Les faux-semis, un allié contre les adventices
Préserver et améliorer la structure du sol, tenir ou améliorer leur teneur en matières organiques font partie des fondamentaux de l’agronomie. Il en est de même avec la rotation et d’autres notions comme la gestion de l’eau pour le maintien de la fertilité des terres. Lors d’années à météo extrême, ces facteurs revêtent une importance encore plus grande. Dans cette optique, le faux-semis possède plusieurs intérêts en maraîchage.

Les cultures couvrent le sol sur des durées moins longues que les grandes cultures. Les désherbages sont difficiles à mener avec des solutions de moins en moins nombreuses en agriculture conventionnelle. Les courtes occupations de sol favorisent certaines adventices comme le mouron des oiseaux, les galinsogas, les cardamines, le pâturin annuel. Dans ce contexte, les faux-semis apportent une partie de la solution.
Dans les parcelles qui ne vont rester libres que quelques jours ou quelques petites semaines, il est très intéressant de prévoir quelques façons superficielles du sol pour favoriser la germination des graines d’adventices.
Ce travail est complémentaire à la décompaction du sol destinée à l’aérer et à lui donner une structure foisonnée.
Un levier parmi d’autres
Le faux-semis est une des méthodes de maîtrise de l’enherbement. Elle vient en complément des binages, paillages, traitements thermiques, les engrais verts ou le choix de rotation. Elle s’adresse à tous, en bio comme en conventionnel.
S’il présente un grand intérêt pour réduire le développement des adventices annuelles, il est insuffisant pour lutter contre les vivaces, sauf s’il est répété plusieurs fois de suite. Outre cet intérêt, il s’agit d’une méthode complémentaire de lutte contre les limaces, en dérangeant leur habitat. Ce n’est pas du luxe, même cette année !
Concernant le niveau d’enherbement, notons que l’historique du terrain donne une indication sur le potentiel d’infestation venant du stock semencier du sol. Ce nombre de plantes levées ne reflète que la population de la couche supérieure. Des examens plus approfondis sur 30 cm de profondeur indiquent des nombres de semences viables de l’ordre de 1.000 à 5.000 par m² en parcelles considérées comme propres et au-delà de 10.000/m² en parcelles considérées comme sale.
D’un seul faux-semis, nous ne pouvons espérer que réduire le nombre dans la partie supérieure du sol, pour autant que les façons culturales ultérieures ne remontent pas d’autres semences.
Quand le réaliser ?
Cette opération de travail superficiel du sol doit en principe favoriser la germination des semences présentes. Mais par la suite, nous sommes amenés à détruire les plantes qui seraient déjà levées. Il faudra donc intervenir avant que celles-ci ne soient en état de produire des semences viables.
L’arrivée de pluies depuis quelques jours a apporté l’humidité nécessaire pour permettre les germinations des graines d’adventices. Cependant, les réserves d’eau dans le sol sont limitées. À chaque façon culturale nous asséchons le sol en surface. Il convient dès lors d’en tenir compte et de consulter les prévisions météo.
Le faux-semis concerne le travail superficiel du sol, contrairement au labour qui enfouit la grande majorité des graines de l’année qui étaient en surface. En profondeur, nombre d’entre celles-ci perdent leur faculté germinative mais avec de fortes différences d’une espèce à l’autre. Les graminées sont mieux combattues de cette manière que les dicotylédones. Le labour fait aussi remonter en surface des graines en dormance et viables. Cette dernière méthode est considérée comme efficace en réduisant le niveau d’enherbement du vulpin ou du panic notamment. Néanmoins, les amarantes, chénopodes, morelles ou renouées, de levée printanière surtout, restent potentiellement présentes malgré cette opération.
Le faux-semis peut être réalisé à différentes périodes de l’année, mais les résultats les plus constants sont obtenus au printemps, avant les cultures d’été. C’est notamment une question de fraîcheur du sol. Ainsi, ceux de l’été apportent de bons résultats si le sol garde suffisamment d’humidité pour les germinations. Des espèces comme la galinsoge ciliée et le mouron des oiseaux germent facilement tout au long de l’année. Si elles sont bien présentes, le faux-semis a son importance à chaque saison. Ce sont ces dernières que nous ciblons actuellement.
Bien sûr, pour permettre le faux-semis, il faut que les sols soient libérés plusieurs semaines entre une récolte et l’implantation de la culture suivante. Pour les semis les plus précoces du printemps, nous ne disposons guère du temps nécessaire pour en réaliser.
Comment le mettre en place ?
D’abord, la première intervention consiste à favoriser la germination des graines présentes dans la partie supérieure du sol. Pour y parvenir, nous préparons la terre comme pour un semis, avec le même soin. Ce sera un faux-semis, parce que nous ne distribuons pas de semence d’une quelconque culture. Ce sont seulement celles présentes dans le sol qui seront concernées. Pour permettre une bonne germination, il faut que le sol soit suffisamment rappuyé.
Quand les graines ont germé, dès le stade « fil blanc », leur destruction doit être prévue. Mécanique, elle peut déjà être réalisée une dizaine de jours après la préparation du faux-semis, les germes blancs seront présentés au dessèchement par le soleil avec une bonne efficacité. Deux à trois semaines après le faux-semis, il est possible de détruire facilement les jeunes plantules mécaniquement, thermiquement ou chimiquement. Le travail mécanique du sol sera superficiel, de l’ordre de 5 cm de profondeur, si nous ne souhaitons pas faire remonter une autre volée de graines, par exemple si la suite des opérations était le semis d’une culture. En revanche, si l’implantation d’une culture n’est pas programmée avant plusieurs semaines, la mise en germination d’une autre volée de graines ira dans le sens d’une réduction de la charge de graines viables dans la parcelle, vers une réduction de son niveau d’enherbement.
La herse étrille est très pratique pour préparer le lit du faux semis, comme pour détruire les jeunes adventices. Elle présente l’avantage de ne pas trop affiner le sol comme avec des outils à mouvements commandés (fraises, herses rotatives). En outre, elle travaille très superficiellement, sans remonter de semences des profondeurs. C’est important. En effet, par facilité, les maraîchers pourraient être tentés d’employer la fraise sur tracteur ou motoculteur avec le risque d’affiner trop le sol en surface et donc d’augmenter le risque de battance en cas de pluie.
Le désherbage thermique présente le grand avantage de ne nécessiter aucun travail du sol susceptible de faire remonter d’autres graines. Il peut également être réalisé entre le semis de la culture suivante et sa levée, ce qui permet de gagner en efficacité.

Adapter cette méthode à son type de sol
En sols lourds, le faux-semis peut être réalisé tôt en saison, dès que ce dernier est ressuyé. En été, il sera mis en place le plus tôt possible après la récolte de légumes précédente, tant qu’il y a encore de la fraîcheur dans la terre. En sol limoneux, et a fortiori dans ceux sensibles à la battance, le faux-semis doit se faire sans affiner les mottes, par exemple par un simple hersage, et ceci afin d’éviter d’accentuer les risques ultérieurs.





