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Une «zone humide» reprend vie au service de l’agriculture et de la biodiversité

L’été comme celui que l’on vient de vivre l’a encore prouvé : l’eau est une ressource indispensable… mais pas inépuisable. Dans ce contexte, la réserve naturelle du Haut-Geer, en Hesbaye, joue un rôle essentiel. Ce territoire redonne, en effet, une seconde vie à l’eau utilisée par l’usine Hesbaye Frost. Après avoir servi au processus industriel puis avoir été épurée, celle-ci alimente les bassins, soutient la biodiversité locale et peut être réutilisée pour l’irrigation des cultures.

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La rue du Parc industriel, située à quelques kilomètres du cœur de la capitale hesbignonne, porte bien son nom… Pourtant, ici se cache aussi un écrin de verdure : une partie de la réserve naturelle du Haut-Geer. Avec ses bassins de décantation, cette zone était auparavant étroitement liée à l’activité économique locale, façonnée durant de nombreuses années par les sucreries de la région. Puis, à la fin de cette période industrielle, les bassins, qui n’étaient plus alimentés en eau, se sont complètement asséchés.

C’est alors qu’est née l’ambition de restaurer le site pour en faire une zone humide. Un projet porté par un partenariat entre différents acteurs. Citons Hesbaye Frost, la Raffinerie Tirlemontoise, Apligeer, Natagora, les pouvoirs communaux, sans oublier le soutien financier du groupe Nestlé dans le cadre de son projet Living Waters.

43 ha de la réserve déjà restaurés

Sous cette impulsion, le territoire renaît de son passé industriel. En 2024, l’eau y réapparaît enfin. Actuellement, 43 ha de la réserve naturelle ont déjà pu être restaurés, tandis qu’une seconde zone humide de 20 ha est en cours de création à Waremme, justement. Une initiative qui s’inscrit pleinement dans le système de gestion circulaire de l’eau mis en place par Hesbaye Frost.

Ainsi, l’usine en consomme un milliard de litres par an, notamment pour nettoyer les légumes destinés à la surgélation. « Avec de telles quantités, il n’est évidemment pas possible de rejeter toute cette eau dans la rivière. Nous avons donc développé un système permettant de la valoriser », explique Serge Navez, responsable de la sécurité et de l’environnement dans cette société.

L’eau, chargée en matières organiques, est d’abord biométhanisée. Il s’agit d’une première forme de valorisation puisque le gaz produit permet de couvrir plus de 90 % des besoins électriques de l’usine. Ensuite, elle passe par la station d’épuration avant d’être stockée dans une première lagune interne d’une capacité de 100.00 m³. Lorsque celle-ci est pleine, un réseau de canalisations et de pompes permet d’alimenter les différents bassins et réserves, à l’instar de ceux du Haut-Geer. Cette eau est ensuite réutilisée pour irriguer les champs et, in fine, faire pousser les légumes qui reviendront à l’usine. La boucle est bouclée !

« Il faut vraiment être agile afin de pouvoir s’adapter à des saisons comme celle-ci, durant lesquelles jusqu’à environ 800.000 m³ d’eau peuvent être utilisés sur les champs, mais aussi à des années très pluvieuses comme 2024, où seulement 100.000 m³ ont été nécessaires. Sachant que l’usine consomme un million de mètres cubes d’eau par an, ces fortes variations de volume doivent pouvoir être gérées. D’où l’intérêt de disposer de plusieurs sites et de capacités de stockage importantes, qui permettent notamment d’irriguer davantage en été », poursuit-il.

De l’usine aux champs

Des étés où le thermomètre ne cesse de grimper tandis que la pluie arrête de tomber, au détriment d’agriculteurs comme Emmanuel Pirlot. À Hollogne-sur-Geer, ce dernier travaille avec des cultures traditionnelles comme le blé, la betterave, le maïs et les pommes de terre. Sans compter les légumes avec les épinards, les fèves des marais, les haricots, les carottes ou encore les petits pois. Bref, un assolement bien diversifié réparti sur 220 ha, dont environ 90 ha consacrés à Hesbaye Frost.

Et face au changement climatique, les agriculteurs le savent : certaines de leurs pratiques doivent être repensées. Emmanuel Pirlot a dès lors fait le choix du non-labour pour une partie de ses cultures. Un choix qui doit, cependant, être évalué au cas par cas. « Avec certaines cultures, par exemple les épinards, cela reste difficile. C’est la feuille qui est récoltée et consommée, et la présence de résidus de la culture précédente au moment de la récolte pose problème, tant pour l’usine que pour les consommateurs. Pour ce type de production, je continue à labourer », développe-t-il. Toujours dans cette optique, il met en place diverses mesures agro-environnementales, comme les haies, sans oublier les parcelles aménagées en faveur des insectes pollinisateurs, comme les abeilles.

Évidemment, pour lui, comme pour d’autres, l’irrigation constitue un sacré défi. Néanmoins, grâce à sa collaboration avec Hesbaye Frost, il peut bénéficier d’un réel coup de pouce. Il y a environ 35 ans déjà, un premier réseau de pipelines permettait d’irriguer 600 ha. Aujourd’hui, 1.200 ha de cultures en bénéficient. « Le directeur de l’époque avait constaté que les légumes ont des cycles très courts, environ cinq semaines pour un épinard, et sept à huit semaines pour une fève ou un haricot. Lorsqu’un accident climatique survient pendant une période, les conséquences peuvent être catastrophiques ». Cette ressource essentielle est mise à la disposition des agriculteurs partenaires. Il leur suffit de se raccorder au réseau au moyen de bouches prévues le long des conduites, puis d’y brancher leur enrouleur afin d’irriguer leurs parcelles.

L’eau de Hesbaye Frost ne sert pas qu’une fois. Nettoyage des légumes, production d’énergie, irrigation :  chaque goutte compte.
L’eau de Hesbaye Frost ne sert pas qu’une fois. Nettoyage des légumes, production d’énergie, irrigation : chaque goutte compte.

À utiliser au bon moment et au bon endroit

Une utilisation, certes, plus facile, mais toujours mûrement réfléchie. Avec l’appui d’agronomes et de leurs différents outils de mesure, l’eau est utilisée au bon moment et au bon endroit. Emmanuel Pirlot, avec le soutien de Nestlé, s’est équipé de systèmes Raindancer. Un investissement de 6.000 €. Le dispositif est installé au niveau du canon d’irrigation et fonctionne avec une cartographie des parcelles dans une application. Une fois l’enrouleur déployé, le système connaît le périmètre et la superficie de la parcelle. Il peut adapter automatiquement l’angle d’irrigation lorsqu’un champ se termine en pointe ou lorsqu’une route, des maisons ou d’autres zones doivent être évitées. Il réduit alors la portée du canon, peut modifier son orientation et la réajuster une fois l’obstacle dépassé. « Cela permet de faire des économies d’eau, de ne pas passer deux fois au même endroit… ».

Les oiseaux de retour sur le site

Ces zones humides sont également de véritables réservoirs pour la biodiversité. La preuve ? Avant 2020, lorsque les bassins étaient encore partiellement utilisés dans le cadre de l’activité industrielle, environ 125 espèces d’oiseaux étaient recensées sur le site. Avec la fin de cette période industrielle, rimant avec l’assèchement du site, ce nombre tombe à 25. Mais, bonne nouvelle, avec la restauration de ce territoire, ils sont de retour ! 85 espèces ont déjà été observées. C’est le cas du petit gravelot, un oiseau qui a pu profiter du lieu pour sa nidification. Le tout sans compter les pollinisateurs, les libellules et d’autres espèces comme la grisette, un papillon très rare.

« Réintroduire l’eau dans ce paysage, c’est aussi recréer des habitats pour les espèces qui y ont naturellement leur place », souligne Thierry Ory, responsable de la zone humide de Waremme chez Natagora. « Les observations montrent à quel point la nature peut réagir rapidement lorsque les conditions favorables sont réunies ». Des conditions favorables pour tous, de l’agriculteur à l’usine, en passant par la faune qui y redéploie ses ailes.

Ce territoire est également favorable à la biodiversité. De nombreux oiseaux y ont élu domicile  depuis le retour de l’eau.
Ce territoire est également favorable à la biodiversité. De nombreux oiseaux y ont élu domicile depuis le retour de l’eau. - D.T.

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