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La silphie : une alliée stratégique pour la qualité de l’eau en Wallonie

En Wallonie, la préservation des ressources en eau constitue un enjeu environnemental et économique majeur. Avec 57 % du territoire classé en zone vulnérable aux nitrates, des zones qui fournissent jusqu’à 90 % des volumes d’eau destinés à la consommation humaine, la pression sur les masses d’eau souterraines est importante. Aujourd’hui, environ 20 % de ces eaux dépasseraient les seuils de potabilité en raison de pollutions récurrentes aux nitrates et aux produits phytosanitaires.

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« Pour la Société Publique de Gestion de l’Eau (Spge), le traitement des eaux polluées génère un coût récurrent estimé entre 7 et 10 millions d’euros par an », affirme Zacharie Cortvrint, chercheur à l’UCLouvain et responsable scientifique pour la Spge. Une approche exclusivement curative n’étant pas viable à long terme, l’UCLouvain s’associe à la Spge et aux centres pilotes pour développer et encadrer des solutions préventives directement à la source : au champ, au cœur des zones de captage.

C’est dans ce cadre que la silphie (Silphium perfoliatum) apparaît comme une culture prometteuse.

Pourquoi la silphie coche toutes les cases environnementales ?

Selon le chercheur, la silphie présente des caractéristiques qui répondent simultanément aux problématiques des nitrates et des pesticides.

Tout d’abord, il s’agit d’une culture pérenne et couvrante. Implantée pour 15 à 20 ans, la silphie ne nécessite plus aucun travail du sol après ses 2 à 3 premières années d’installation. Cela réduit considérablement les risques d’érosion et de ruissellement. La couverture du sol est permanente. « Même après la récolte, la repousse est rapide et la plante continue à puiser les nitrates en fin de saison. »

Ensuite, la culture ne nécessite aucun produit phytosanitaire. « Elle permet ainsi de supprimer les risques de transferts de molécules de synthèse vers les nappes phréatiques sur les parcelles cultivées », ajoute Zacharie Cortvrint.

Enfin, le réseau racinaire de la silphie est très dense, ramifié et puissant, capable de descendre jusqu’à 2 m de profondeur. « Il intercepte et valorise l’azote résiduel sur l’ensemble du profil du sol, empêchant ainsi la lixiviation vers les eaux souterraines. »

Ce que disent les résultats d’essais sur le terrain

Différents suivis scientifiques ont été menés, notamment sur la réponse de la culture à la fertilisation et sur la valorisation de l’azote. Les données de 2025 montrent une réponse quasi linéaire de la silphie aux apports azotés. « La plante valorise très efficacement les éléments apportés pour produire de la biomasse, sans générer de reliquats dans le sol. Dès 75 kg N/ha, la différence de production devient significative », chiffre-t-il.

Concernant des reliquats azotés post-récolte, les mesures en sortie d’hiver, réalisées pendant les périodes les plus lixiviantes (octobre à décembre), affichent des valeurs très faibles.

En 2024, l’effet « bonus » de l’âge du peuplement a été évalué. « Les mesures confirment que plus la culture vieillit (3-4 ans et plus), plus son système racinaire gagne en efficacité et plus les reliquats dans le sol s’effondrent. Même en cas de fortes pluies après fertilisation, les racines profondes capturent les nitrates avant qu’ils n’atteignent la nappe. »

Un soutien financier pour lever le frein à l’implantation

Malgré ses atouts, la silphie se heurte à un frein majeur, à savoir, le coût élevé des semences et les faibles rendements en biomasse durant les deux premières années, le temps que la plante installe son réseau racinaire.

Pour accompagner les agriculteurs dans cette phase de transition, la Spge s’engage à fournir une aide. Pour ce faire, un montant à l’implantation de 300 €/ha par an pendant les trois premières années est proposé aux agriculteurs qui souhaitent implanter de la silphie dans les zones de captage ciblées. Une aide mobilisable tant sur le volet protection nitrates que produits phytosanitaires des Mecap.

« L’objectif est d’absorber la prise de risque initiale, le temps que la parcelle devienne pleinement productive et financièrement autonome dès la troisième année. »

Astrid Bughin

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