Comment évoluera l’agriculture wallonne?

Comment évoluera l’agriculture wallonne?
J.V.

Et il ne s’agit là que de quelques exemples parmi d’autres tant il serait difficile d’être exhaustif. Votre secteur est, en effet, en perpétuelle évolution !

À quoi serez-vous confronté dans les dix prochaines années ? Difficile de le prédire, tant les facteurs influençant votre travail quotidien sont nombreux et, pour certains, changeants. Plusieurs figures du monde agricole se sont néanmoins prêtées au difficile exercice du pronostic et avancent quelques pistes d’évolution. Découvrez sans tarder leurs témoignages !

Jérémy Vandegoor

David Clarinval, ministre fédéral de l’Agriculture: «Un monde agricole qui s’adapte et évolue»

David Clarinval, ministre fédéral de l’Agriculture: «Un monde agricole qui s’adapte et évolue»
belga

À travers les siècles, les agriculteurs ont toujours su s’adapter pour faire face aux défis successifs auxquels ils étaient confrontés : élaborer en suffisance des produits de qualité pour nourrir la population, garantir un revenu équitable pour leurs familles, respecter et préserver l’environnement pour les générations futures.

Pour les dix prochaines années, les hommes et les femmes actifs en agriculture devront évoluer encore davantage dans leurs pratiques afin de rendre cette activité plus durable, dans les diverses composantes de cette notion : socialement active tout en conservant une croissance économique dynamique et respectueuse de l’environnement.

Alors que les exploitations agricoles continuent de s’agrandir en termes de superficie, le nombre de travailleurs dans le secteur diminue. Pour assurer la transition du secteur et sa résilience face aux crises successives, il faudra compter sur une politique agricole commune qui permette de s’adapter tout en encourageant les productions plus durables et qui répondent aux attentes du consommateur.

C’est ainsi qu’à côté des circuits courts, l’accompagnement de notre capacité de production en denrées d’origine végétale et animale doit permettre au secteur agro-alimentaire d’exporter encore davantage ses produits vers les pays étrangers et d’être ainsi source de valeur ajoutée pour notre économie ; elles représentent déjà actuellement plus de 10 % de nos exportations totales.

Il sera indispensable également d’adhérer aux stratégies mises en place par l’UE comme le « Green deal », « De la fourche à la fourchette » et « Fit for 55 » en vue de faire évoluer notre système alimentaire vers plus de transparence et de qualité. Notre pays soutient les ambitions fixées dans ces stratégies, afin de diminuer la dépendance aux pesticides et antibiotiques, de veiller au bien-être animal et de lutter contre le gaspillage alimentaire et la perte de biodiversité.

Les systèmes agricoles devront surtout pouvoir coexister dans un marché mondial ouvert, dans lequel les produits importés ne dérogeront pas aux normes et aux standards européens. Il ne peut pas y avoir de concurrence déloyale pour notre agriculture !

La concurrence de plus en plus importante que vont faire peser les nouvelles méthodes de production de protéines (viande artificielle, insectes…) mais également les évolutions sociétales (montée du végétarisme, bien-être animal…) doit être intégrée dans notre réflexion. Les nouvelles technologies (drones, robots, nouvelle technique génomique, digitalisation…) seront heureusement des outils permettant d’obtenir des méthodes de production propres et compétitives.

Le monde agricole est dès à présent résolument engagé dans ces différentes voies. Je suis convaincu qu’il saura s’adapter aux nouveaux défis présents afin d’évoluer vers toujours plus de durabilité, de qualité et de compétitivité.

Philippe Mattart, directeur de l’Apaq-w: «L’émergence d’un contrat entre agriculture et société»

Philippe Mattart, directeur de l’Apaq-w: «L’émergence d’un contrat entre agriculture et société»
J.V.

Là où les cassandres prophétisent des lendemains qui déchantent pour l’agriculture, l’optimisme me semble personnellement compatible avec le réalisme. Certes, la rentabilité des exploitations est une question cruciale, tout particulièrement dans un cadre concurrentiel. Les enjeux ne sont autres que la pérennité du monde agricole et la continuité familiale.

Mais, par-delà le point de vue économique, l’avenir de l’agriculture doit aussi s’envisager au travers de prismes sociétaux. Elle n’est ni le reliquat d’une société agraire, ni une superficie silencieuse et paysagère échappant à la conscience des citoyens. Au contraire, elle participe aux défis de société les plus saillants. Certes, des tensions et incompréhensions subsistent. Mais, peu importe, le face-à-face entre le monde agricole et les citoyens constitue une formidable opportunité.

L’activité agricole est en mesure de s’affirmer comme une pourvoyeuse de solutions : pour le tissu économique local comme pour l’équilibre territorial et la cause climatique. En outre, les crises, quelle qu’en soit l’ampleur, réhabilitent le principe de souveraineté alimentaire. Les agriculteurs ont donc vocation à répondre aux valeurs sous-jacentes à la consommation : la proximité, la qualité, l’environnement et l’authenticité. La récente résolution du Parlement européen sur la stratégie « De la ferme à la table » est d’ailleurs univoque quant à l’importance de la production et de la consommation locales. Cette opportunité est à saisir. Il n’y a pas d’avenir sans agriculture. Un État trop dépendant des importations s’exposerait à un affaiblissement.

Reste que les agriculteurs devront communiquer toujours plus afin de cultiver la confiance des citoyens. Le dialogue est une clé essentielle du futur. Nulle raison d’en avoir peur : nous avons une agriculture de qualité. De nouvelles filières – animales ou végétales – pourraient aussi se développer, en réponse aux valeurs des consommateurs ou, tout simplement, à la demande.

Il est enfin périlleux de prédire ce que sera la taille moyenne des exploitations. Mais l’évolution du marché pourrait, à l’avenir, faire la part belle à une agriculture familiale, propice à la confiance. En définitive, c’est une forme de contractualisation entre agriculture et société qui devrait plus que jamais s’imposer.

Guy Foucart et Fabien Renard, Cipf: «Le maïs, un allié de l’autonomie fourragère»

Tant dans le Nord que dans le Sud du pays, les surfaces consacrées au maïs fourrage restent stables ces dernières années mais on constate que grâce aux progrès de la sélection, le potentiel de rendement continue sa progression. La comparaison de variétés nouvelles et de variétés disponibles depuis 5 à 10 ans le démontre très clairement. Tant pour le rendement en maïs grain ou en maïs fourrage, des gains de rendement sont encore obtenus sans concession au niveau de la tenue de tiges ou autres paramètres qualitatifs.

La culture de maïs reste résistante aux maladies du feuillage et n’a besoin d’aucun fongicide en cours de croissance. Il reste la plante de grandes cultures la moins dépendante d’interventions phytosanitaires. La seule nécessité est de le débarrasser suffisamment tôt de la concurrence des adventices.

Les écarts climatiques des dernières années ont démontré l’adaptation du maïs à des conditions contrastées. Cette plante en C4 peut faire face au réchauffement climatique attendu pour les prochaines années ou aux excès d’eau tels que ceux enregistrés en 2021 et qui ont permis des rendements records en bon nombre d’endroits. Ces situations contrastées des 4 dernières années ont démontré que, si la luzerne est la plante fourragère la plus résistante à la sécheresse, le maïs fourrage sauve très bien la situation et peut venir en aide pour suppléer le déficit de production des prairies qu’elles soient composées de ray-grass ou d’association graminée-trèfle. Associé à l’herbe, il participe grandement à l’autonomie fourragère de près de 7.000 exploitations agricoles wallonnes.

Même si la culture de maïs en bio apporte une contrainte supplémentaire pour le contrôle des adventices impliquant souvent trois passages avec plusieurs machines et sur des largeurs plus étroites, qu’un pulvérisateur ne nécessitant qu’un seul passage plus rapide, la largeur de 75 cm entre les lignes rend toutefois la technique possible et les producteurs de maïs grain bio qui en retirent une plus-value l’ont compris en implantant près de 12 % des surfaces de maïs grain en Wallonie.

Une solution pour limiter les dégâts de corvidés reste à trouver pour mieux la sécuriser.

La culture de maïs joue également un rôle important dans le stockage durable du carbone dans les sols. Grâce son métabolisme en C4, le maïs est une pompe à carbone particulièrement efficace. En effet, au cours de sa croissance, pour un rendement maïs grain de 11 t/ha, le solde net de captation est de 25 t d’équivalent CO2/ha/an. De par son importante restitution au sol (biomasse aérienne et racinaire) en cas de récolte en grain, la plante de maïs permet de stocker à long terme dans le sol 2,2 t d’équivalent CO2 par hectare et par an.

Pour les dix prochaines années, nous pouvons envisager avec optimisme la culture de maïs.

Jean-Philippe Jorion, administrateur délégué Jorion Philip-Seeds: «La semence, un enjeu majeur»

Jean-Philippe Jorion, administrateur délégué Jorion Philip-Seeds: «La semence, un enjeu majeur»
JPS

La solution d’un grand nombre de problèmes de demain devra se trouver dans la semence. Qui dit semence, dit génétique. Que ce soit pour répondre aux exigences de l’industrie et des consommateurs, ou encore pour trouver une solution pour les agriculteurs confrontés aux insectes et maladies cryptogamiques, le travail de la génétique pour l’amélioration des plantes sera de plus en plus un enjeu stratégique majeur.

Premier enjeu majeur : si certaines espèces s’adaptent facilement dans des régions géographiques ou pédoclimatiques différentes, certaines autres, parmi celles-ci, le blé, mais aussi le maïs et certaines graminées, méritent un travail local parce qu’elles ont un rayon de performance beaucoup plus restreint.

Deuxième enjeu : la réduction des émissions de gaz à effet de serre qui obligera les filières à un approvisionnement rapproché. Les coûts de transport ne seront pas les seuls incitants ; il y a aussi l’image que l’agriculture moderne devra présenter aux consommateurs de plus en plus conscients de cette réalité et attentifs à la diminution de leur empreinte carbone.

Autre enjeu : rester à l’écoute d’un marché qui est demandeur de protéines végétales. Les cultures telles que les pois protéagineux, le soja ou les féveroles seront des cultures à suivre attentivement au cours des prochaines années.

Dernier enjeu à surveiller de très près : la sécurité d’approvisionnement des semences. Être dépendant de l’étranger pour ce maillon si stratégique de notre agriculture serait suicidaire. De plus, produire belge et consommer belge et local ne se fera qu’à travers une filière belge la plus autonome possible.

Pour toutes ces raisons, Jorion Philip-Seeds s’inscrit dans cette logique et s’affaire à présenter à sa clientèle des variétés adaptées à nos terroirs. C’est avec ses cinq générations qui se sont succédées et ses 40 collaborateurs spécialisés dans la semence que nous préparons l’avenir pour permettre que l’agriculture belge, l’une des plus performantes au monde, puisse garder l’excellence de ses produits alimentaires pour les décennies à venir.

Christine Cartrysse, Appo – Cepicop: «Le colza, culture d’avenir dans un monde en transition»

Christine Cartrysse, Appo – Cepicop: «Le colza, culture d’avenir dans un monde en transition»
Appo

Encore plus de colza dans nos assiettes en 2030 ! Avec le succès grandissant des protéines végétales en alimentation humaine, les protéines de colza, jusqu’à présent exclusivement distribuées sous forme de tourteau dans l’auge des animaux, pourraient être servies sous forme de burgers végétaux dans nos assiettes.

Le colza a plus d’un tour dans sa graine. L’huile de colza bien connue pour sa richesse en oméga-3, et utilisée pour assaisonner nos salades, pourra encore trouver de nouveaux débouchés en alimentation humaine. Avec des variétés HOLL (riche en acide oléique et pauvre en acide linolénique) issues de la sélection génétique, l’huile de colza résistera mieux aux températures élevées et sera idéale pour cuire nos célèbres frites et chips belges (sans huile de palme importée).

Quels moteurs et quels carburants en 2030 ? Les voitures diesel vont prochainement disparaître dans nos villes et seront remplacées par des voitures électriques. Et nos tracteurs diesel vont-ils aussi disparaître de nos campagnes ? Comment vont-ils rouler ? Le pétrole se faisant plus rare et toujours plus cher, les champs de colza pourraient devenir le circuit court pour alimenter le moteur diesel des tracteurs, qui redeviendrait basique pour fonctionner à l’huile végétale comme Rudolf Diesel l’avait inventé, il y a 130 ans. L’huile de colza redeviendrait ainsi une source d’énergie locale et renouvelable, nécessaire pour nourrir les chevaux des temps modernes que sont les tracteurs.

Le colza sera toujours cultivé avec passion par nos producteurs en 2030 ! Dans une agriculture durable, le colza a sa place dans nos campagnes, à condition de disposer de solutions rapides pour lutter efficacement contre les insectes ravageurs nettement plus agressifs avec le changement climatique. Qui de mieux que nos agriculteurs pour cultiver le colza et en prendre soin pendant 11 mois chaque année ?

La boule de cristal n’indique pas si les prix actuellement records vont se maintenir et vont permettre à nos cultivateurs d’être décemment rémunérés pour leur travail, compte tenu de la volatilité des prix actuels et futurs de l’énergie.

Le colza, source d’huile, de protéines et d’énergie, a de l’avenir dans ce monde de transitions et continuera à fleurir nos paysages, pour le plaisir de tous.

Marianne Streel, présidente de la Fwa: «Allier durabilité, fierté et solidarité!»

Marianne Streel, présidente de la Fwa: «Allier durabilité, fierté et solidarité!»
collection privée

L’agriculture familiale wallonne est performante : elle est source d’une production de grande qualité, et assure de multiples missions essentielles notamment en matière de gestion environnementale et des paysages…

Durant les dix années à venir, nous aurons bien des défis à atteindre. D’abord, assurer la durabilité économique de nos fermes familiales. Nous devons nous appuyer sur des filières wallonnes solides et diversifiées, pour tous nos produits et tous nos modes de production et de commercialisation, en circuit court ou plus long. Plus nous aurons de débouchés, plus nous consoliderons notre place dans la chaîne agro-alimentaire. La nouvelle loi sur les pratiques commerciales déloyales devrait aider à protéger les producteurs, ainsi que la coopération qui donne aussi davantage de force à nos exploitations, et qui doit encore plus se développer dans notre secteur.

Le contexte politique, et en particulier celui de la politique agricole commune, joue évidemment un rôle crucial. Le nouveau cadre 2023-2027 doit nous permettre de poursuivre notre chemin vers toujours plus de durabilité, notamment via des éco-régimes accessibles et agronomiquement réalistes. Si le plan stratégique récemment décidé nous donne des indications, il reste encore du travail pour en affiner l’analyse et pour suivre la définition des arrêtés qui le concrétiseront. Nous sommes fiers de l’énergie qu’ont mise nos équipes et membres de la Fédération wallonne de l’agriculture (Fwa) à se mobiliser pour définir des revendications réfléchies, autant que pour les défendre, via de nombreuses actions tout au long du mois de décembre !

Dans la décennie qui vient, nous connaîtrons deux PAC différentes. Ce manque de stabilité est problématique pour les agriculteurs, surtout pour nos jeunes, qui hésitent à s’engager dans la profession, effrayés légitimement par la volatilité du cadre et des revenus. Le renouvellement des générations est l’un des objectifs majeurs que nous devons poursuivre dès à présent, car c’est l’avenir de notre modèle agricole familial qui en dépend.

Enfin, nous devons renouer un lien plus proche avec nos concitoyens, par le dialogue, par une communication positive sur la qualité de nos productions et le professionnalisme de nos pratiques, en constante évolution. Nous travaillons mieux qu’hier et moins bien que demain, nous devons le faire savoir ! Notre agriculture familiale doit terminer cette décennie à venir, plus forte, plus durable et plus fière de son travail. Nos familles agricoles le méritent largement !

Pour terminer, nous voulons souhaiter au Sillon et à ses lecteurs, un excellent anniversaire !

Willy Borsus, ministre wallon de l’Agriculture: «Une agriculture familiale, rentable, innovante et durable»

Willy Borsus, ministre wallon de l’Agriculture: «Une agriculture familiale, rentable, innovante et durable»
J.V.

L’agriculture, comme le monde qui l’entoure, est en perpétuelle évolution : multiplication des accords commerciaux, nouvelle politique agricole commune, le numérique qui nous pousse à repenser nos modes de productions, les crises économiques, environnementales ou sanitaires qui modifient le comportement des citoyens…

Face à ces défis, notre volonté est de maintenir un revenu viable aux agriculteurs et agricultrices. Nous devons offrir des perspectives d’avenir « productives » à nos jeunes. Car nous ne pouvons, et ne voulons bien entendu pas, nous passer des agriculteurs ! Ce sont eux qui nous nourrissent.

À cet effet, malgré le cadre de la réduction budgétaire de l’Union européenne (-15 %) la Wallonie a souhaité que la PAC 2023-2027 soutienne le revenu des agriculteurs et particulièrement des jeunes désireux de s’installer : 74 % du budget du 1er  pilier sont consacrés au revenu des agriculteurs. La PAC consacre notamment la possibilité pour les jeunes qui s’installent de bénéficier des aides tout en poursuivant une activité principale. Il s’agit d’une combinaison inédite.

La technologie et le numérique sont des atouts naturels et essentiels pour cette profession multi-exposée. Le smartfarming, déjà présent dans bon nombre d’exploitations, va s’intensifier dans le futur. Ce tournant s’inscrit dans la mutation de la société, tant dans ses valeurs que dans ses outils.

L’objectif étant de poser les bons choix, au bon moment et au bon endroit. Cela afin d’obtenir une production plus respectueuse de l’environnement tout en conservant une rentabilité optimale pour le producteur et un niveau de rendement permettant de remplir la mission première nourricière de l’agriculture.

Dans les prochaines années, de nouvelles solutions seront également disponibles et permettront aux agriculteurs de poursuivre le travail de transition déjà engagé actuellement.

De même, l’innovation est – et sera – une donnée capitale de notre future agriculture. Le Plan de relance a, notamment, permis de dégager les moyens nécessaires pour mener une recherche active, en collaboration avec le Centre wallon de recherches agronomiques, dans trois domaines précis : réduction d’intrants en production de pomme de terre de consommation de haute qualité, valorisation des céréales dans des filières de production et lutte contre la jaunisse de la betterave.

L’accès à la terre reste essentiel car notre agriculture de proximité est liée au sol. C’est cette agriculture qui nous caractérise et qui reflète toute la qualité des produits que nous devons préserver.

Enfin, relevons la tendance du retour des consommateurs vers le local et la prise en compte de l’évolution de leurs attentes. L’Agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité joue un rôle important à cet égard, au travers de ses diverses campagnes mais également au travers de l’Observatoire de la consommation, lancé dans le cadre du plan de relance, qui permettra de mieux connaître les tendances de consommation. Nous devons densifier et pérenniser la relation de confiance entre consommateurs et agriculteurs. L’un et l’autre ne peuvent évoluer de manière cloisonnée, c’est ensemble et dans l’intérêt de tout un chacun que nous devons poursuivre ce chemin vers la proximité.

Notre agriculture wallonne du futur, je la vois donc de type : familial, rentable, innovante et durable.

Hugues Falys, porte-parole de la Fugea: «Reprendre le contrôle, de la fourche à la fourchette»

Notre agriculture a toujours été en évolution et, comme toute activité humaine, elle évoluera ces dix prochaines années, en suivant probablement plusieurs chemins parfois bien différents.

Ne nous voilons pas la face, le modèle agro-industriel responsable de l’établissement des prix agricoles mondiaux, déjà prévalant dans de nombreuses régions du monde, continuera probablement son développement. Il a été et sera encore favorisé par les accords de libre-échange, l’agrandissement des exploitations dû à la raréfaction de la population agricole, et un modèle économique toujours basé sur la croissance.

Pourtant, la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea) défend un tout autre modèle, déjà bien installé ces dernières années, qui devrait continuer à gagner des parts de marché. Cet autre modèle est poussé dans le dos par l’accaparement de la plus-value par l’industrie agro-alimentaire, lequel nourrit un besoin d’indépendance de certains producteurs. Ce dernier se traduit par la création de nouvelles activités de diversification, transformation, commercialisation, création de coopératives et filières dans lesquelles le monde agricole reprend le contrôle, de la fourche à la fourchette.

Ces démarches privées ou associatives sont de nature à renforcer la relocalisation de notre alimentation, thème très à la mode dans notre société depuis l’arrivée de l’épisode « covid ». Gageons que les pouvoirs publics renforceront leur soutien à ces initiatives salvatrices.

Mais cet autre modèle agricole soutenu par la Fugea prendra également en compte deux grands défis tellement d’actualité : l’économie des ressources et la protection de l’environnement avec, en corollaire, la sauvegarde de notre climat.

La réintroduction des légumineuses dans l’assolement, les cultures fourragères et les associations d’espèces, la meilleure valorisation des services écosystémiques et de l’élevage… Toutes ces notions de base de l’agronomie, quelque peu oubliées ces dernières décennies, mèneront aux économies d’intrants et à l’autonomie salutaire.

L’équilibre entre ces modèles dépendra de choix politiques, des choix de consommation de « monsieur tout-le-monde », mais peut-être le renchérissement de l’énergie et des engrais azotés suffira-t-il à remettre en question le modèle dominant…

Philippe Grogna, directeur de Biowallonie: «Créer des liens et de la coopération entre les filières»

Philippe Grogna, directeur de Biowallonie: «Créer des liens et de la coopération entre les filières»
Biowallonie

Nous vivons une période instable à bien des égards. Le secteur agricole n’échappe pas à ce constat. Il y est même directement lié ou en dépend. Il est dès lors bien délicat de se prononcer sur ce que sera globalement l’agriculture wallonne en 2030. Tout au plus est-il permis d’imaginer quelques possibles pour le futur.

L’agriculture devra inévitablement proposer des réponses à divers enjeux dont certains sont déjà identifiés à ce jour : changements climatiques, enjeux environnementaux, souveraineté alimentaire, accès à la terre, coûts des matières premières et des énergies…

À ces égards, j’imagine – et j’espère – une agriculture avec une approche plus systémique qu’actuellement, avec des liens plus importants entre les différentes filières en termes de flux de matières, notamment. Cette approche peut permettre à l’ensemble du tissu agricole de se développer globalement plus équitablement tout en optimisant les ressources locales.

L’agriculture est toujours plus sollicitée en tant qu’acteur environnemental afin de répondre à l’amélioration de la qualité des eaux, de l’air, de la biodiversité… Cela commence par une agriculture dont la production est en phase avec son contexte pédoclimatique et donc où le type et la quantité de production est adaptée à la zone considérée. Cela peut permettre, par exemple, de réconcilier une frange de la population avec la production viandeuse, de réduire certaines pressions environnementales…

On parle beaucoup de relocalisation de la production et de la valorisation. Celle-ci ne sera pleinement possible que si une véritable structuration des filières a lieu et implique fortement la production. Ceci est particulièrement vrai pour le secteur bio. Je souhaite que dans les dix prochaines années, cette structuration soit bien avancée, car elle permet de garantir sur le long terme la valorisation des productions. Cette structuration conditionne la pérennisation des différents modèles agricoles.

Plus impliqué dans le secteur bio, je suis convaincu que ce celui-ci en particulier peut répondre à une grande partie des préoccupations sociétales actuelles. Le plan wallon de développement du secteur bio à l’horizon 2030 ambitionne 30 % de la surface agricole utile en bio. L’Europe fixe cet objectif à 25 % de la surface agricole utile. La Flandre sera certainement en retard par rapport à cet objectif. Elle peut toutefois jouer un rôle dans la valorisation d’une partie de ces productions, en termes de transformation et de commercialisation notamment.

Avec tous ces objectifs affichés et les enjeux majeurs énoncés plus haut, il apparaît de plus en plus clairement que la clé de voûte sera la coopération. L’alignement des valeurs, missions et rôles des différents acteurs permettra de créer les synergies les plus productives et efficaces possibles.

René Collin, député wallon: «S’engager collectivement face aux défis»

En juillet 1997, quelques jours avant la Foire de Libramont, Guy Lutgen présentait ses pistes « Vers un Contrat Société – Agriculture ». Cette contribution de celui qui aura été 12 ans ministre de l’Agriculture wallonne et se sera entouré de trois futurs ministres en charge du secteur peut encore aujourd’hui fournir la trame d’une prospective pour les dix ans qui viennent.

Nous avons plus que jamais besoin d’un véritable contrat entre nos agriculteurs et notre société. Les défis sont colossaux : nourrir avec de hauts standards de qualité une population toujours plus nombreuse, contribuer à la vitalité économique, assurer la transition climatique et préserver la biodiversité. Nous devons y être collectivement engagés aux côtés de nos agriculteurs, et ce à trois niveaux :

– Il faut des politiques mieux coordonnées et plus efficaces, qui assurent la viabilité de nos exploitations dans leur diversité avec des règles plus équitables, une protection contre les distorsions de concurrence, une transparence dans l’élaboration des prix et une juste répartition dans la filière. Nos gouvernements doivent également, notamment, assurer un investissement massif pour la valorisation énergétique des produits et sous-produits de notre agriculture.

– Nous avons également besoin d’un encadrement scientifique et académique à la mesure des transitions environnementales et climatiques. Nos fermes doivent pouvoir s’appuyer sur un suivi technique optimum, spécialement par rapport à l’adaptation au changement climatique et à la volonté sociétale de suppression des produits chimiques.

– Il nous faut enfin une mobilisation des citoyens, conscients des risques d’une agriculture déshumanisée et qui s’engagent pour une agriculture essentiellement familiale, pilier de la santé publique, outil d’éducation et acteur d’équilibre social.

Fêter le 4.000ème  numéro du Sillon Belge, c’est s’engager aux côtés de ces femmes et de ces hommes qui font vivre notre agriculture et creuser avec eux le sillon d’une nouvelle et belle ambition collective.

Michel Christiaens, secrétaire général de Fedagrim: «Se rencontrer et avancer ensemble»

Michel Christiaens, secrétaire général de Fedagrim: «Se rencontrer et avancer ensemble»
T.D.

Fedagrim a déjà attiré l’attention des décideurs politiques sur le risque de déclin de l’agriculture dans notre pays. Ce qui est nécessaire à la préservation de l’agriculture a d’ailleurs été intégré dans le pacte agricole (à lire en ligne sur www.feedthefuture.be).

Au cours des dix prochaines années, le nombre d’agriculteurs en Belgique continuera à diminuer mais, dans le même temps, la concentration des activités agricoles dans certaines zones augmentera probablement aussi. Dans ce contexte, on parle souvent du complexe agro-industriel, des clusters où l’industrie de transformation, les producteurs et les services de conseil se rencontrent et avancent ensemble. Une intégration plus poussée des différents maillons de la chaîne alimentaire, y compris le secteur de la distribution, est plus que probable. Cependant, un complexe agro-industriel fort exige également le respect du sol, une rémunération correcte du produit livré par les producteurs et la compréhension et l’adaptation du secteur agricole aux demandes de la société en général. Le rétrécissement du marché agricole est également susceptible d’inciter certaines entreprises en amont à quitter ce milieu pour se concentrer sur d’autres secteurs.

La pression sur les espaces ouverts, la nouvelle législation européenne et le changement climatique affecteront de plus en plus le quotidien des agriculteurs. Ces facteurs auront également un impact sur les machines et les technologies commercialisées par les constructeurs. La robotique, la collecte des données ou encore l’automatisation seront introduites dans les années à venir. Toutefois, pour que cela soit possible, un travail législatif important reste à effectuer.

Les canaux de distribution des machines agricoles vont continuer à évoluer au cours de la prochaine décennie. Les fabricants souhaitent que la chaîne de commercialisation soit aussi courte que possible et exigent une augmentation d’échelle de la part des concessionnaires. La rentabilité des distributeurs belges est sous pression et ce sera un véritable défi de maintenir leur position dans un contexte européen.

Malgré tous ces défis, je suis convaincu que le secteur des machines agricoles a un avenir intéressant devant lui.

Gisèle Fichefet, secrétaire générale de Fegra: «Maintenir la position du secteur céréalier belge»

Le secteur céréalier occupe une position déterminante dans la chaîne d’approvisionnement, en apportant une réponse aux demandes des marchés de l’alimentation humaine, animale et non alimentaire. Nos entreprises prospèrent grâce à des chaînes d’approvisionnement sans faille, qui ont besoin de clarté, de prévisibilité et de régimes réglementaires performants afin d’éviter toute perturbation.

Une transition vers un système alimentaire plus durable, tel que défini dans le Green Deal de l’UE et les politiques connexes telles que la stratégie « De la ferme à la table » et la stratégie sur la biodiversité sont importantes. Néanmoins, ces politiques doivent être adaptées pour répondre à la fois aux défis de la production agricole et à la nécessité d’accroître la compétitivité des chaînes d’approvisionnement pour les prochaines décennies. La mise en place des outils tels que des mesures alternatives et efficaces concernant l’utilisation des produits phytosanitaires, un meilleur accès aux technologies innovantes et une plus grande flexibilité des pratiques agricoles est essentielle, et doit impliquer le développement de programmes de recherches en collaboration avec les acteurs de terrain afin de permettre l’intégration rapide de mesures alternatives.

Les changements climatiques engendreront l’apparition de nouvelles filières qui, précédemment, étaient réservées à des régions du sud. Celles-ci devront faire l’objet d’un soutien en termes de recherches agronomiques afin de garantir l’amélioration des performances agricoles, la rentabilité, tout en répondant aux attentes de la filière afin de permettre une adéquation entre l’offre et la demande. La prochaine décennie verra également une augmentation des productions biologiques, y compris dans le secteur céréalier, ainsi qu’un intérêt croissant pour le développement de filières sur les protéines végétales.

Notre secteur, comme d’autres, est confronté au marché mondial et à la volatilité des prix. Des conditions climatiques extrêmes qui affectent l’offre sur le plan international, entraînent de facto des répercussions sur les prix face à une demande en constante progression. Il en est de même pour les tensions et décisions géopolitiques. Il y a donc souvent peu de marge de manœuvre pour contrer ces éléments.

Une politique commerciale ambitieuse, soutenant l’ouverture et la diversification des échanges, sont des éléments fondamentaux pour construire une chaîne alimentaire animale et humaine résiliente, et maintenir la position du secteur céréalier belge en tant qu’acteur majeur sur le marché agroalimentaire dans les années à venir.

Katrien D’hooghe, managing director BFA: «Répondre aux défis par la voie de l’alimentation animale»

Katrien D’hooghe, managing director BFA: «Répondre aux défis par la voie de l’alimentation animale»
Landbouwleven

Le secteur agricole sera confronté à de nombreux défis au cours des dix prochaines années, qu’ils soient économiques, sociaux ou politiques.

Un modèle de rémunération correct pour nos agriculteurs et un paiement correct pour leurs produits sont essentiels afin de faire face à tous ces défis. Une amélioration substantielle des conditions du marché est donc la priorité numéro un. Dans les années à venir, des efforts encore plus importants doivent être consentis en faveur d’une approche en filière, d’un cadre politique clair et réaliste et d’une vision à long terme. Et il y a certainement des défis à relever ! Il suffit de penser à l’initiative européenne « De la ferme à la table », à la nouvelle politique agricole commune, aux défis en matière d’environnement, de climat, de durabilité et de bien-être animal.

Dans le secteur de l’alimentation animale, nous nous efforçons d’être proactifs et constructifs dans la recherche de solutions à ces défis, par la voie de l’alimentation animale. Citons en exemple la convention sur les émissions entériques. D’ici 2030, le bétail flamand devra émettre près de 30 % de méthane en moins. Une partie de cette réduction peut être obtenue grâce à des solutions alimentaires telles que l’additif 3-NOP inhibant en partie la production de méthane, l’utilisation de graines de lin extrudées, la combinaison de farine de colza et de drêches de brasserie…

Le dossier de l’azote demandera également beaucoup d’efforts de la part du monde de l’élevage et des secteurs qui lui sont associés, tel celui de l’alimentation animale. La réduction de la teneur en protéines brutes des aliments composés et des rations pour bétail peut déjà contribuer à diminuer les émissions d’ammoniac.

Une attention accrue sera également accordée à l’innovation et à la circularité. 43 % des matières premières utilisées par l’industrie belge des aliments pour animaux sont déjà des sous-produits de l’industrie alimentaire et des biocarburants. Ce chiffre doit grimper à 50 % d’ici à 2030. En outre, il y a également une recherche approfondie de protéines alternatives (locales) à l’utilisation de la farine de soja. De nombreux efforts ont déjà été déployés pour rendre la chaîne d’approvisionnement en soja plus durable. Néanmoins, nous devons encore prendre des mesures supplémentaires. D’où l’objectif de la charte de durabilité de la Belgian Feed Association (BFA) de couvrir 100 % de la farine de soja utilisée dans le secteur belge de l’alimentation animale avec des certificats de soja durable d’ici 2030.

Johan Van Bosch, secrétaire général d’Agro-Service: «Prix et main-d’œuvre, deux défis pour les entrepreneurs»

Johan Van Bosch, secrétaire général d’Agro-Service: «Prix et main-d’œuvre, deux défis pour les entrepreneurs»
Luk Collet

La principale difficulté à laquelle vont faire face les entrepreneurs sera de maintenir les prix des travaux. En effet, le prix des machines monte bien plus vite que celui des travaux agricoles. Mais à cela s’ajoute le coût des pneus, du carburant ou des lubrifiants, qui fatalement ne feront qu’augmenter dans le futur.

Un autre défi majeur pour l’entreprise agricole sera celui de la main-d’œuvre. Il est aujourd’hui difficile de trouver du personnel motivé ; le métier d’entrepreneurs étant très saisonnier et, de plus, tributaire des conditions météo. Cette situation n’ira pas en s’arrangeant avec le réchauffement climatique. Le climat sera de plus en plus capricieux avec une succession d’épisodes très secs et très pluvieux.

Il y a de moins en moins d’agriculteurs et ceux qui restent sont de plus en plus grands. Le nombre d’entrepreneurs diminue également et ils deviennent de plus en plus spécialisés. L’agriculteur doit pouvoir s’occuper de ses propres affaires, de ses animaux, de ses cultures. Il doit être en mesure d’engager un entrepreneur pour l’aider. Celui-ci est un partenaire essentiel pour le secteur agricole.

Notons que le milieu agricole est particulièrement résilient et sait faire face avec courage aux changements. De plus, grâce à la recherche et à la démocratisation des nouvelles technologies, les entrepreneurs sauront s’adapter aux défis futurs. Les biocarburants auront sûrement un rôle à jouer dans la diminution de l’empreinte carbone du secteur. C’est une technologie à développer qui pourrait compléter ou même remplacer en partie les combustibles fossiles.

Le désherbage mécanique, l’agriculture de précision et l’agrandissement des exploitations sont des défis auxquels les entrepreneurs seront capables de répondre avec des machines toujours performantes et toujours plus perfectionnées. L’adaptation rapide face aux problèmes et une vision optimiste rendent notre métier passionnant !

Emmanuel Grosjean, coordinateur du Collège des Producteurs: «Se démarquer par l’équilibre»

Emmanuel Grosjean, coordinateur du Collège des Producteurs: «Se démarquer par l’équilibre»

Je dirais avant tout que c’est sa diversité qui assurera l’avenir de notre agriculture. Là où l’agriculture belge pourra se démarquer, ce sera dans l’atteinte d’un certain équilibre : entre valorisation en circuits longs et courts ; spécialisation et diversification ; cycles de production longs et cycles courts ; volume et qualité différentiée ; collaboration et entrepreneuriat ; audace et sécurité face aux risques…

La pyramide des âges toujours plus vieillissante, le coût du foncier, la pénibilité du métier et les faibles niveaux de revenus resteront des enjeux majeurs de la continuité et de l’attractivité du secteur durant les dix prochaines années. Tout comme notre interdépendance aux marchés (nationaux et internationaux), aux enjeux climatiques et aux mouvements de consommation qui resteront des facteurs essentiels avec lesquels nos modèles de productions devront continuer à construire des relations d’équilibre.

Quoi qu’il en soit, les Belges continueront à manger tous les jours. Cela représente une formidable opportunité pour notre agriculture. Comme embrayer dans la course à la production en protéines végétales, tant pour l’alimentation humaine qu’animale, ou encore se positionner dans la recherche et les alternatives aux produits de protection des plantes. Tout cela s’inscrit dans la stratégie publique de relocalisation de notre alimentation, qui repose sur le constat que les Wallons consomment 22 milliards d’équivalents alimentaires, tandis que nous n’en produisons que 3 milliards.

Relocaliser notre production primaire n’est donc pas uniquement une vision de circuits-courts ou de consommation intra-territoriale ; il y a d’importants enjeux économiques de reprise de marché, dans des volumes conséquents. C’est certain que la place est peut-être prise par d’autres pour le moment, mais elle existe…

Plus que jamais, l’avenir de nos productions agricoles sera tributaire de l’évolution de la valeur que les consommateurs donneront à l’alimentation. Va-t-on pouvoir conserver, voire augmenter, les 18 % de parts dans le panier des ménages belges ? Je suis persuadé que certaines valeurs feront la différence.

Dans notre société de consommation, la transparence et la communication seront inévitables. Par exemple en élevage, ceux qui s’en sortiront, seront ceux qui revendiqueront travailler sur les questions de bien-être animal…

Enfin, comme on l’observe en France, la collaboration entre agriculteurs, et entre les différents maillons des filières doit devenir essentielle. Pour maîtriser la filière de la fourche à la fourchette, dans une optique de juste rémunération pour tous les maillons. Parce que ne l’oublions pas, un prix juste, c’est l’affaire de tous…

Georges Sinnaeve, directeur du Cra-w: «Répondre aux grands enjeux agricoles et agro-alimentaires»

Si, pour Le Sillon Belge , cette année est marquée par la célébration de son 90ème  anniversaire et par la publication de son 4.000ème  numéro, le Centre wallon de recherches agronomiques de Gembloux (Cra-w) fêtera quant à lui son 150ème  anniversaire. Fort de cet historique, il n’en reste pas moins difficile de prédire l’évolution de l’agriculture belge dans les dix prochaines années.

Cette évolution visera à :

– réduire les intrants de synthèse et maîtriser les effets de l’agriculture sur le changement climatique ;

– produire de manière plus durable des produits de qualité en conservant la qualité de vie des agriculteurs et en veillant au bien-être animal et à la protection de l’environnement et de la biodiversité ;

– renforcer la rentabilité de la production et ainsi assurer un revenu décent aux agriculteurs wallons ;

– apporter de la plus-value aux produits agricoles wallons au travers de processus de transformation innovants et contrôlés.

Par ses recherches, le Cra-w entend contribuer au maintien d’une agriculture familiale à taille humaine, avec des productions diversifiées et une capacité d’adaptation à des conditions changeantes. Le Centre peut contribuer à l’encadrement de filières complètes qui intègrent les maillons en amont et en aval de l’agriculture. Au sein de celles-ci, il faut restaurer un dialogue entre les acteurs avec un partage des risques et une redistribution juste des plus-values souvent réalisées en aval de la filière. La relocalisation des filières passe par le renforcement du tissu de transformateurs de taille raisonnable. Des voies de valorisation diversifiées permettront de diminuer les risques d’un changement de cap brutal de l’agro-industrie.

La stratégie de recherche du Cra-w devra répondre aux grands enjeux auxquels doivent faire face l’agriculture et le secteur agro-alimentaire, à savoir :

– enjeux climatiques : adapter les modes de production et de transformation aux conditions pédo/agro/économico/climatiques wallonnes, afin de maximiser le potentiel agricole et forestier dans la lutte contre le changement climatique et de limiter les effets négatifs liés aux processus de production et transformation ;

– enjeux sociétaux : répondre aux attentes du citoyen/consommateur en veillant à la rentabilité d’un secteur économique assurant des revenus décents aux opérateurs économiques dans le respect des attentes et intérêts légitimes de chacun, à savoir les producteurs (activité rentable, bien-être, reconnaissance), les citoyens (environnement, climat, bien-être animal, éthique/équitable) et les consommateurs (qualité, prix, sécurité alimentaire, sécurité sanitaire).

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