Élargir sa production avec l’installation de serres maraîchères
S’installer en maraîchage est une démarche complète réfléchie. D’abord, il faut acquérir les connaissances techniques et économiques de base. Ensuite, il convient de bien réfléchir à son mode de vente. La technique de production est l’étape suivante. C’est alors que se pose la question d’installer une serre maraîchère pour élargir les possibilités de travail tout au long de l’année.

Cette étape se prépare dès à présent. C’est un grand pas vers l’élargissement des cultures possibles, des périodes de valorisation de la main-d’œuvre familiale et des saisons d’offre de légumes frais. De nombreux modèles sont proposés en neuf ou en occasion. Parmi eux, certains sont destinés à rester quelques semaines en place, puis à être démontés. D’autres peuvent durer dans le temps avec une fixation au sol adaptée.
Pour les installations fixes, il est nécessaire de consulter le service urbanisme de sa commune qui fournira les éléments nécessaires d’un point de vue administratif, tenant compte du Code du développement territorial actuel (CoDT).
Choisir une armature robuste et une fixation à l’épreuve du vent
Le choix du modèle se décline sur les surfaces, hauteurs et solidité des armatures d’une part et sur les types de film et l’aération d’autre part.
Concernant l’armature, elle se doit d’être robuste pour supporter le poids de fils de tuteurage avec leurs plantes. Les modèles d’armature de serres tunnels sont nombreux, le plus souvent en acier galvanisé. Les largeurs varient de 4 à 12 m. Les arceaux peuvent être renforcés par des barres de triangulation. Ces derniers sont reliés entre eux par des entretoises. La fixation au sol se fait par des semelles disposées au bas des arceaux limitant l’enfoncement et des dispositifs en queue de cochon vissés dans la terre afin d’éviter les soulèvements par le vent.
Cette prise au vent est la résultante de tous les efforts du vent sur les parois. Elle tend à soulever la serre tunnel, relativement légère en comparaison avec d’autres constructions. L’ancrage au sol est donc important.
Des fils de fer tendus au-dessus des arceaux supporteront le film de couverture. Ils limiteront les risques de formation de poche d’eau en périodes de pluies. Ils pourront aussi supporter les fils tuteurs pour les plantes à guider verticalement.
L’orientation de la serre tunnel sera déterminée forcément par la taille et la forme du terrain d’accueil. Mais quand le choix est possible, nous essayons de tenir compte des cultures qui y seront implantées principalement. Pour les cultures basses, comme les laitues, les plantes ne se gênent guère mutuellement par rapport à la lumière. Dans ce cas, l’orientation de la serre tunnel n’est pas très importante, et celle à privilégier est Est-Ouest. En effet, elle donne moins de prise aux vents dominants et une bonne ventilation par les pignons. Pour des plantes à port dressé comme les melons tuteurés sur fils, l’orientation de l’axe dans la direction Nord-Sud permet un éclairage assez équilibré des rangs. Concernant une serre à usages diversifiés, quand le choix est possible, la direction Est-Ouest ou Sud-Est – Nord-Est est un compromis favorisant la tenue aux vents dominants.
Dans les situations venteuses, le plastique enterré sur toute la longueur de chaque côté de la serre tunnel permet une bonne tenue.
Les modèles disponibles proposent des portes battantes ou coulissantes. Les deux modèles sont pratiques. Ces portes sont insérées dans les pignons relevables ou non. Les pignons fixes apportent une certaine rigidité à l’ensemble, ceux relevables facilitent l’accès à la serre tunnel avec des engins comme des tracteurs légers.
Les serres maraîchères en polychapelles permettent un meilleur contrôle de la température ou encore de l’humidité, mais à un coût par unité de surface supérieur. Ces types sont à conseiller pour les maraîchers qui maîtrisent déjà bien les paramètres de production grâce à leur expérience. La hauteur des pieds-droits sera choisie élevée en vue d’avoir une plus grande souplesse dans les futurs choix de productions.

Le film de couverture et l’aération
La qualité du film de couverture déterminera la durée de vie et l’effet thermique de l’ensemble. Il faut une bonne résistance et un effet thermique. Les films les plus fréquemment proposés sont à base de polyéthylène (PE) avec ou sans éthylène-acétate de vinyle (EVA).
La proportion d’EVA intervient dans l’effet thermique global et l’élasticité du film. La face intérieure est protégée par un traitement anti-gouttes ; une indication imprimée sur celui-ci permet de repérer cette face intérieure et d’éviter une mauvaise installation. Les fabricants annoncent la durée de vie des films. Celle-ci est déterminée sur base de la diminution de la résistance mécanique jusqu’à la moitié des caractéristiques de départ. Sept ans est une durée d’amortissement assez fréquente. Les films armés sont plus résistants, cependant la luminosité se dégradera un peu plus vite à cause de l’encrassement dû au relief de la surface. Ils sont appréciés pour des endroits où la résistance est mise à rude épreuve, comme sur le pignon sous les vents dominants.
L’épaisseur recommandée diffère avec la largeur de la serre, elle peut être plus fine pour les serres de petite largeur.
Une installation dans les règles de l’art
Le montage de serres tunnels est une opération déterminante dans la durée de vie de l’ensemble. Pour que la bâche de couverture soit bien tendue, sa pose se déroulera par une belle journée ensoleillée avec des températures assez hautes. Cela facilitera la tension du film grâce à son élasticité… Les zones de frictions de la bâche sur les arceaux sont des endroits vulnérables. La présence d’une bavure de fabrication ou d’un défaut de surface va induire rapidement une usure anormale de la bâche. En ces mêmes endroits, la température des arceaux peut monter à de hauts niveaux, de l’ordre d’une soixantaine de degrés. En vue d’éviter ces surchauffes préjudiciables à la durée de vie des films, nous pouvons utiliser une peinture blanche acrylique sur la face extérieure du film en aplomb des arceaux. Cette peinture sera renouvelée si nécessaire les années suivantes. La bâche doit toujours rester tendue, des systèmes de clipsage sont proposés par des fabricants. Une tension en deux phases par abattement de terre au pied de la serre tunnel et sur la bâche de couverture est efficace, en particulier pour les petites largeurs de tunnels.
De la serre tunnel, nous attendons aussi un effet thermique, l’effet de serre. Les films plastiques modernes sont très performants. Encore faut-il limiter les déperditions en disposant d’une installation montée dans les règles de l’art et en raisonnant les manœuvres des éléments de ventilation.
Un système d’irrigation adapté aux cultures
Concernant les cultures maraîchères cultivées assez classiquement chez nous, un système d’irrigation par aspersion pourra satisfaire aux besoins de laitues, mâches, radis, et d’un grand nombre de plantes à repiquer. Un second système de distribution en goutte-à-goutte conviendra pour des cultures espacées, surtout s’il est préférable de ne pas en mouiller le feuillage, comme pour les tomates, concombres, melons, poivrons, aubergines. L’avantage de disposer de deux systèmes est de réduire le risque d’avoir une correspondance des zones insuffisamment irriguées (salinité). Pour les serres tunnels d’une longueur supérieure à 30 m, il convient d’être très attentif au dimensionnement des conduites qui amènent de l’eau d’irrigation. Leur diamètre doit être suffisant pour limiter les pertes de charges qui provoqueraient un gradient dans les débits en fonction de la distance depuis la source d’eau sous pression. Lorsque le terrain est légèrement en pente, il est intéressant d’envisager de travailler avec cette pente, c’est-à-dire d’amener l’eau au point haut afin de permettre une certaine compensation entre la hauteur et les pertes de charge Il ne faut pas hésiter à scinder le réseau d’irrigation de la serre tunnel en plusieurs parties. Ce sera un avantage afin d’éviter les sur-irrigations lorsqu’une zone est vide, de devoir irriguer à un moment perturbant pour une récolte localisée, et surtout pour ne pas devoir installer un groupe motopompe trop puissant assorti de tuyauteries de large diamètre. Une serre tunnel doit disposer d’un bon drainage naturel ou artificiel pour évacuer les excès d’eau.





