L’agriculture ne tombe jamais seule

Ce n’est pas un mystère, le quotidien n’est jamais facile en agriculture. Les bonnes années succèdent aux mauvaises, même si, diront certains, ces dernières semblent se multiplier. La météo, les incertitudes liées à la politique agricole commune et ses multiples réformes, les fluctuations des prix… impactent durablement le métier, de même que le comportement des consommateurs ou encore les attentes toujours plus nombreuses de la société.
On pourrait croire que seuls les agriculteurs et agricultrices encaissent les coups et doivent composer avec les incertitudes qui s’accumulent, année après année. Mais ce serait se tromper. Les métiers de l’amont et de l’aval ne sont pas en reste non plus… L’actualité de ces derniers jours le démontre tristement.
Début du mois, Syngenta Chemicals, tout géant de la phytopharmacie qu’il soit, a annoncé son intention de mettre un terme aux activités de son site de Seneffe, où sont produits des herbicides. D’ici fin 2027, ce sont quelque 170 personnes qui devraient perdre leur emploi. En parallèle, Clarebout, propriété du géant américain Simplot Company, a annoncé une possible cessation de ses activités sur un site hennuyer, lui aussi. « Mouscron 1 » pourrait fermer prochainement ses portes. Près de 400 emplois seraient sacrifiés, si la décision est confirmée.
Enfin, le 10 septembre, on apprenait que le fabricant belge de pulvérisateurs Delvano mettait la clé sous le paillasson, à l’aube de son soixantième anniversaire. La faillite est brutale, quoique l’entreprise connaissait des difficultés « en raison, entre autres, de l’incertitude qui règne dans le monde agricole et pousse les agriculteurs et entrepreneurs à reporter leurs investissements ». 42 emplois passent à la trappe, bien que 18 d’entre eux soient repris par le fabricant de machines Depoortere.
Ces cas ne sont que quelques exemples. D’autres existent et d’autres encore, malheureusement, suivront… Chaque perturbation qui frappe les agriculteurs se ressent de plein fouet par les autres maillons de la filière, qu’importe leur taille ou leur métier. Parce qu’en agriculture, personne ne travaille en vase clos. Quand un maillon vacille, les autres finissent, tôt ou tard, par encaisser le choc. Et lorsque les secousses se répètent, toute la chaîne se fragilise… jusqu’à ce que certains maillons se fissurent et, in fine, se brisent.
Bien que ce ne soit pas toujours une évidence, soutenir le monde agricole, ce n’est pas soutenir les seuls agriculteurs. C’est accompagner tout un écosystème économique, industriel et humain qui gravite autour des fermes. Une agriculture affaiblie entraîne avec elle des pans entiers de notre économie. A contrario, une agriculture viable et forte renforce économiquement toute une chaîne de valeur. Au-delà de notre autonomie alimentaire, préserver notre agriculture, c’est aussi protéger l’emploi, en Belgique. Un enjeu auquel nos différents gouvernements se disent sensibles, mais dont ils semblent parfois oublier une chose essentielle : pour que l’agriculture continue à faire vivre tout cet écosystème, encore faut-il lui permettre de rester viable et de produire dans des conditions adéquates.





