L’avenir de la sucrerie coopérative de Seneffe est dans les mains des banques

Lors de la réunion de l’Assemblée générale, les coopérateurs ont mis en évidence l’ensemble des progrès qui ont été réalisés pour assurer la « bancabilité » de leur future sucrerie, qui sera la plus performante et la plus durable d’Europe.
Lors de la réunion de l’Assemblée générale, les coopérateurs ont mis en évidence l’ensemble des progrès qui ont été réalisés pour assurer la « bancabilité » de leur future sucrerie, qui sera la plus performante et la plus durable d’Europe.

Après toutes les étapes franchies avec succès, la détermination des 1.600 coopérateurs de la CoBT à construire leur propre outil de transformation reste intacte et ce, malgré les lenteurs rencontrées pour obtenir le crédit d’investissement. Néanmoins, la coopérative prévient : sans engagement des banques d’ici la fin de cet été, la construction de l’usine devra probablement être abandonnée.

Permis, fonds propres, acheteurs, construction de pointe : toutes les conditions sont rencontrées…

Lors de la réunion de l’Assemblée générale de ce vendredi, les coopérateurs ont mis en évidence l’ensemble des progrès qui ont été réalisés pour assurer la « bancabilité » de leur future sucrerie qui sera la plus performante et la plus durable d’Europe et générera un revenu appréciable pour 2.000 familles. En effet, outre les 1.600 coopérateurs, 100 emplois directs et au moins 300 emplois indirects seront créés d’ici 2023.

Cette sucrerie coopérative se positionne comme un projet de développement qui permettra aux agriculteurs de reprendre leur métier en main. « Il ne s’agit pas de se substituer à d’autres fabricants. Nous disposons des surfaces nécessaires pour coexister. Ce qu’on souhaite, c’est apporter une alternative et montrer que le rôle de l’agriculteur ne doit pas se limiter à celui de simple fournisseur de matière première. Il doit être considéré comme un véritable partenaire » explique plusieurs délégués.

Outre les choix stratégiques de base tels que l’implantation de l’usine au cœur du meilleur terroir betteravier européen et le soutien de sociétés d’investissement régionales (SRIW et SOGEPA), fédérale (SFPI) et locale (IMBC) ainsi que de fonds privés (Invest for Jobs…) qui confirment la qualité du projet, la CoBT dispose de moyens propres pour 37 % du budget total de 361 millions d’euros. « Rappelons qu’au début, il était question d’atteindre 20 % de fonds propres mais, le projet se concrétisant, les enchères ont monté, de nouveaux objectifs ont été définis et dépassés. Aujourd’hui, nous sommes d’ailleurs à nouveau prêts à faire un effort puisqu’un mécanisme permettant d’atteindre 50 % de moyens propres est d’ores et déjà prévu », explique Benoît Haag, coordinateur de la CoBT.

Grâce aux gains de compétitivité, la coopérative pourra aisément rembourser sa dette et ses intérêts.

Du côté de la matière première, l’approvisionnement est assuré par l’engagement contractuel à long terme des 1.400 agriculteurs betteraviers coopérateurs. La CoBT a également démontré l’attrait des acheteurs de sucre par des lettres d’intentions d’achat en provenance de tous les segments du marché (industriels, grossistes, traders…) pour la plus grande partie de sa production.

Côté infrastructure, la coopérative dispose d’un projet industriel de pointe porté par une association d’ensembliers industriels réputés et d’un permis unique permettant sa construction et son exploitation à Seneffe, au cœur de facilités logistiques importantes.

… mais les banques tardent à s’engager…

La plupart des conditions posées par les banques sont donc aujourd’hui remplies. Malgré cela, le syndicat bancaire qui octroiera le crédit peine à se former. À ce stade, seule la banque CBC a confirmé son intention d’y participer. « Il n’y a plus forcément d’éléments bloquant pour que les banques prennent leur décision. Les raisons de leur frilosité tiennent principalement au secteur sucrier en lui-même qui a connu des difficultés et a dû faire face à pas mal de volatilité depuis la fin des quotas en 2017. Mais, c’est une donnée que nous avons intégrée depuis le début dans notre étude de faisabilité et notre plan financier. Nous avons donc une excellente réponse à cette question grâce à notre usine la plus économique d’Europe et des coûts estimés entre 310 et 315 euros la tonne de sucre. Ce prix n’a jamais été rencontré sur la moyenne du marché européen. Cela montre bien le degré de résilience très élevé de notre modèle face aux aléas du marché du sucre », explique Benoît Haag.

La réussite du projet dépend désormais de la capacité des banques à s’inscrire dans ce projet qui répond à la fois à des objectifs de réindustrialisation de la Wallonie et de création de valeur ajoutée locale et durable ainsi qu’à la relance de l’économie, tout en assurant la pérennité de 1.400 exploitations agricoles par une valorisation équitable de leur production betteravière.

L’ensemble des coopérateurs espère bien que le nouveau positionnement de la CBC fera boule de neige et convaincra d’autres banques belges de les suivre dans l’aventure. « Des banques européennes sont déjà favorables au projet et, du fait de leur méconnaissance du marché belge, attendent la formation de ce consortium belge pour le suivre », explique Julien Christiaens, administrateur.

… et les coopérateurs argumentent

Après près de 4 ans de travail, de concentration de compétences et de rassemblement d’acquis, avec un large soutien du secteur agricole mais aussi des autorités et de nombreux sympathisants, les agriculteurs coopérateurs n’attendent donc plus qu’une chose, c’est l’aval des banques.

« En tant que jeunes agriculteurs, nous attendons beaucoup de ce projet et de l’engagement des banques car nous sommes convaincus que le modèle que nous proposons nous permettra de reprendre notre destin en main et qu’il correspond tout à fait aux attentes environnementales, sociales et sociétales des citoyens. On y croit dur comme fer, un peu comme « David contre Goliath » », expliquent de jeunes coopérateurs.

« L’agriculture a mauvaise presse car elle est subsidiée mais cet argent compense le fait que nos produits ne sont pas payés au prix juste. Finalement, c’est l’agro-industrie que l’Europe subsidie. Ce projet ne s’arrête pas au secteur sucrier, il s’adresse à l’ensemble du secteur agroalimentaire. Il met à mal le modèle en place, un modèle dans lequel tout est aux mains de l’industrie. », précise un autre délégué.

« On nous parle d’agriculture durable, locale, équitable et quand on y est, les banques hésitent. Nous sommes pourtant des entrepreneurs efficaces qu’elles ont l’habitude de financer. Un tel projet est un impossible à mener chacun dans notre coin et cela leur demanderait de toute façon beaucoup plus d’efforts de financement si c’était le cas. De plus, malgré ses défauts, le sucre reste un élément essentiel. Pourquoi aller le chercher ailleurs et en priver d’autres populations quand on est capable d’en produire de manière qualitative chez nous ? », intervient une coopératrice.

Et Benoît Haag de conclure : « Tout a été fait en concertation afin de rendre le projet intéressant à leurs yeux. Malgré cela, nous sommes dans une situation tangente. Nous allons poursuivre et faire tout ce qui est possible mais une décision devra être prise d’ici la fin de l’été ».

Propos recueillis par D. Jaunard

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