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Courrier des lecteurs : le dernier jour de l’année

Je ne sais pas vous mais je suis épuisée de cette année 2026. J’accueille à bras ouverts cette météo fraîche, la pluie et la tempête. Enfin arrive ce premier novembre, jour où le rythme change, où il y a une fin et un nouveau commencement.

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C’est un jour particulier pour beaucoup de monde. On pense notamment aux fleuristes qui, à cette occasion, reverront 99 % de leur clientèle revenir après un an d’absence. Les autres grands moments de l’année sont tellement fluctuants. Tiens, par exemple, la Saint-Valentin est assez codifiée : célibataire, on a compris, pas de fleurs. Si la longévité de la relation est de moins d’un mois, alors une rose suffit. À un an, on passe au bouquet de douze roses.

Moins de deux ans, on choisit l’orchidée placée sur l’appui de fenêtre de la salle à manger. Ensuite, plus de fleurs en pot car il n’y a plus d’appui de fenêtres disponible. C’est pourquoi je vous le dis, c’est fluctuant, sans compter les séparations. Ah les relations ! Par contre, à la Toussaint, c’est immuable. Quand quelqu’un est mort… Et bien il est mort. On le fera remarquer chaque deuxième jour du mois de novembre, oui parce que le premier, c’est pour les saints.

Les saints qu’on n’oublie pas de fêter et d’honorer car ils sont vraiment mis à rude épreuve pour soutenir les agriculteurs depuis qu’on passe des pluies diluviennes aux étés où on a l’impression d’être dans un four à vapeur, tant l’atmosphère est étouffante. Rien que pour en citer quelques-uns, nous avons Saint-Isidore (15 mai) patron des éleveurs et de la moisson, Saint-Fiacre (30 août) patron des maraîchers… Mais en ce début de novembre, je voudrais m’attarder sur une fête de jadis, le Samain.

Un peu comme le calendrier chinois où on fête le nouvel an à une autre date que le reste du monde entier, pour la fête de Samain, on fête la fin de l’année le premier novembre, date symbolique où on considère que la nature se replie sur elle-même et où on passe de la saison claire à la sombre. C’est le jour où on souhaite à la terre de se reposer. Les granges qu’on referme de leurs grandes portes sont pleines, le bétail est rentré, les feuilles tombent et les jours raccourcissent à vue d’œil de semaine en semaine. La nature s’endort et a besoin de longs mois de repos pour pouvoir se régénérer. D’ici le printemps prochain, elle nous laisse seuls face à nos bêtes et nos stocks. C’est d’une certaine manière une mort symbolique de la nature.

La Toussaint est aussi une date pivot dans le calendrier agricole sur le plan juridique et financier car c’est ce jour-là que les locations des terres se terminent et que les baux de ferme se renouvellent. De rien pour le petit rappel au passage. Si aujourd’hui, tout se passe par des virements bancaires, à l’époque les fermiers payaient souvent leur propriétaire en nature, c’est-à-dire directement par leurs récoltes tel que du foin, céréales, bêtes.

Il y avait aussi ces foires agricoles où les ouvriers terminaient leur contrat et recherchaient d’autres fermes pour y travailler les douze prochains mois. Souvent appelés « valets de ferme », aujourd’hui ils subsistent encore mais ont tous le même petit surnom « bul » ou « petit bul » pour ces machines articulées qui sont ce que le couteau suisse est pour un ancien scout. Indispensables.

Et enfin, novembre c’était aussi la période des grandes foires à bestiaux où on vendait tous les animaux excédentaires pour lesquels on n’avait pas de place dans les étables lorsque les vaches rentraient des prés.

Pour l’agriculteur, c’est aussi une période un peu plus calme même si le travail est tout aussi rude qu’en été. Elle est un peu plus douce car une fois que la nuit commence à tomber, instinctivement on commence à ranger les outils, à s’organiser pour clôturer la journée et rentrer chez soi. En dehors des mises bas, il y a des jours où on se contente de soigner les bêtes, c’est tout. Et c’est très bien comme ça. On passe des moments avec sa petite famille et surtout, on peut démarrer les repas raclettes ! C’est pour moi l’intérêt majeur de cette période : ressortir les petites poêles et y faire fondre le fromage, jusqu’à ce que la surface se dore d’une petite surface craquante.

Cette abondante gourmandise, on la retrouve également au Mexique. Un peu étrange n’est-ce pas leur façon de fêter la Toussaint. Vous avez certainement déjà vu des têtes de mort très fleuries dans les journaux ou réseaux. Pour cette culture, ils célèbrent la fin du cycle de la culture de maïs et partagent l’abondance des récoltes entre les deux mondes, celui des vivants et des morts qui se rejoignent précisément une fois par an, du 31 octobre au 2 novembre. C’est un moment de fête. Qu’il s’agisse des offrandes de maïs au Mexique ou des repas de famille en Europe, le principe est le même : on partage l’abondance des récoltes avec ceux qui sont partis, pour les remercier de la nourriture que la terre nous a données.

Sur ce, vive la raclette, les courtes journées, les soirées rallongées et le plaisir d’être nous aussi, au repos forcé.

Valérie Neysen

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