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La Cordiante et ses chevaux de trait utilitaires en Brabant Wallon

À Villers-La-Ville, l’asbl « La Cordiante » accueille en journée des personnes porteuses de déficience intellectuelle afin de leur procurer un cadre de vie épanouissant. Encadrés par des éducateurs spécialisés, les bénéficiaires y deviennent les acteurs d’une vie riche en activités responsables. Parmi celles-ci, des prestations avec le cheval de trait.

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Fondée en 1989, La Cordiante a ouvert un service d’accueil à Villers-La-Ville en 2008 pour y accueillir des déficients intellectuels adultes en centre de jour. Depuis 2014, l’asbl est logée dans une partie des murs de la ferme abbatiale. L’association est gérée par Viviane Buekenhout et Yves Kayaert. Quatre éducateurs complètent l’équipe de Villers-La-Ville pour encadrer les bénéficiaires dans diverses activités d’intégration sociale.

Entre autres activité, l’asbl a mis sur pied et développé des services environnementaux et d’entretien de voiries mettant en œuvre le cheval de trait. Les éducateurs, formés et brevetés aux techniques d’attelage et de menage de chevaux, réalisent les prestations, aidés par des personnes porteuses de handicap léger. Ces services sont proposés avec succès à diverses collectivités des environs, toujours plus nombreuses.

Des avant-gardistes

Avec du matériel moderne, des chevaux aguerris et du personnel formé et expérimenté, l’équipe de services hippomobiles travaille au travers d’une charte pour le respect des personnes, le respect des animaux et pour la sécurité.

En Wallonie et sans doute en Belgique, La Cordiante fut certainement avant-gardiste dans ce genre de services proposés aux communes. Elle n’a pas attendu que celles-ci bénéficient des subsides de la Région pour convaincre des élus communaux d’introduire le cheval de travail sur les voiries.

Les riverains de Louvain-La-Neuve furent les premiers à voir les chevaux de l’association déambuler sur la plateforme de la ville estudiantine. En 2020, les élus communaux néolouvanistes feront appel à l’asbl et à ses prestations en traction chevaline pour la neuvième année consécutive. Avec une cuve d’eau de 500 litres aménagée pour la circonstance, un équipage y assure l’arrosage des paniers fleuris, suspendus pour la plupart, le long des rues piétonnes. La cuve tractée par Quinoa, une jument comtoise aux beaux crins lavés, est équipée d’un panneau solaire qui alimente une pompe refoulant l’eau vers les paniers de fleurs au travers un tuyau d’arrosage fixé à une longue canne en col-de-cygne.

Les ruelles étroites ne facilitent pas toujours le croisement de l’équipage et des camions qui, en matinée, ont l’autorisation d’emprunter les piétonniers pour livrer les marchandises aux commerces. Mais Quinoa est parfaitement aux ordres et semble connaître la succession des ruelles à emprunter, tel un étudiant rejoignant son kot aux petites heures du matin.

À Mont Saint-Guibert, pour la sixième année consécutive, l’asbl assure l’arrosage des paniers fleuris en traction hippomobile en alternance avec le ramassage des poubelles publiques. La commune de Tubize a elle aussi opté pour le « cheval cantonnier » de l’asbl depuis plusieurs années et réalise avec elle le ramassage des déchets sauvages à raison de 10 journées de prestation par an.

Plus récemment, l’équipe Villersoise a réalisé avec succès des essais de balayage du Ravel de Genappe à l’aide d’une brosse rotative actionnée par l’énergie hippomobile. Ces essais furent concluants et ont abouti à une commande de 15 journées de balayage hippotracté de la part des pouvoirs locaux.

Un équipage est également présent en forêt de Soignes pour assurer la collecte des déchets accumulés dans les nombreuses poubelles publiques. En haute saison, l’équipage quadrille la forêt à raison de 4 jours par semaine.

Un bilan carbone favorable

Si votre curiosité, au détour d’une visite de la prestigieuse Abbaye de Villers-La-Ville, vous amène à la ferme abbatiale pour y rencontrer les chevaux prestataires de La Cordiante, vous rentrerez certainement bredouille. Charmante, la jument Ardennaise, Quinoa, La comtoise alezane et Banjo, le hongre trapu du Jura sont en effet logés aux environs immédiats de leurs lieux de prestation. Ils ne rentrent à la ferme que lorsque leur période de travaux cantonniers est terminée. Car pour Viviane Buekenhout et Yves Kayaert, il est essentiel d’optimiser le bilan carbone des prestations et il est hors de question de transporter quotidiennement les chevaux des écuries jusqu’aux lieux de prestation.

L’étude de bilan carbone commandée par Yves Kayaert auprès d’un bureau bruxellois, devrait démontrer que le cheval utilitaire en prestations urbaines bénéficie d’un bilan carbone favorable au regard des prestations classiques avec véhicules motorisés. Les premiers éléments de l’analyse vont dans ce sens et un rapport complet servira bientôt de base de discussion avec les donneurs d’ordres.

L’utilisation du cheval de trait dans les diverses prestations urbaines n’est pas un retour en arrière. Lorsqu’elle est envisagée à la fois sous les aspects économiques, sociaux et environnementaux, elle constitue une activité moderne rentable et écologique. Elle bénéficie d’un capital sympathie indéniable auprès des citoyens et joue un important rôle social. Les élus communaux qui l’ont adopté l’ont compris et en Brabant Wallon, de nouvelles communes vont bientôt se lancer dans l’aventure du « Cheval en Ville ».

Depuis quelques semaines, à Madrid, la conférence sur le climat : la COP 25, s’est conclue sur une note négative ; sans consensus sur les engagements des états, sans ambition commune, sans accords et sans mesures pragmatiques. À l’heure où je conclus ce texte, je ne peux m’empêcher de penser qu’en matière climatique, des plans ambitieux, des initiatives responsables et des actions concrètes trouvent leurs origines auprès d’une conscience locale individuelle. Puissent les états et ceux qui les dirigent s’en inspirer collectivement et intelligemment.

Valère Marchand

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