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Du semis au surgelé, le parcours des légumes de chez Hesbaye Frost

Avant de se retrouver dans nos congélateurs, les légumes passent par une série d’étapes. Et tout se réfléchit avant même le semis, pour qu’ils arrivent dans les assiettes sans perdre leurs qualités gustatives et nutritives. À Geer, Hesbaye Frost a acquis une véritable renommée dans ce domaine. Alors que les récoltes d’épinards et de haricots battaient leur plein, l’usine a accepté de nous ouvrir ses portes et de nous faire découvrir son savoir-faire.

Temps de lecture : 7 min

C’est non loin de là, toujours en Hesbaye et directement dans les champs, aux côtés des agriculteurs, que l’histoire commence. Ils sont environ 150 à être membres d’Apligeer, soit la coopérative qui regroupe les producteurs chargés de fournir la matière première à Hesbaye Frost. Épinards, pois, pois mange-tout, haricots, fèves de marais et carottes : autant de légumes, conventionnels et bio, répartis sur les 8.000 ha que contracte la coopérative.

« La présence d’une structure de surgélation au centre des parcelles et des exploitations constitue un avantage. Ces fermes sont plutôt orientées vers les grandes cultures et disposent de surfaces conséquentes. Cela permet de produire et d’obtenir des légumes de qualité avec des rendements corrects », explique le directeur agronomique, Jean-Marc Pirard. En effet, l’emplacement de l’usine est idéal. Située rue de la Conserverie, un clin d’œil à son passé, au cœur de la Hesbaye, elle a pris racine dans cette région réputée pour la qualité de ses sols, particulièrement adaptés à la culture des petits pois.

Une recette qui lui réussit depuis plus de 40 ans. Autant d’années et d’évolutions pour cette société, avec la naissance d’Apligeer en 2000. La raison ? « Cette reconnaissance en tant que groupement de producteurs donne accès à des aides permettant de financer de la recherche et du développement, mais aussi à des assurances couvrant, dans certains cas, les risques climatologiques. En 2000, cela représentait une opportunité. En 2026, c’est devenu une véritable nécessité », souligne-t-il encore.

L’ancrage géographique de l’usine, au cœur de la Hesbaye et à proximité des cultures, est un réel atout.
L’ancrage géographique de l’usine, au cœur de la Hesbaye et à proximité des cultures, est un réel atout. - H.F.

Un accès à la technologie

Agriculture rime de plus en plus avec technologie. Ces innovations souvent coûteuses peuvent, grâce à Apligeer, profiter aux cultivateurs locaux et répondre aux problématiques actuelles. Citons, par exemple, les canettes, gobelets et autres détritus retrouvés dans les champs. Avec ce groupement, des drones sont désormais utilisés. Leur rôle ? Survoler les parcelles d’épinards et détecter ces corps étrangers avant le passage de la récolteuse.

Il y a également les pulvérisateurs de précision Ara, developpés par Ecorobotix. Ces derniers, grâce à des caméras, reconnaissent et traitent les mauvaises herbes sans impacter la culture principale. Un sérieux atout tandis que l’utilisation de produits phytopharmaceutiques est de plus en plus contrôlée et… décriée ! « Même lorsque ces substances sont autorisées, l’objectif est de limiter fortement leurs dosages afin de n’en retrouver aucune trace sur les produits finis. Cette manière de travailler nous permet notamment de collaborer avec des industries plus exigeantes, comme celle de l’alimentation infantile », indique le directeur de l’entreprise, Pierre Étienne. C’est le cas de Nestlé, par exemple.

De plus, avec Apligeer toujours, les agriculteurs peuvent bénéficier de conseils et de suivis personnalisés. Neuf agronomes travaillent main dans la main avec eux. Ils suivent les cultures, les plans de semis et valident chaque parcelle avant la récolte. Cette structure regroupe également les achats de semences, la sélection des variétés, veille à la préservation des sols… Bref, un accompagnement de A à Z !

Une partie agronomique essentielle puisque l’usine doit être alimentée en continu. Le plan de semis est défini à l’avance, tandis qu’il faut aussi adapter l’organisation des récoltes. Cette collaboration étroite entre le terrain et l’usine permet d’assurer la continuité du champ à la vente…

« Speedy peas », une rapidité à toute épreuve

Et une fois cette récolte terminée, comment ce processus se déroule-t-il ? À toute vitesse ! Comme indiqué précédemment, l’un des avantages de Hesbaye Frost est son ancrage géographique. Dès lors, les distances entre l’usine et les champs sont faibles. Un réel atout.

À titre d’exemple, pour les petits pois, c’est le « speedy peas ». Cela signifie que seulement deux heures à deux heures et demie s’écoulent entre la récolte au champ et la sortie du tunnel de surgélation.

La première étape : le déchargement des camions. Lors de notre rencontre, c’était la saison des haricots et des épinards.
La première étape : le déchargement des camions. Lors de notre rencontre, c’était la saison des haricots et des épinards. - D.T.

« Cette organisation bien rodée permet de préserver au maximum les qualités nutritionnelles du légume. C’est plus rapide que pour le marché du frais, où deux à trois jours peuvent s’écouler entre la récolte et l’assiette du consommateur », complète Jean-Marc Pirard.

Après avoir été déchargés, ces légumes sont directement triés, nettoyés et éventuellement coupés, comme pour les carottes ou les haricots. Afin de s’assurer qu’ils soient propres, plusieurs techniques sont combinées. Des souffleurs permettent de retirer certaines poussières et matières légères, des aimants sont destinés à enlever d’éventuelles particules métalliques, sans oublier les trieurs optiques et leurs caméras, de sérieux alliés !

Ensuite, place au blanchiment : le légume passe dans de l’eau à une température d’environ 80°C pendant une petite dizaine de minutes. L’objectif est de réduire la charge microbiologique, mais aussi d’arrêter l’activité enzymatique, afin notamment de préserver sa couleur. Après cette étape, le produit est refroidi avec de l’eau fraîche à environ 2 ou 3°C, puis entre dans un tunnel de surgélation. La surgélation elle-même dure environ dix minutes. L’aliment entre dans le tunnel aux alentours de 0 ºC et en ressort à environ – 20 ºC.

Arrivés à l’usine, les légumes passent par plusieurs stades : le nettoyage, le blanchiment et la surgélation.
Arrivés à l’usine, les légumes passent par plusieurs stades : le nettoyage, le blanchiment et la surgélation. - H.F.

Autant de phases et de machines différentes surveillées de près par les opérateurs sur place. Durant tout ce processus, ils sont là pour veiller au grain et s’assurer que ce cheminement se déroule sans encombre.

Après avoir été pesés, calibrés, puis emballés et placés sur palettes, direction le frigo. Ce dernier est bien éloigné de l’image que l’on peut s’en faire. D’une hauteur de 40 m, d’une capacité d’environ 35.000 places de palettes et d’une température de – 20 ºC, le bâtiment impressionne. Pour y accéder, les palettes passent par une galerie au-dessus de la route qui mène jusqu’à lui. Sur place, tout est automatisé et les palettes y sont rangées à l’emplacement dédié. Le chargement des camions est également organisé à partir de ce lieu stratégique. Lorsqu’une commande entre dans le système, des robots vont chercher les palettes nécessaires. Les légumes prennent alors la route pour, in fine, se retrouver plus tard chez les revendeurs !

Ce frigo est le dernier gros investissement de l’usine. Les palettes de légumes y arrivent via le tunnel au-dessus de la route. Sur place, tout est automatisé afin de les stocker et d’aller les chercher lors des commandes.
Ce frigo est le dernier gros investissement de l’usine. Les palettes de légumes y arrivent via le tunnel au-dessus de la route. Sur place, tout est automatisé afin de les stocker et d’aller les chercher lors des commandes. - D.T.

Une reconnaissance du savoir-faire aux quatre coins du monde

Les producteurs membres d’Apligeer fournissent 70 à 80 % de la matière première de l’usine. Une usine dans laquelle on trouve aussi des légumineuses réhydratées comme des pois chiches, des haricots rouges ou des lentilles, provenant, elles, de zones plus éloignées.

En outre, Hesbaye Frost commercialise des pâtes et du riz surgelés. Si ce dernier est acheté sur les marchés internationaux, les pâtes, quant à elles, sont fabriquées sur place. « Nous achetons la farine et faisons des pâtes fraîches sur le site. Elles sont blanchies et surgelées sans jamais passer par une phase de séchage. Cette méthode n’a pas d’impact sur le goût puisqu’une fois réchauffées, elles sont très proches de pâtes fraîches », souligne le directeur de l’entreprise.

Au total, l’entreprise a commercialisé environ 125.000 t de produits, selon les chiffres de 2024.

Les légumes sont vendus aux entreprises Crop’s et Ardo. « Les clients finaux sont notamment des industriels qui vendent ces aliments sous leur nom, bien qu’Ardo possède une petite partie de sa production commercialisée sous sa propre marque, ce qui n’est pas le cas de Hesbaye Frost », complète Pierre Étienne.

Environ 85 % de la production quitte la Belgique. L’essentiel reste toutefois commercialisé en Europe, principalement dans un rayon d’environ 1.000 km autour de l’usine, avec des pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni parmi les principaux marchés. Une partie des volumes peut néanmoins partir vers d’autres contrées en bateau. L’on pourrait dès lors savourer des légumes de chez nous au Japon, aux États-Unis, en Chine ou encore au Chili !

« Toutefois, la Belgique reste historiquement l’un des territoires les plus développés au monde pour les légumes surgelés. Notre savoir-faire, nos connaissances et notre compétitivité ont permis de conserver une longueur d’avance sur les autres pays », raconte Jean-Marc Pirard. Un secteur incontournable qui fait la part belle à nos cultures et qui permet d’avoir un petit goût de Hesbaye, parfois même de l’autre côté de l’océan !

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