Faute de solutions curatives, adoptez une stratégie préventive face aux maladies du pois protéagineux et de la féverole

Symptôme d’anthracnose du pois sur feuilles (à gauche) et sur gousse (à droite).
Symptôme d’anthracnose du pois sur feuilles (à gauche) et sur gousse (à droite). - Terres Inovia

Le pois protéagineux et la féverole peuvent être la cible d’un certain nombre de maladies, dont quelques-unes engendrent d’importants dégâts aux parcelles cultivées. Les connaître permet d’envisager au mieux la lutte, qui se veut exclusivement préventive. C’est pourquoi l’Association pour la promotion des protéagineux et oléagineux (Appo) a invité un spécialiste en la matière à l’occasion de son assemblée générale 2020 : Laurent Ruck, de Terres Inovia, l’Institut technique français de la filière des huiles et protéines végétales et de la filière chanvre.

Maladies du pois : un cocktail détonnant

Les principales maladies du pois protéagineux sont la bactériose, l’aphanomyces, l’anthracnose (aussi appelée ascochytose), le botrytis (aussi appelé pourriture grise) et le mildiou.

Bactériose

Comme son nom l’indique, la bactériose est une maladie d’origine bactérienne. Elle est provoquée par Pseudomonas syringae, une bactérie naturellement présente sur les plantes. « Plus largement, celle-ci se décline en 52 pathovars affectant plus de 400 espèces végétales », détaille M. Ruck. Sur pois d’hiver, les pathovars P. syringae pv pisi (spécifique du pois) et P. syringae pv syringae (non spécifique) sont recensés.

Sur les stipules et tiges de pois, la maladie provoque des lésions vitreuses et « grasses » en éventail dégénérant en nécroses. Les contaminations trouvent leur origine dans les dégâts mécaniques provoqués par de fortes variations de températures gélives. En effet, ce phénomène cause des blessures servant de portes d’entrée aux bactéries souhaitant pénétrer dans la plante.

« Pour s’en prémunir, des solutions préventives existent. Il convient premièrement de sélectionner une variété présentant une bonne résistance au froid. Il est aussi recommandé de ne pas semer trop tôt pour limiter les blessures liées au gel. » Aucun moyen de lutte curatif contre la bactériose du pois n’est disponible.

En France, des recherches sont menées pour faciliter la culture du pois protéagineux en présence de bactériose. Elles visent à identifier de nouvelles solutions préventives (cuivre, biostimulants, produits existant contre la bactériose d’autres cultures), à améliorer la tolérance au froid du pois ou encore à caractériser son comportement d’endurcissement au froid.

Aphanomyces

L’aphanomyces est un champignon du sol s’attaquant à de nombreuses légumineuses. Le plus grand danger provient de sa persistance : plus de 15 ans dans une parcelle agricole. Ses symptômes apparaissent en foyer. Ils sont racinaires (dégénérescence des racines et nodosités) et aériens (jaunissement et nanisme des plantes).

Aucun moyen de lutte curatif n’est recensé contre ce pathogène. Il est dès lors fortement conseillé de respecter un délai d’au moins 6 ans entre deux cultures de pois. De même, il convient de limiter la présence de légumineuses sensibles dans la rotation. « La résistance à l’aphanomyces est variable selon les espèces et les variétés, ce qui constitue une difficulté supplémentaire dans l’établissement des rotations. Les choix doivent être réfléchis posément. »

Des variétés à résistance partielle commencent également à apparaître sur le marché. Leur comportement n’est pas encore idéal en sol fortement contaminé mais elles laissent entrevoir des pistes prometteuses pour l’avenir.

Un diagnostic du potentiel infectieux du sol peut être réalisé pour estimer les risques que présente une parcelle agricole. « Il demeure toutefois peu utilisé par les agriculteurs. La nécessité de développer un outil de diagnostic plus accessible se fait de plus en plus ressentir. »

Anthracnose (ou ascochytose)

L’anthracnose du pois est une maladie fongique aérienne fréquente et préjudiciable. Elle atteint considérablement les rendements. « Elle est due à un complexe parasitaire de trois agents présents individuellement ou simultanément : Ascochyta pisi, Ascochyta pinodes et Ascochyta pinodella », éclaire Laurent Ruck.

L’anthracnose se caractérise sur les plantes par l’apparition de taches brunes évoluant en plages nécrotiques. Elle se propage du bas vers le haut des plantes par « splashing » (projection des agents parasitaires par éclatement des gouttes d’eau de pluie sur les feuilles). Les feuilles sont les premières à être touchées ; suivent les tiges, les vrilles, les gousses et les graines.

Des températures de 15 à 25ºC, une humidité saturante et un couvert dense favorisent le développement de la maladie.

Pour éviter sa propagation, il est préférable d’implanter des variétés à bonne tenue de tige, de respecter les dates et densités de semis et d’assurer une bonne gestion des résidus de récolte en fin de saison.

Botrytis (ou pourriture grise)

Le botrytis est une maladie fongique aérienne provoquée par un champignon, Botrytis cinerea. Il atteint les pois par leurs pétales. Une fois l’attaque amorcée, les fleurs se dessèchent et prennent une coloration grise ; les gousses sont atteintes d’une pourriture brune ou noire et se dessèchent jusqu’à, dans certains cas, tomber ; les stipules sont atteintes de pourriture grise et se dessèchent ; les tiges sont touchées par une pourriture noire.

Des températures de 18 à 20ºC, une humidité saturante et, ici aussi, un couvert dense constituent des conditions favorables à la propagation du pathogène dans la parcelle.

Côté prévention, les semis trop denses et trop tardifs doivent être évités. Des moyens préventifs de lutte chimique sont également disponibles sur le marché.

Symptômes de botrytis sur gousse de pois.
Symptômes de botrytis sur gousse de pois. - Terres Inovia

Féverole : des champignons à foison

La féverole peut aussi être touchée par un cocktail de maladies. Parmi celles-ci, trois sont particulièrement dommageables : l’anthracnose (aussi appelée ascochytose), le botrytis (aussi appelé pourriture grise) et la rouille. Le mildiou peut aussi impacter l’état sanitaire de la culture.

Botrytis de la féverole

Comme le botrytis du pois, le botrytis de la féverole est causé par un champignon, Botrytis fabae. Il s’agit de la principale maladie aérienne touchant l’espèce : elle peut engendrer 30 % de pertes en cas de forte attaque. Sa nuisibilité est plus importante en féverole d’hiver que de printemps.

Symptômes de botrytis
sur feuille de féverole.
Symptômes de botrytis sur feuille de féverole. - Terres Inovia

Le botrytis se caractérise par l’apparition de taches brun chocolat évoluant en plages nécrotiques. Tant les feuilles que les tiges sont affectées. Les conditions favorables au développement de B. fabae sont identiques à celles de B. cinerea.

« Une fois encore, la lutte chimique n’est que préventive », souligne M. Ruck.

Anthracnose (ou ascochytose) de la féverole

Cette maladie fongique aérienne, provoquée par Ascochyta fabae, peut aussi occasionner jusqu’à 30 % de pertes en cas de forte attaque de la culture. Sur les feuilles et gousses, elle provoque l’apparition de taches claires à pourtour noir. Des pycnides (structures fongiques) sont présentes sur lesdites taches. Les tiges et graines sont, quant à elles, touchées par des nécroses à la coloration brun-rouge.

Des températures de 15 à 20ºC, une humidité saturante et un couvert dense sont les conditions idéales au développement d’Ascochyta fabae dans la culture.

Du côté des moyens de lutte, l’utilisation de semences saines et le respect des densités de semis sont fortement recommandés. Des traitements préventifs sont aussi disponibles.

Symptômes d’anthracnose  sur feuille de féverole.
Symptômes d’anthracnose sur feuille de féverole. - Terres Inovia

Rouille

La rouille, causée par le champignon Uromyces fabae, se caractérise par l’apparition de pustules brun-rouge auréolées d’un anneau plus clair sur les feuilles. En cas d’attaque précoce et d’absence de traitement, sa nuisibilité peut réduire les rendements de 50 %. Quelques moyens de lutte chimique préventifs sont disponibles sur le marché belge.

Développer une stratégie de lutte, dès le semis

Face à de telles maladies, Laurent Ruck insiste sur l’importance de développer une stratégie adéquate, dès le semis. « En premier lieu, il convient d’éviter la surdensité. Cela crée, sous le couvert, un microclimat propice au développement des maladies. » Dans un deuxième temps, respecter les dates de semis préconisées est recommandé. « Un semis trop précoce en protéagineux expose davantage la culture au gel, et donc aux blessures et maladies. »

Il est conseillé de respecter un délai de 5 à 6 ans entre deux cultures de protéagineux sur une parcelle. Enfin, l’implantation de deux légumineuses sensibles à l’aphanomyces (certaines variétés de trèfle blanc et vesce commune, notamment) doit être aussi espacée que possible.

« Face au cocktail de maladies ciblant  le pois et la féverole, des mesures préventives doivent absolument être prises et ce, dès le semis », insiste Laurent Ruck.
« Face au cocktail de maladies ciblant le pois et la féverole, des mesures préventives doivent absolument être prises et ce, dès le semis », insiste Laurent Ruck. - J.V.

L’utilisation de produits de traitement de semences constitue un autre moyen préventif de lutte. En Belgique, le Wakil (metalaxyl-M + cymoxanil + fludioxonil) est autorisé en culture de pois protéagineux, contre l’anthracnose, le mildiou et les fontes de semis, et en féverole, contre les fontes de semis.

Dans le cadre de la lutte chimique toujours, les traitements de début floraison – période la plus sensible ! – ne doivent pas être négligés et sont à envisager préventivement, avant l’arrivée des maladies. « Ils revêtent un rôle préventif important, en protégeant le bas de la tige et les premières feuilles avant la fermeture des lignes. » En fonction du contexte annuel (conditions sèches ou humides, notamment) et de la pression des maladies identifiées dans la culture, d’autres traitements sont à envisager au cas par cas. « Ce qui requiert de suivre attentivement le développement des symptômes éventuels. »

Un certain nombre de produits préventifs sont disponibles sur le marché belge, en vue de lutter contre les maladies susmentionnées et d’autres (voir tableaux 1, 2 et 3 ci-dessous). Leur rémanence est de l’ordre de 10 jours.

Vérifier fréquemment que lesdits produits sont encore autorisés est vivement conseillé vu l’évolution rapide des législations. Le portail Phytoweb (www.fytoweb.be) ainsi que l’Appo constituent deux précieuses sources de renseignements. Pour rappel, il n’existe aucun fongicide curatif.

Les produits à base de chlorothalonil, jusqu’ici fréquemment utilisés, ont quant à eux perdu leur autorisation suite au non-renouvellement de l’approbation de la matière active par l’Union européenne. Leur utilisation est encore autorisée jusqu’au 20 mai prochain en Belgique.

« La disparition d’un mode d’action complique la protection du pois protéagineux et de la féverole contre les maladies, mais celle-ci reste possible. Il existe d’autres solutions sur le marché, à sélectionner en fonction de la situation rencontrée. Cependant, les contraintes sont plus fortes en matière de nombre d’applications et d’alternance des modes d’action. En outre, cela entraîne un surcoût pour l’agriculteur… »

J.V.

Protéagineux cultivés en SIE

Depuis le 1er  janvier 2018, il est interdit de recourir aux produits phytosanitaires sur les surfaces d’intérêt écologique (SIE). Cette mesure s’applique donc aux parcelles de protéagineux (pois, féverole et lupin) cultivées en SIE. Les différents fongicides listés dans le présent article ne peuvent y être utilisés.

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