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Les plots aux alouettes, miroir de la biodiversité

Elle poudroie dans la lumière du soleil, son image vibre comme ses trilles, on la voit se perdre dans la clarté. L’alouette des champs, c’est cet oiseau emblématique des paysages agricoles. Son maintien au cœur des plaines hesbignonnes figure parmi les nombreux enjeux poursuivis par le Parc naturel Burdinale-Mehaigne, ce large espace situé dans le triangle formé par les villes de Huy, Andenne et Hannut.

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Les plots à alouettes font partie de mesures volontaires mises en œuvre par les agriculteurs pour pérenniser cette espèce qui fait vivre les plaines au même titre que le bruant proyer dont le tintement si caractéristique est devenu rarissime dans la région.

Ce dernier constitue pourtant un précieux allié de l’agriculture en réduisant les populations d’insectes indésirables. Cette espèce dite « parapluie », témoigne du maintien de bonnes conditions de l’environnement agricole pour l’accueil de la vie sauvage.

La Hesbaye vue du ciel.
La Hesbaye vue du ciel. - PNBM

L’alouette des champs s’attaque quant à elle aux chenilles et aux pucerons en période estivale. Cette dévoreuse d’insectes participe à la lutte contre de nombreuses espèces nuisibles pour les cultures. Son chant est l’élément dominant du paysage sonore de la campagne.

Protéger la biodiversité et recréer du lien avec le citoyen

Les gestionnaires du Parc naturel Burdinale-Méhaigne sont allés à la rencontre des quelque 150 agriculteurs situés – ou qui cultivent – sur son territoire afin de leur présenter cette mesure visant d’une part à rendre la plaine plus accueillante pour la biodiversité de la région où de nombreuses espèces sont menacées, et, de l’autre, à recréer du lien entre agriculteurs et citoyens.

« Cela fait désormais quatre ans que nous avons engagé cette dynamique de sensibilisation des agriculteurs aux oiseaux des plaines et on peut dire que le plot aux alouettes est désormais une réussite » se félicite Hadrien Gaullet, chargé de mission « agriculture et biodiversité » au sein du Parc naturel.

Si quatorze d’entre eux ont spontanément adhéré à cette démarche, il espère en convaincre bien davantage.

La petite alouette des champs comme chez elle au coeur d’un plot.
La petite alouette des champs comme chez elle au coeur d’un plot. - PNBM

Geoffrey Lacroix, agriculteur à Burdinne, où il fait tourner une exploitation multi-facettes avec tout à la fois de l’engraissement et des cultures (céréales, betteraves, chicorée, carottes, pois, lin, colza, froment…) a franchi le pas et ne regrette aucunement son choix.

Il s’est lancé dans l’installation de plots dans plusieurs de ses parcelles, non moins de 7 dans l’une d’elles.

C’est que l’alouette des champs, qui se nourrit d’insectes et de graines, peine à en trouver au moment où les cultures de froment se densifient.

Laisser des zones « nues » dans le champ constitue des pistes d’atterrissage pour les alouettes mais aussi les bergeronnettes qui viennent prédater les proies et trouver des insectes.

Les plots aux alouettes capturés par l’oeil d’un drone.
Les plots aux alouettes capturés par l’oeil d’un drone. - PNBM

Une mesure efficace et facile à mettre en œuvre

Les plots permettent de maintenir un accès à la terre pour trouver insectes et larves dans les céréales.

Ils favorisent l’installation et la nidification dans le froment qui les entoure. Plusieurs études réalisées en Suède, au Danemark ou encore en Angleterre ont ainsi montré de très bons résultats.

Des petits visiteurs pris sur le vif dans un plot.
Des petits visiteurs pris sur le vif dans un plot. - PNBM

Outre-Manche, les plots ont permis d’améliorer de 50 % le taux de reproduction des populations locales d’alouettes et l’impact sur les populations de vanneaux semble également considérable.

La mesure, facile à mettre en œuvre, puisqu’il suffit de lever le semoir sur 5 m pour avoir des plots d’une taille idéale de 15 à 25 m², fait presque davantage partie de la pratique culturale que de l’aménagement de la parcelle.

Le désherbage n’est en effet pas modifié et les plots sont traités de la même manière que la parcelle pour éviter la colonisation des adventices et la fermeture du plot.

L’idéal est d’organiser les plots en dehors des traces de pulvérisation, qui sont des couloirs à renards, et à plus de 200 mètres des éléments verticaux (poteaux, clôtures, arbres, haies…) afin d’éviter les corneilles qui viennent y chasser.

Les plots s’organisent au moment des semis et offrent tout leur potentiel à partir du mois d’avril.

Ils doivent être idéalement implantés dans des parcelles de plus de 4 ha. Ce sont celles comptant deux plots par hectare qui montrent les meilleurs résultats.

Ainsi, les nids sur les parcelles comptant des plots produisent plus d’oisillons qui seront plus résistants car mieux nourris.

Les plaines accueillent plusieurs espèces en leur sein, dont ce héron qui prend son envol.
Les plaines accueillent plusieurs espèces en leur sein, dont ce héron qui prend son envol. - M-F V.

Marie-France Vienne

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