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Raffinerie Tirlemontoise: «La crise du marché du sucre est derrière nous»

Il y a peu, la Raffinerie Tirlemontoise informait ses planteurs des perspectives de prix pour les betteraves en contrat de 2022 et 2023. Selon l’entreprise et son directeur des matières premières, Erwin Boonen, « la crise du marché est derrière nous et on peut regarder vers l’avant et prévoir plus d’emblavement pour 2023 ».

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Lors d’un entretien, Erwin Boonen se montre très positif quant à la situation du marché du sucre dans les années à venir – d’où la volonté de la RT de fixer le prix minimum pour 2022 mais aussi pour 2023 – mais revient également sur la situation du segment sucre au sein du groupe, l’impact de la guerre et les actions menées en termes de durabilité.

Au sein du groupe : le sucre en net progrès

Au cours de l’année comptable 2021/2022, l’activité sucre a nettement progressé au sein du groupe même si elle reste en perte. « Le résultat opérationnel est toujours négatif, à -21 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros mais, il est moins catastrophique que l’année précédente (-125 millions d’euros). Heureusement, les autres activités du groupe – spécialités, amidon, fruit, crop energies — ont été porteuses et, particulièrement, le segment crop energies du fait de l’actualité et du prix du fuel en fin d’année comptable », explique Erwin Boonen.

Pour l’année à venir, le groupe s’attend à un résultat opérationnel global semblable (332 millions d’euros en 2021/2022) mais une répartition totalement différente : « Les prévisions actuelles annoncent des résultats positifs mais pas forcément mirobolants dans le segment sucre. On table sur un résultat opérationnel entre 0 et 100 millions d’euros. Pourquoi ? Parce que même si le prix du sucre sera clairement meilleur, le coût du gaz sera plus élevé et le secteur sucrier européen en est très tributaire ».

Pour les autres segments, Sudzuicker s’attend à de bons chiffres en crop energies mais à une chute dans les segments amidon, fruit et spécialités : « Ce sont des marchés où l’augmentation des coûts est difficile à répercuter sur le client final. En effet, si on vend bien plus cher un yaourt à base d’inuline, les gens se dirigeront plus facilement vers un yaourt standard. Les différents segments du groupe devraient donc s’équilibrer différemment mais nous permettre d’obtenir un résultat global correct qui nous donne la possibilité de continuer à investir, notamment dans la durabilité ».

Impact de la guerre et gestion de l’énergie

« Pour nous, le plus gros impact de la guerre se fait via les marchés avec des prix jamais vus en céréales et bioéthanol mais aussi et surtout au niveau du gaz. », explique Erwin Boonen. « Pour l’instant, nous avons assuré notre prix au sein du groupe avec un contrat dégressif en quantité jusqu'en 2025 mais la question est plutôt de savoir si le fournisseur pourra fournir le gaz ».

Une évaluation des risques a été faite dans chaque usine du groupe et, ceux-ci sont assez faibles pour la Belgique. « Notre gaz ne provient pas de Russie mais des pays nordiques et arabes. Par contre, nos collègues allemands sont plus dépendants de la Russie et développent donc des alternatives. Chez nous, la seule chose qui a changé est la date de fin d’utilisation du charbon initialement prévue pour cette campagne et qui a été postposée. Même si le risque nul n’existe pas, nous sommes assez sereins au sujet de l’approvisionnement en quantité et prix des usines belges ». En effet, l’Europe prévoit une solidarité énergétique nationale, c’est-à-dire que, si les hôpitaux et habitations venaient à manquer de gaz, les industries non prioritaires – dont la transformation de sucre ne fait pas partie puisqu’elle est membre des « Primary Food Processors » et est donc considérée comme prioritaire- devraient diminuer leur production. Le support des pays voisins, tel que celui de la Belgique à l’Allemagne, ne viendrait qu’ensuite.

Maintenance des usines belges

Au sujet de l’entretien des infrastructures de transformation, le directeur des matières premières de la RT assure que tous les tuyaux des chaudières qui ont posé problème lors de la dernière campagne à Longchamps et Wanze ont été remplacés. « Nous avons procédé sur base des enseignements de la dernière campagne. Une mise sous pression a été réalisée et tout semble correct même s’il s’agit seulement d’un test hors fonctionnement plein de campagne ». Le problème d’évaporation rencontré à Tirlemont a également été solutionné et tous les tuyaux ont été nettoyés et vérifiés.

Plus de durabilité via la biodiversité et le carbon farming

Depuis 2020, la RT a également entrepris une série d’actions sur la durabilité et son lien avec l’agriculteur, l’idée étant de montrer « que la filière est dynamique, que des recherches sont réalisées et que cela mérite une rémunération et reconnaissance par le client final ». Des actions sont menées au sujet du carbon farming avec une vingtaine de fermes pilotes et en collaboration avec des organismes et centre de recherches : « On souhaite toujours maintenir une base scientifique par la mesure et la quantification, se baser et apprendre des meilleures techniques testées dans des zones de référence tout en gardant en tête qu’on a besoin d’une agriculture productive. Les efforts pour réduire les émissions doivent être faits avec toutes la chaîne, c’est trop souvent le client final qui impose ce qu’il veut et ça ne va pas. Tout le monde doit être autour de la table et chacun doit pouvoir prendre conscience des soucis rencontrés par l’autre ».

En matière de biodiversité, 25.000 m² de bandes fleuries ont été implantées le long de betteraves ou chicorées et la surface sera doublée la saison prochaine : « Il s’agit de dédier 1 % de la parcelle betteravière aux fleurs, ça peut simplement être la place future du tas de betteraves. L’action est en test chez plusieurs planteurs car nous avons d’abord besoin de montrer au client ce qui peut être mis en œuvre afin de le persuader d’y contribuer en l’intégrant dans la rémunération du produit ».

Plusieurs outils permettant de quantifier les émissions des exploitations et de réaliser un bilan carbone ont été testés : « il en ressort que les résultats obtenus ne sont pas toujours identiques et que ces méthodes sont administrativement complexes. L’Europe prévoyant prochainement un outil officiel de calcul de crédit carbone, nous avons décidé de nous concentrer sur une méthode nommée Score Card permettant d’évaluer la fixation de carbone de son exploitation à l’aide de plusieurs paramètres et qui indique sur quels leviers agir pour s’améliorer. C’est sur base de ce type d’outils qu’on pourra demander aux grands clients s’ils sont prêts à supporter les efforts que font les agriculteurs ».

Pour les betteraves de 2021…

Avant d’aborder les prix 2022, Erwin Boonen revient sur ceux de 2021et notamment celui du sucre. « Il s’agit d’un prix basé sur le reporting européen et d’une moyenne des prix des 5 premiers mois de vente d’octobre 2021 à février 2022. On est à un prix moyen de 415,8 €/t de sucre. Le prix minimum correspondant est d’application pour 70 % des betteraves en contrat -mais le sera pour 100 % en 2022- et donne un bonus garanti de 0,67€/t de betteraves ce qui correspond à 0,47€/t s’il est étalé à l’ensemble des betteraves ». Si on y ajoute les primes et réfactions nettes et le complément de prix de 3,30€, le prix des betteraves 2021 est fixé à 31,34 €/t à 18ºS tout compris ou 28,56 €/t à la richesse moyenne de la campagne 2021 de 16,99ºS. « Une évolution positive par rapport à 2020. Cela veut dire qu’il y avait de nouveau un complément de prix (3,30€) pour les betteraves en 2021. Nous voulons soutenir la rentabilité de la betterave en ligne avec ses possibilités », considère la RT.

Un prix minimum de 38 €/t pour 2022

Pour les betteraves en contrat de 2022, la RT garantit un paiement de minimum 38 €/t à 18ºS tout compris en mars 2023. «Tenant compte de l’évolution du marché de sucre actuel, nous nous attendons même à un prix allant au-delà des 42 €/t à 18ºS tout compris. Afin de valoriser au maximum cette hausse de prix de sucre et donc du prix des betteraves, une bonne protection du feuillage en été est essentielle. En effet, en 2021, nous avons fait face à une richesse décevante du fait de l’humidité mais aussi de mauvais contrôles des maladies foliaires. Nous estimons que nous sommes capables d’assurer le rendement et la richesse en privilégiant la santé foliaire ».

Le prix de pulpes surpressée sera de 24 €/t départ avec une augmentation de déductibilité pour certains par une augmentation des frais de surpressage inclus dans ce prix.

Le coût de transport des radicelles et des écumes est adapté avec un supplément de 0,5 €/t mais la matière reste au même prix.

Il est aussi question d’une ristourne de 80 €/U sur la facture de semences pour les hectares cultivés.

Idem en 2023

Pour 2023, le transformateur garantit aussi un paiement de minimum 38 €/t à 18ºS tout compris en mars 2024. « D’autres points du contrat 2023 restent à déterminer définitivement avec les représentants des planteurs mais nous sommes dans la position assez inédite de pouvoir garantir un prix pour l’année suivante. La crise du marché de sucre est derrière nous et n’aurait pas dû durer si longtemps sans le Covid. Même si les coûts augmentent pour tous les acteurs de la filière, vu la prévision d’un prix élevé du sucre et le prix minimum garanti de 38 €, c’est le moment de prévoir d’emblaver plus de betteraves pour 2023 pour bénéficier de la hausse du marché du sucre. Le contrat de base peut toujours être augmenté, le contrat additionnel, en revanche, ne sera qu’attribué en fonction des disponibilités. » précise la RT. « Nous sommes mal placés pour parler de la rentabilité de la culture mais nous pouvons parler du chiffre d’affaires qu’on peut offrir. Avec un prix augmenté de 10€, pour un rendement de 80t/ha, on garantit 800€/ha en plus. Cela semble raisonnable pour gérer l’augmentation des coûts. Nous pensons faire un gros effort en garantissant ce prix pour 2022 et 2023 et nous sommes persuadés que le prix final sera plus élevé », conclut Erwin Boonen.

D. Jaunard

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