Accueil Céréales

Rendements en recul et excellente qualité marquent une moisson très précoce

La récolte belge de céréales 2026 se caractérise par des rendements en recul par rapport à la campagne 2025 mais qui, rappelons-le, était particulièrement exceptionnelle sur ce plan. La qualité est, quant à elle, au rendez-vous bien que les variations du poids à l’hectolitre soient un peu plus marquées que l’an dernier en raison de la sécheresse estivale. Un constat que dresse Fegra, alors qu’une nette tendance haussière se dessine sur le marché céréalier.

Temps de lecture : 6 min

La Fédération belge du commerce des céréales (Fegra) a établi une évaluation quantitative et qualitative de la récolte belge 2026 de céréales à paille (hors maïs). Celle-ci est basée sur les chiffres provisoires des déclarations de superficie des Régions wallonne et flamande ainsi que sur une enquête approfondie réalisée auprès de ses membres.

Une moisson précoce et rapide

La récolte 2026 a été marquée par des vagues de chaleur successives, qui ont fait progresser la moisson à un rythme record.

Dès la mi-juillet, la majeure partie des céréales d’hiver était déjà récoltée en Flandre, ce qui est exceptionnellement précoce. Jamais auparavant on n’avait moissonné aussi tôt en Belgique : l’escourgeon se trouvait déjà dans les silos deux semaines avant la récolte du froment, qui a suivi lui aussi à un rythme record. À titre de comparaison : l’an dernier, environ 80 % des surfaces avaient été récoltées au 21 juillet. Dans le sud-est du pays, la moisson s’est poursuivie jusqu’au début du mois d’août.

Certaines parcelles ont été récoltées à une teneur en humidité très faible, alors que la maturation physiologique du froment n’était pas encore entièrement achevée. Cela a eu, dans certains cas, une incidence négative sur le poids à l’hectolitre. Les parcelles de froment versées, à la suite des tempêtes survenues plus tôt dans certaines régions, présentent également de faibles poids à l’hectolitre. Les valeurs varient donc fortement cette année, constate Fegra.

La vague de chaleur de fin juin a, en revanche, perturbé le processus de maturation du froment et a amputé le potentiel de rendement d’environ 1 t/ha. L’impact est toutefois resté largement circonscrit au rendement : grâce au maintien d’un temps sec après les tempêtes et jusqu’à la moisson, même les parcelles versées ont pu être récoltées avec relativement peu de pertes.

La saison sèche et ensoleillée a, par ailleurs, eu un effet favorable sur la qualité des grains : les teneurs en protéines étaient plutôt élevées cette année. Les teneurs en humidité ont été faibles à très faibles et le poids à l’hectolitre est, malgré la chaleur, resté en moyenne supérieur à 76 kg/hl.

Des rendements bons, mais en recul par rapport à 2025

Du côté des rendements, après les excellents résultats de 2025, 2026 s’inscrit dans une dynamique contrastée : l’été précoce et chaud a porté la moisson à un record absolu en matière de calendrier, mais a, dans le même temps, pesé sur les rendements à l’hectare de pratiquement toutes les céréales à paille. Il ne s’agit pas pour autant d’une mauvaise année, mais plutôt d’un repli par rapport à un millésime 2025 exceptionnellement bon.

Pour le froment fourrager, les rendements ont reculé de 6 à 14 % par rapport à 2025. L’escourgeon a, lui aussi, produit 5 à 11 % de moins. Le triticale s’est relativement bien maintenu (-9 % en Wallonie, -2,5 % en Flandre), tandis que l’orge de printemps et l’avoine ont accusé le repli le plus marqué, avec des baisses dépassant 25 % au sud du pays.

L’épeautre s’affiche également en perte (7 à 9 % de moins qu’en 2025), même si les rendements demeurent à un niveau convenable, selon Fegra.

Malgré ce recul, la plupart des rendements restent conformes à la moyenne pluriannuelle, voire légèrement supérieurs. C’est surtout l’année de référence 2025, très bonne, qui fait paraître les baisses plus importantes cette année.

La teneur en humidité a été, sur pratiquement toute la ligne, inférieure de 5 à 17 % à celle de 2025 (environ 12,3 % en moyenne, contre 13 à 13,4 % l’an dernier, pour l’escourgeon, par exemple). Le recours au séchage a dès lors été quasi nul.

La récolte de colza est, quant à elle, restée légèrement en deçà du niveau de 2025. Selon les régions, les rendements ont oscillé entre 4,4 et 4,7 t/ha (contre 4,5 à 5,5 t/ha en 2025), ce qui correspond encore à une année moyenne à bonne.

Des teneurs en protéines élevées

La qualité des céréales 2026 s’avère globalement bonne, selon Fegra. La saison sèche et ensoleillée a favorisé des teneurs en protéines élevées et de faibles taux d’humidité, même si la chaleur et la maturation anticipée ont entraîné, sur certaines parcelles, une variation du poids à l’hectolitre un peu plus marquée que l’an dernier.

En froment, les rendements ont reculé de 6 à 14 % pour un poids à l’hectolitre de  près de 79 kg/hl, environ.
En froment, les rendements ont reculé de 6 à 14 % pour un poids à l’hectolitre de près de 79 kg/hl, environ. - J.V.

Après une année 2025 déjà très bonne (78,45 kg/hl en moyenne), le poids à l’hectolitre du froment atteint en moyenne près de 79 kg/hl cette saison. Il s’établit à 75,3 kg/hl pour le froment de printemps, 65 kg/hl pour l’escourgeon, 74,5 kg/hl pour le triticale, 37,6 kg/hl pour l’épeautre et 47,3 kg/hl pour l’avoine.

Recul de la production et conflits géopolitiques tirent les prix à la hausse

À l’échelle mondiale également, Fegra fait état d’un tableau mitigé. L’Europe a été marquée par les vagues de chaleur, tandis que d’autres régions ont bénéficié de conditions de récolte optimales.

La production mondiale de froment est estimée cette année à 819,3 millions de tonnes (mt), en repli par rapport à l’an dernier (843,35 mt). La consommation dépasse l’offre, atteignant 826,27 mt. Compte tenu des récoltes exceptionnelles de 2025, les récoltes 2026 sont plus faibles dans l’Europe des 27. L’estimation pour 2026 s’établit à 134,2 mt, contre 138,3 mt l’an dernier. Cela étant, le rendement moyen (5,66 t/ha) demeure supérieur à la moyenne quinquennale (5,63 t/ha), de sorte que l’on peut parler d’une bonne année au niveau européen.

Pour l’orge, les estimations de récolte affichent une légère hausse (+ 3,38 mt), passant de 153,69 mt à 157,07 mt. Les stocks mondiaux de fin de campagne s’établissent à 22,13 mt, ce qui porte le ratio stocks/utilisation de 12,40 % à 14,20 %.

Au total, la production de froment et d’orge réunis atteint 976,4 mts en baisse de plus de 2,15 % par rapport à la campagne précédente. Ce repli est presque entièrement imputable à l’Europe occidentale, où l’été exceptionnellement chaud et sec fin juin et en juillet a provoqué une maturation trop rapide. L’UE-27 perd du terrain tant en froment qu’en orge, la France étant particulièrement touchée, aux côtés du Royaume-Uni. À l’inverse, des gains nets sont enregistrés en mer Noire et en Amérique du Nord : l’Ukraine, la Russie, le Kazakhstan et le Canada progressent dans les deux cultures, la saison de croissance canadienne se déroulant, selon l’indice de végétation, de manière particulièrement favorable.

Outre les facteurs climatiques, les tensions géopolitiques pèsent lourdement sur les marchés. L’escalade du conflit en mer Noire et les révisions à la baisse de la production mondiale entraînent une nette tendance haussière sur l’ensemble du marché céréalier.

L’intensification des attaques contre les infrastructures portuaires et maritimes en Ukraine paralyse presque totalement les exportations de céréales par voie maritime (interruptions des chargements, réticence des assureurs). Les itinéraires alternatifs, par voie terrestre et via le Danube, sont soit saturés, soit eux-mêmes visés. La situation est d’autant plus complexe que plusieurs pays voisins (Hongrie, Pologne et Slovaquie) maintiennent leurs interdictions d’importation.

Le marché mondial affiche une nette dichotomie : l’Europe occidentale et centrale est lourdement touchée par la sécheresse et la chaleur, tandis que la mer Noire et le Canada réalisent une excellente saison. S’il n’y a pas de risque de pénurie à l’échelle mondiale, la logistique et la géopolitique continuent de sous-tendre la volatilité des cours.

A lire aussi en Céréales

Voir plus d'articles