Le blé Harmony : une filière qui relie l’agriculture locale au biscuit
Petit beurre, Prince, Pim’s… Derrière chaque biscuit se cache une filière agricole dont le consommateur ignore souvent tout. Entre le champ de blé et le produit fini, ce sont de nombreux acteurs qui interviennent : agriculteurs, organismes de collecte, conseillers techniques, meuniers et industriels. Depuis plus de dix ans en Belgique, la charte Harmony accompagne la production d’un blé destiné exclusivement à la biscuiterie et propose une démarche qui associe traçabilité et évolutions des pratiques agricoles.

C’est sur l’exploitation de Carl De Bie, agriculteur dans le Brabant wallon, que les représentants de Mondelez et d’Arvesta-Walagri ont détaillé les ambitions du programme Harmony qui dépasse aujourd’hui largement la simple production de blé biscuitier.
« Ce programme a d’abord été créé en 2008, en France, avec la volonté de rendre la production de blé plus durable », raconte Annick Verdegem, Senior Corporate Affairs Manager Benelux chez Mondelēz International. Pour l’industrie biscuitière, l’enjeu est particulièrement important : « le blé constitue l’une des principales matières premières utilisées dans les biscuits et représente donc une part importante de notre impact environnemental ». L’objectif a donc été de construire une démarche collective, en associant agriculteurs, meuniers, agronomes, spécialistes et acteurs de la biodiversité plutôt que d’imposer un modèle conçu uniquement par l’industrie.
Une démarche qui s’est progressivement étendue
En quelques années, la charte Harmony a dépassé les frontières françaises. Le programme rassemble aujourd’hui plus de 1.200 agriculteurs dans neuf pays européens et représente plus de 420.000 t de blé cultivé chaque année. Une particularité importante du dispositif est de privilégier les producteurs locaux situés à proximité des sites de transformation. En Belgique, une grande partie du blé utilisé pour les biscuits produits à l’usine d’Herentals provient ainsi d’agriculteurs belges.
La démarche repose sur une charte qui définit les pratiques attendues. « Le programme cherche notamment à réduire l’impact climatique de la production, à préserver la biodiversité, à protéger les ressources en eau et la qualité des sols et à limiter le recours aux produits phytosanitaires et aux engrais. La rotation des cultures, le choix de variétés résistantes et le recours au traitement raisonné font partie des leviers mis en avant », détaille Annick Verdegem.
La biodiversité occupe également une place centrale. Les exploitations engagées mettent notamment en place des bandes ou jachères fleuries destinées à favoriser la présence des pollinisateurs et, plus largement, à recréer des espaces favorables à la faune et à la flore. « Depuis plusieurs années, les surfaces consacrées à ces espaces ont fortement progressé dans le programme. Les jachères mellifères ont été multipliées par quatre en 10 ans. »
Une construction locale de la filière
En Belgique, le programme s’appuie notamment sur l’accompagnement d’Arvesta via Walagri. « Notre rôle est de traduire les exigences de la charte en fonction des réalités des exploitations. Nous accompagnons les agriculteurs qui souhaitent produire du blé Harmony dans leurs choix variétaux et dans leur itinéraire cultural tout au long de la saison », explique Esther Monard, Innovation et New Business Director chez Arvesta.

Concernant la certification, Walagri est chargé de réaliser des contrôles et des audits, avant la récolte, afin de vérifier si les pratiques prévues par la charte ont bien été respectées.
Cette organisation permet d’assurer la séparation du blé Harmony dès sa collecte. Le grain est réceptionné dans des dépôts dédiés, la qualité est contrôlée, puis le stockage se fait séparément des autres céréales. Selon Esther Monard, cette étape est essentielle car elle garantit la traçabilité du blé depuis les parcelles jusqu’au moulin et, ensuite, jusqu’à l’usine où la farine est transformée en biscuits.
En 2025, près de 160 agriculteurs belges participaient au programme, pour environ 1.600 ha et 14.000 t de blé Harmony. Quelque 80 ha de bandes fleuries ont également été implantés.
Spécifiquement destinés à la biscuiterie
Le blé biscuitier est un blé tendre, dont certaines variétés ont été sélectionnées pour leur aptitude à la biscuiterie. Celles-ci possèdent des caractéristiques adaptées à la fabrication de biscuits, comme un faible taux en protéines, et répondent aux exigences de l’industrie. Le programme Harmony repose ainsi sur un nombre limité de variétés reconnues pour cet usage.
De plus, la traçabilité de ces céréales est particulièrement importante. « Le blé produit dans le cadre du programme doit rester identifiable tout au long de la chaîne. Il ne s’agit donc pas simplement de produire du blé selon certaines pratiques, il faut aussi être capable de démontrer que le grain qui arrive à l’usine est bien celui qui a été produit dans les exploitations engagées dans le programme », ajoute Esther Monard.
Le blé belge ne suffit cependant pas à couvrir l’ensemble des besoins de l’usine d’Herentals. Les volumes provenant d’autres pays européens complètent l’approvisionnement. L’exigence reste néanmoins la même : les blés utilisés dans l’usine sont certifiés Harmony.
Vers une agriculture régénératrice
Selon Annick Verdegem, le programme ne se présente pas comme figé, au contraire, il est appelé à évoluer. L’ambition affichée à l’horizon 2030 consiste à aller plus loin dans la réduction de l’impact des pratiques sur le climat, la restauration de la biodiversité et l’accompagnement des agriculteurs vers une agriculture régénératrice.
Cette nouvelle étape prévoit notamment d’optimiser davantage l’utilisation de l’azote, de diversifier les rotations avec des légumineuses et de développer les cultures de couverture. Concernant la biodiversité, un minimum de 3 % des surfaces des parcelles certifiées devait être implanté en bandes fleuries. « Aujourd’hui, notre volonté est de calculer ces surfaces non plus à l’échelle des parcelles Harmony mais à l’échelle des exploitations », approfondit-elle.
La transition agricole ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les convictions des producteurs. La participation au programme implique des exigences supplémentaires : analyses de sol, limitation des intrants, suivi technique, contraintes administratives ou encore mise en place d’espaces dédiés à la biodiversité. En contrepartie, le blé Harmony bénéficie d’une rémunération supérieure au prix du blé conventionnel, évoquée dans les échanges autour de 5 à 10 % selon les conditions du marché.
Une démarche collective plutôt qu’une simple promesse
Le témoignage de terrain souligne enfin un point essentiel : la réussite d’une telle démarche dépend de la cohérence de l’ensemble de la filière. Les agriculteurs doivent pouvoir s’engager dans les pratiques demandées, mais aussi bénéficier d’un accompagnement, d’une rémunération et d’un débouché clairement identifié.

Le programme Harmony semble ainsi chercher à créer un équilibre entre performance agricole, qualité du blé, biodiversité, réduction des impacts environnementaux et réalité économique des exploitations.
Plus qu’un simple cahier des charges, il se présente comme une démarche évolutive. « La charte reflète l’agriculture de demain », affirme Carl De Bie. Elle se renforce, les pratiques progressent et les agriculteurs expérimentent de nouvelles solutions. Sur le terrain, cette évolution passe par des changements parfois très concrets : moins de travail du sol, des rotations plus diversifiées, des cultures de couverture, des bandes fleuries ou encore un recours plus raisonné aux intrants. « Toutes ces pratiques sont déjà présentes dans les fermes. Les agriculteurs les mettent progressivement en place. Harmony vient donc apporter un soutien supplémentaire pour accompagner cette évolution », conclut l’agriculteur.
Du champ au biscuit, Harmony cherche donc à faire de la filière un véritable levier de transformation. Une transformation qui ne peut fonctionner que si chaque maillon y trouve sa place et son intérêt.





