Garder une activité de production de chicon en hiver
Depuis les années ’70, la production de chicon s’est considérablement modifiée. Le forçage hydroponique s’est développé, et assure aujourd’hui une production 12 mois sur 12. Les fermes spécialisées sont de moins en moins nombreuses mais leur capacité s’est élargie. Cela s’est déroulé au prix d’investissements importants et d’une adaptation aux marchés structurés via les criées coopératives.

À côté de cette technique de production, il demeure une possibilité de cultiver des chicons avec forçage en pleine terre. Les coûts sont plus élevés par kilo de légumes, mais les techniques peuvent plus facilement être développées pour des petites unités.
Au sein des petites fermes maraîchères diversifiées, cela reste une possibilité de diversification avec la vente directe ou en circuit court de l’automne au début du printemps.
Attention aux colonies de pucerons
La production du chicon est dépendante de la qualité des racines, elle-même largement influencée par la réussite du semis.
Durant cette année de production, les racines de chicon se sont plutôt bien comportées. Elles sont capables de descendre profondément dans le profil du sol à la recherche d’humidité.
Mais, comme souvent lors d’étés chauds et secs, ces racines peuvent avoir été colonisées par les pucerons. Dans la terre, les colonies ne sont pas soumises à la prédation des auxiliaires habituels. Les dégâts peuvent être tels que leur aptitude au forçage pourrait avoir été compromise.
L’influence des conditions météo actuelles
Les conditions météo très chaudes et sèches de juin à août ont défavorisé la minéralisation des matières organiques du sol. Les quelques précipitations de septembre ont permis de relancer la libération d’azote, sans excès jusqu’à présent.
Les teneurs en matières sèches des racines sont normales.
Le chicon peut développer un enracinement profond et performant, le rendant peu sensible aux déficits hydriques. Cependant, si une semelle de labour ou de pseudo-labour bloque ce développement en profondeur dans une parcelle, la sensibilité à la sécheresse peut être un frein. Ce fut apparemment le cas sur certaines parcelles.
Aux différences sous-régionales liées à la variabilité des précipitations s’ajoute une hétérogénéité entre parcelles suivant la structure du sol.
Une minéralisation sous surveillance
La fourniture d’azote à la culture est un élément clé de la réussite. C’est la minéralisation des matières organiques du sol qui apporte l’essentiel de ce qui sera consommé par la plante. Or, la minéralisation dépend de l’état de fertilité du sol et des conditions météo.
Les précipitations un peu plus normales de septembre ont joué en faveur du maintien assez sain des collets. Toutefois, rien n’est garanti. Des pluies très abondantes dans les prochaines semaines pourraient impliquer directement l’état sanitaire des racines peu avant l’arrachage. Les quantités de pluies ont été très hétérogènes dans les différentes sous-régions, et ce même d’un village à l’autre. La minéralisation tardive attendue dans les prochains jours pourrait favoriser les maladies bactériennes du collet (Pectobacterium carotovora par exemple). Il faudra donc bien vérifier l’état de maturité de chaque parcelle indépendamment du planning prévu initialement d’après les dates de semis.
Notons qu’il peut être intéressant de faire analyser, peu après la récolte des racines, le profil à 90 cm du sol pour vérifier que le reliquat après culture est inférieur à 30 U. C’est un bon contrôle a posteriori de la conduite de la culture et du pilotage de la fertilisation en fonction de la richesse du sol ainsi que du type de variété concernée (sensible, tolérant ou préférant en besoin azoté). Attendons-nous à des surprises cette année…

À cette période, comment réagir ?
Pour les premières parcelles semées sous voile ou sous plastique perforé, nous sommes proches de la maturité, à vérifier au cas par cas. Le poids des racines donne une première indication : nous espérons nous approcher de la fourchette de 130 à 170 g. La teneur en nitrates de la racine est une deuxième indication avec un maximum de 100 mg d’N nitrique par kg de matière sèche (MS) et une teneur en azote total entre 8 et 12 g /kg de MS. D’autres critères peuvent être choisis, comme le rapport pondéral feuilles/racines (< 0,8), le calibre des racines (diamètre entre 3 et 6 cm, idéalement de 3,5 à 5,5 cm au galbe de la racine), la teneur en matières sèches ou en sucres réducteurs.
En théorie, les variétés les plus hâtives ont besoin de 20 semaines de culture, celles de mi-saison ont besoin de 24 semaines. Les variétés actuelles, plus productives, se rapprochent plus de ce deuxième type.
Vu les conditions de l’année, les racines de beaucoup de parcelles semées sans voile ni plastique ne seront pas mûres début novembre. À la récolte, après une cicatrisation des plaies de récolte 24 à 48 h et un séjour d’une semaine au frigo, les racines devraient pouvoir entrer en forcerie. En cas d’absolue nécessité pour le calendrier de forçage, il reste la possibilité de récolter avant maturité et de laisser les racines séjourner 7 à 21 jours dans le frigo à une température réglée entre 0 et 4°C.
En cas de collets gras (pourritures d’origine bactérienne), la bonne mise en œuvre des mesures prophylactiques contre ces maladies du collet a tout son sens. Il s’agira notamment de diminuer quelque peu la température de forçage. Les dégâts sont beaucoup moins importants à 17°C qu’à 20°C et le sont encore beaucoup moins à 14°C. Ce sera la recherche d’un compromis entre l’état sanitaire des racines et les besoins organisationnels de chauffage pour s’accorder au planning de production. Comme les premières productions d’automne demandent une température de 20°C, nous commencerons par les parcelles aux racines les plus saines.
Y a-t-il encore de la place pour le forçage en terre ?
La technique de forçage en hydroponie est apparue dans les fermes, vers 1975. Ce fut une fameuse évolution pour la profession et pour la filière chicons. Le recyclage continu de l’eau, la sélection variétale orientée vers ce type de production et la pression sur les prix ont influencé tout le secteur.
Pour les maraîchers, garder une activité de production de chicon en hiver a tout son sens. Les clients sont également à la recherche de points de vente directe. Il existe toujours une filière spécifique de commercialisation, au même titre que pour d’autres légumes de saisonnalité à côté de la production continue des entreprises spécialisées. Il y a donc de la place pour les deux sous-filières : forçages en hydroponie et en terre.
Les besoins en main-d’œuvre sont beaucoup plus importants en couche, au minimum 1.000 h/ha forcé, contre 30 % de moins en hydroponie. En revanche, les coûts d’amortissements sont inférieurs, et surtout, peuvent être adaptés plus facilement à des tailles modestes de fermes maraîchères.
L’emploi de caissettes pour le transport et le forçage des racines permet une économie de l’ordre de 200 h/ha, mais avec l’amortissement des caissettes (125 à 150 m²/ha de racines à consentir en tenant compte d’un remploi des caissettes 2 à 2,5 par saison de forçage.)
Ce seront la taille de l’entreprise maraîchère et ses conséquences sur les économies d’échelle d’une part, et les types de débouchés locaux (vente directe, grossistes ou criées), d’autre part, qui seront les paramètres à étudier au cas par cas. D’une ferme à l’autre, les charges fixes détermineront le niveau de rentabilité potentielle de la culture. La question de la demande de la clientèle locale servira de base à cette réflexion.






