En route pour la production de semences potagères à l’ITH Gembloux

Le nettoyeur de semences sépare les graines des autres déchets végétaux, en se basant  à la fois sur leur taille (tamis vibrants) et sur leur densité relative
Le nettoyeur de semences sépare les graines des autres déchets végétaux, en se basant à la fois sur leur taille (tamis vibrants) et sur leur densité relative - .

L a volonté de transmettre les bases de ce savoir-faire aux élèves s’inscrit dans la continuité d’un projet européen Feder « Biodimestica » auquel le C.T.H. avait participé en collaboration avec plusieurs institutions françaises et wallonnes (CRRG, CRA-w, Hortiforum asbl). Ce projet avait notamment permis de retrouver, de caractériser et de multiplier à nouveau quelques cultivars régionaux considérés presque comme perdus. Depuis quelques années, une partie des terrains labellisés bio du C.T.H. est déjà consacrée à la production de semences.

D’autres écoles, tous réseaux confondus, mais aussi des demandeurs d’emploi et des ouvriers du secteur vert, auront accès à ce matériel par l’intermédiaire de formations proposées par le Centre de Technologies Avancées (C.T.A.) installé au sein de l’I.T.H. et du C.T.H. grâce au soutien financier de la Fédération Wallonie-Bruxelles et du Fonds européen de développement régional.

Une chaîne complète

Au cours des deux prochaines années, l’I.T.H. et le C.T.H. de Gembloux pourront donc compter sur :

– un nettoyeur-séparateur à tamis, dont la fonction est de séparer les graines des autres déchets végétaux, en se basant à la fois sur leur taille (tamis vibrants) et sur leur densité relative dans un flux d’air horizontal ;

– une colonne à air, ou colonne densimétrique, grâce à laquelle les semences pré-nettoyées par l’appareil précédent, sont finement triées sur base de leur densité relative dans un flux d’air ascendant, dont la vitesse est finement réglable. Cette machine permet de séparer plusieurs catégories de graines, les plus « lourdes » étant en général de meilleure qualité avec un pouvoir germinatif plus élevé ;

– une batteuse, permettant de séparer les semences des plantes après la récolte. Si pour certaines espèces comme le pois ou la laitue, un battage manuel permet d’obtenir un très bon résultat aussi rapidement qu’avec une petite batteuse, il en est d’autres comme les épinards, betteraves, chicorées, radis… chez lesquelles les semences restent si fermement accrochées à la plante en fin de cycle, qu’il est nécessaire de recourir à un équipement dédié pour les récolter ;

– une ébarbeuse/polisseuse à graines, permettant de détruire les barbes et autres aspérités naturellement présentes sur certaines semences (principalement carotte), rendant leur manipulation au semis beaucoup plus facile ;

– un jeu de tamis à mailles variant entre 0.5 et 10 mm, permettant de nettoyer manuellement les petits lots de semences ;

– une épépineuse à tomates, qui sépare efficacement et rapidement les graines, de la chair (qui peut par ailleurs être récupérée sous forme de coulis !) ;

– une enrobeuse, sorte de « bétonnière » équipée d’un variateur de vitesse et d’une soufflerie d’air à température réglable. Cette machine permet de recouvrir les graines d’une couche plus ou moins épaisse d’argile, rendant leur manipulation plus aisée et permettant d’utiliser, dans certains cas, des semoirs automatiques. Cette technique d’enrobage est devenue indispensable dans le cas des semences de laitues et autres « salades » qui sont semées individuellement dans des mottes de terreau pressé. Les grands semenciers commercialisent presque invariablement leurs variétés sous cette forme. Mais les variétés locales ou anciennes de laitues, produites artisanalement et commercialisées sous forme de graines nues, sont peu adaptées aux techniques modernes de production de plants. Nous espérons pouvoir y remédier avec l’aide de cette enrobeuse à graines.

Afin d’augmenter la qualité des graines produites, d’autres équipements pourraient venir compléter la chaîne de production :

– une table densimétrique, outil « ultime » dans la perfection du nettoyage, pourrait avoir un intérêt dans le futur. En effet, le tri des semences effectué par la colonne à air ne permet pas, dans de rares cas, d’éliminer toutes les impuretés (déchets végétaux, graines d’adventices) ;

– une armoire à climat contrôlé et des bains thermostatiques permettant la vérification du pouvoir germinatif des semences, et leur éventuel assainissement en cas de présence avéré de pathogènes dans la culture de porte-graines.

Pour une diversité régionale

La production de semences potagères est restée pendant longtemps une activité liée à la production des légumes. Chaque agriculteur produisait ses propres semences et échangeait le cas échéant avec ses voisins. Le 18e siècle a vu émerger le nouveau métier de semencier-sélectionneur, et par là une véritable explosion de la diversité des variétés cultivées, accompagnée par la multiplication des petits établissements de production de semences.

Bien que le climat belge, parfois trop humide, ne soit pas le plus propice à cette activité, notre pays a longtemps assuré son autonomie pour l’approvisionnement en semences. Maintenant disparue, la société Gonthier en est probablement le témoin le plus proche de nous.

C’est au cours du 20e siècle que l’émergence du « catalogue commun », dans un souci de rationalisation et de contrôle de qualité des semences mises sur le marché, a entraîné une énorme érosion de la diversité cultivée, au profit de groupes semenciers internationaux de plus en plus grands, seuls capables de répondre aux critères très « normés » dudit catalogue commun des variétés potagères. C’est ainsi que l’assortiment des variétés disponibles pour les maraîchers professionnels s’est progressivement réduit à l’offre des grands groupes semenciers, cantonnant les variétés « régionales » aux potagers amateurs et autres bourses d’échange, tout commerce en étant officiellement interdit.

Deux exemples wallons

C’est dans ce cadre que sont nés, dès le début des années 2000, Semailles (Gesves) et, un peu plus tard, Cycle-en-Terre (Havelange).

Ces deux entreprises semencières artisanales ont pour vocation de préserver la diversité régionale des variétés potagères au travers de la relocalisation de la production de semences. Mais aussi de favoriser leur commercialisation, principalement aux jardiniers amateurs mais également de plus en plus vers un public de professionnels, puisque la législation européenne évolue favorablement depuis peu vers une facilitation de l’utilisation de variétés non inscrites au catalogue commun.

Un nouveau règlement européen qui devrait entrer en vigueur début 2022 (après un an de report pour cause de pandémie), et qui concernera uniquement les activités labellisées « bio », autorisera dès lors certaines activités considérées jusque-là comme illégales, telles que l’échange et la vente de semences fermières et l’utilisation de semences de variétés non inscrites au catalogue, voire même de « variétés » non stabilisées et très hétérogènes, ainsi que bien entendu la commercialisation des produits (légumes) en découlant.

Mais, quelle que soit la nature génétique des semences utilisées, une culture fructueuse commence forcément par l’utilisation de semences de qualité, et la production à des fins professionnelles de bonnes semences a toujours été, et restera liée à un savoir-faire particulier presque disparu en nos contrées mais remis en service par les semenciers artisanaux précités.

Semailles et Cycle-en-Terre, peinant à rencontrer une demande sans cesse grandissante, sont continuellement à la recherche d’agriculteurs bio, pouvant prendre en charge la production de quelques variétés.

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