actifs sur les lignes de production aux laborantins, en passant par les agronomes, chauffeurs…, mais aussi les planteurs. « Car le sucre trouve son origine au champ, dans les racines de betterave. » Et d’ajouter : « Notre credo est « From roots to results » (« de la racine aux résultats », ndlr). En d’autres mots, nous souhaitons créer de la valeur ajoutée tout au long de la chaîne : des agriculteurs à la production, sans oublier la logistique, jusqu’à nos clients et, finalement, jusqu’aux consommateurs. »

Un potentiel de croissance… et d’innovation

L’homme estime toutefois que la position qu’occupe la sucrerie ne doit pas être considérée comme acquise. Selon lui, le secteur agroalimentaire présente encore un potentiel de croissance, pour autant que l’esprit d’entreprendre et les investissements soient au rendez-vous, au même titre qu’une politique « laissant à l’industrie la marge de manœuvre nécessaire pour être et rester compétitive, d’une part, et œuvrer à un avenir durable, d’autre part ».

À Tirlemont, potentiel de croissance rime avec innovation. « Chez nous, l’innovation est une tradition depuis 190 ans ! », clame d’ailleurs Jan Ingels.

Les morceaux durs sont nés au sein de la Raffinerie Tirlemontoise.  Leur production était, et demeure toujours, un pilier de l’usine.
Les morceaux durs sont nés au sein de la Raffinerie Tirlemontoise. Leur production était, et demeure toujours, un pilier de l’usine. - Leyssens & C

En la matière, on pense par exemple au célèbre morceau dur, qui a vu le jour en 1902 grâce à l’Anversois Théophile Adant, ou au sucre perlé, apprécié notamment dans nos gaufres de Liège. S’y ajoute le sucre de betterave brut, commercialisé depuis peu. L’innovation réside également dans les coproduits, valorisés depuis 1919 déjà au sein de la Raffinerie Tirlemontoise, notamment pour l’alimentation du bétail ou l’amendement des parcelles agricoles. « Nous contribuons ainsi à une filière efficace et circulaire, dans laquelle chaque racine est valorisée au maximum. »

L’innovation est encore présente tout au long du processus de production du sucre, dans l’objectif de le rendre plus efficace et durable. À ce titre, la sucrerie a récemment consenti deux investissements conséquents. En 2023, une nouvelle tour de diffusion a été mise en service, permettant de réduire la consommation d’énergie et d’eau ainsi que les émissions de CO2. En 2025, c’est une pompe à chaleur industrielle haute température qui a pris place sur le site ; une première en Europe !

Des projets pour demain

Et la Raffinerie Tirlemontoise n’entend pas s’arrêter là. En effet, elle prépare actuellement divers dossiers, comme un projet énergétique visant à poursuivre l’électrification du site, un raccordement direct au réseau haute tension, le stockage d’énergie par batteries ainsi qu’un système de gestion énergétique piloté par l’intelligence artificielle. L’objectif ? Améliorer l’efficacité énergétique de ses processus de fabrication et réduire davantage encore ses émissions de CO2.

« Malgré nos 190 ans, nous devons nous tourner vers l’avenir, tout en restant un pilier du groupe Südzucker. Nous avons la responsabilité de transmettre cette entreprise plus forte qu’elle ne l’était lorsque nous l’avons nous-mêmes reçue. À ce titre, j’espère que l’on dira plus tard de notre génération qu’elle a eu le courage de se tourner vers l’avenir, de continuer à investir et à innover. »

Associer la durabilité et la rentabilité

L’image du groupe Südzucker n’est pas toujours positive auprès des planteurs belges. Mike Eberle, Ceo de la division « Sucre » de la maison mère allemande, se veut toutefois rassurant : « La Raffinerie Tirlemontoise joue un rôle important dans la production sucrière européenne, mais aussi pour le groupe Südzucker. Nous croyons en elle ». Une affirmation qui repose sur plusieurs points : le professionnalisme des planteurs belges, le tissu particulièrement dense d’entreprises agroalimentaires et la vente au détail.

Le représentant allemand salue également l’état d’esprit et le caractère innovant de la filiale belge, située au cœur de ce qu’il appelle la « ceinture de sucre ». « Ici, on ne se demande pas pourquoi il faut changer, mais comment on peut s’améliorer. Cela semble simple, mais c’est précisément ce qui distingue une entreprise qui vieillit d’une entreprise qui se renforce. » Et d’illustrer ses propos avec humour : « Lors de chaque visite à Tirlemont, Jan Ingels m’accueille avec trois idées innovantes, parfois quatre lorsque l’ambiance est au rendez-vous. Et il n’oublie jamais de m’en glisser une dernière entre le café et la visite de l’usine ».

Selon Mike Eberle, cette mentalité correspond parfaitement aux ambitions que porte le groupe Südzucker. « Chaque tonne de sucre doit être durable. On ne peut atteindre cet objectif qu’avec une approche globale : un fonctionnement efficace et des investissements innovants et tournés vers l’avenir. » Ce qui ne peut être concrétisé sans l’humain. « Les machines n’innovent pas, les stratégies ne se mettent pas en œuvre toutes seules. Rien ne se fait sans les bonnes personnes. Tirlemont prouve que tradition et innovation peuvent avancer de concert. Et les investissements réalisés ces dernières années confirment que le site a un avenir. »

Mais la durabilité ne suffit pas. « Chaque tonne de sucre doit également être rentable. Pas uniquement lorsque le marché est porteur, pas seulement lorsque les prix de l’énergie sont bas, mais bien tout le temps ! », enchaîne-t-il. Une parole que les planteurs n’oublieront pas, c’est certain !

Jérémy Vandegoor

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