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Reconnaître, repérer et se protéger des chenilles de Lépidoptère

Les chenilles de Lépidoptères peuvent se nourrir des parties aériennes de nos cultures, elles sont alors considérées comme défoliatrices parce qu’elles consomment le feuillage. D’autres espèces restent blotties au niveau des racines et des tubercules et sont appelées terricoles. Comment mieux les reconnaître et s’en protéger ?

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Concernant les défoliatrices, assez classiquement, les vols des populations de plusieurs espèces de Lépidoptères sont en augmentation saisonnière en maraîchage. Les choux en général et les laitues sont fréquemment explorés. Les oignons et les poireaux sont concernés par les populations de teignes.

C’est le nombre de chenilles qui détermine l’ampleur des dégâts. Le cycle de développement classique comprend les adultes papillons partant en vol nuptial, la ponte des œufs par les femelles, l’éclosion des œufs, le développement des larves consommatrices des tissus végétaux en plusieurs stades larvaires, la pupe et enfin l’éclosion des adultes papillons.

Plusieurs espèces sont polyphages, mais les gros problèmes en maraîchage proviennent d’espèces liées à une catégorie de plantes. Lors d’étés plutôt chauds, comme ce fut le cas à plusieurs reprises lors de la dernière décennie, les migrations de noctuelles ont apporté des populations provenant de France.

Ce printemps a été caractérisé par des périodes vers le chaud ou vers le froid en alternance. L’implication sur les cycles de vie et les populations de Lépidoptères est évidente mais plus difficilement prédictive.

Plusieurs mesures préventives de lutte

La lutte comprend différentes mesures préventives. L’observation attentive des plants permet de repérer les premières attaques précocement. La rotation dans les petites fermes maraîchères n’apporte pas de vraie solution contre les chenilles défoliatrices. L’élimination soigneuse des déchets de cultures permet de réduire les risques de propagation au départ des stades hivernants, mais ce n’est pas simple à mettre en œuvre. Le broyage sur place des restes de culture et leur incorporation en surface ou dans les quelques premiers cm de sol permettent aux auxiliaires de jouer leur rôle.

Les filets sont des moyens efficaces de protection, néanmoins ils sont coûteux et leur pose et dépose prennent du temps.

Les insecticides peuvent être utilisés avec prudence. Les meilleurs résultats sont obtenus sur les chenilles des premières générations. L’emploi d’adjuvants mouillants améliore l’efficacité sur les cultures à forte épicuticule cireuse (choux, poireaux…). Certains insecticides sont tolérés sur la liste positive des cahiers de charge bio. Les homologations de produits sont réévaluées régulièrement, vérifions les données via le site de fytoweb.

Notons l’importance de l’attractivité de la parcelle. Celles riches en Astéracées cultivées ou sauvages attirent des espèces polyphages. Depuis ces végétaux, les plantes voisines sont également visitées et consommées. La lutte préventive inclut donc la maîtrise de l’enherbement.

Les phéromones sont employées pour les pièges d’observation. Elles sont utilisées notamment contre les noctuelles gamma (Autographa gamma) et la noctuelle du chou (Mamestra brassicae). Lorsqu’un pic de vol est constaté, les observations en parcelles redoublent pour repérer les premières éclosions de larves ainsi que pour pouvoir intervenir avant les grands dégâts et sur des stades larvaires plus vulnérables.

Des auxiliaires réduisent les populations de Lépidoptères en mangeant les œufs. Les genres de punaises Mirides et Anthocoris, les chrysopes, des carabes, des microhyménoptères parasitoiïdes, les oiseaux insectivores sont des auxiliaires précieux également. Les haies et la diversité floristique sont les zones de maintien de ces auxiliaires, tentons dès lors de maintenir un maillage de ces espaces dans la ferme maraîchère.

Pour les terricoles…

Plusieurs espèces de Lépidoptères se comportent de telle façon : les chenilles se nourrissent des parties aériennes de plantes durant la nuit. Puis, elles se réfugient dans le sol en journée. La sélection naturelle a permis cette attitude de défense vis-à-vis de prédateurs.

Les chenilles peuvent aussi se nourrir du collet des jeunes plantes ou des racines et des tubercules. Parfois, les plantes sont coupées au collet. En creusant le sol à faible profondeur, nous y repérons des chenilles grises qui s’enroulent sur elles-mêmes dès que nous les dérangeons.

Certaines années, les dégâts peuvent être importants, surtout lors de périodes chaudes et sèches. Pour l’instant, il est encore un peu tôt dans la saison pour avoir un avis objectif sur l’importance de la présence de la noctuelle terricole. Des pertes de plantules avaient été constatées dès juin, des tubercules rongés ont été récoltés en fin d’été et début de l’automne.

Après l'éclosion, il faut peu de temps à une forte colonie de larves pour provoquer des dommages sur les feuilles.  Ici, sur des tomates de serre.
Après l'éclosion, il faut peu de temps à une forte colonie de larves pour provoquer des dommages sur les feuilles. Ici, sur des tomates de serre. - F.

De premiers dégâts au milieu et à la fin du printemps

Agrotis segetum et Agrostis ipsilon sont des espèces migratrices sur de très grandes distances. Elles viennent du bassin méditerranéen ou du centre de la France et remontent vers le nord au printemps. Elles sont donc présentes à cette saison sur le territoire belge. L’arrivage est d’autant plus important que le printemps est chaud plusieurs semaines chez nous. En automne, à l’issue d’un second cycle de reproduction, les adultes repartent vers le sud. Nous pouvons dès lors considérer que la population disparaît durant notre hiver.

Les jardiniers constatent sa présence par les lésions ou les dégâts plutôt que par la présence des chenilles qui sont discrètes. De nombreuses cultures sont concernées. Le plus souvent, les pertes sont minimes, très localisées. La plante flétrit. En observant de plus près, nous voyons que la base du collet ou l’intérieur de la tige sont rongés. Les dommages ressemblent à ceux laissés par des limaces, mais sans trace de mucus. À proximité immédiate, à quelques millimètres sous terre ou juste sous la plante, nous pouvons trouver les chenilles de couleur grise et qui possèdent 4 points noirs disposés en trapèze sur chaque segment. Elles s’enroulent sur elles-mêmes dès qu’elles sont dérangées.

Les chenilles sont actives du soir au matin. La journée, elles se blottissent au pied des plantes ou sous quelques mm de terre. Elles mangent des feuilles de la base de la plante et du collet. Lors des stades larvaires suivants, elles vont progressivement manger des parties souterraines : bases de tiges, racines charnues, superficielles, tubercules. Le développement larvaire prend 7 à 9 semaines. Le cycle complet dure 11 à 15 semaines. La femelle pond 1.500 œufs, disposés en paquets de 10 à 15.

Les premiers dégâts sont constatés au milieu et à la fin du printemps.

Enfin, à son complet développement, la chenille mesure 4,5 cm.

De nombreuses cultures concernées

Les cultures concernées sont nombreuses et variées. Il semble que les adultes migrants soient attirés par des plantes sauvages pour pondre à leur pied. Les liserons, les plantains, les rumex sont considérés comme très attractifs pour les femelles à la recherche d’un lieu de ponte.

Par la suite, les larves migrent vers les plantes cultivées les plus proches.

Nous pouvons trouver des lésions ou des pertes en maïs, betteraves, céréales, pommes de terre, asperges, oignons, chicorées, laitues, tomates, choux, carottes, céleris, entre autres.

Favoriser l’action des auxiliaires

Il est peu rentable de justifier l’investissement en filets anti-insectes pour se prévenir des pontes au printemps contre les seules espèces de chenilles terricoles. Mais les filets placés contre les autres papillons sont également efficaces contre les noctuelles terricoles.

En maintenant les cultures très propres, nous diminuons leur attractivité.

Une autre méthode de lutte, très efficace, est basée sur l’action des auxiliaires. Les carabes sont très utiles. Toutes les mesures pour les favoriser sont payantes. Nous abordons souvent ce point dans cette rubrique sur le maraîchage. Les haies mélangées, les bandes herbées peu fauchées et surtout non tassées par des passages d’engins sont des formidables viviers pour les auxiliaires actifs au sol et via les airs. L’effet positif de ces aménagements s’étend loin dans les parcelles, probablement au-delà de 100 m.

Les oiseaux sont très friands des chenilles, en particulier les merles et les corneilles.

Certains insecticides ont une homologation pouvant permettre une application sur jeunes chenilles, notamment des produits à base de Bacillus thuringiensis. Cependant, l’application est difficile à mettre en œuvre, les individus étant cachés sous la plante ou dans le sol. De plus, les chenilles âgées sont nettement moins sensibles.

Les chenilles de couleur grise possèdent 4 points noirs disposés en trapèze sur chaque segment.  Elles s’enroulent sur elles-mêmes dès qu’elles sont dérangées. Le jour, elles se blottissent sous les plantes ou à quelques mm sous terre.
Les chenilles de couleur grise possèdent 4 points noirs disposés en trapèze sur chaque segment. Elles s’enroulent sur elles-mêmes dès qu’elles sont dérangées. Le jour, elles se blottissent sous les plantes ou à quelques mm sous terre. - F.

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