Accueil Environnement

Question parlementaire: quelles mesures face à la prolifération des corvidés?

Le 18 octobre, en Commission de l’Environnement, le député wallon Nicolas Janssen a interpellé la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier, au sujet des dégâts causés aux cultures par les corvidés. Ont notamment été abordés : l’accroissement des populations, la protection des cultures et la possibilité de mettre en place une indemnité couvrant les dégâts imputables aux corvidés et aux becs droits.

Temps de lecture : 4 min

Dans les campagnes, les dégâts occasionnés aux cultures par les corvidés, les pies et les becs droits sont toujours plus nombreux. Un constat que confirment tant les conseils cynégétiques que les agriculteurs (lire, notamment, nos éditions des 11 août et 1er  septembre).

La destruction de la corneille noire et des pies est éventuellement accordée au titulaire d’un droit de chasse après une longue procédure administrative. Quant au corbeau freux et au choucas des tours, ils sont repris dans la liste des espèces protégées établies par l’Europe conformément à la directive « Oiseaux ». Du fait de leur statut et ayant peu de prédateurs à l’heure actuelle, ces populations sont en expansion.

Et Nicolas Janssen d’interroger la ministre Tellier à ce sujet. D’une part, il lui demande « comment préserver les cultures, particulièrement dans un contexte international de pénurie d’approvisionnement alimentaire où il conviendrait d’être attentif à leur protection ? ». D’autre part, évoquant la procédure de dérogation à la protection de ces espèces existant en Wallonie, il ajoute : « Cette procédure est longue et fastidieuse et ne permet pas d’agir rapidement et efficacement. En juillet 2021, une procédure simplifiée a été évoquée… Où en sommes-nous à l’heure actuelle ? La simplification annoncée est-elle effective ? ».

Des dérogations… et de la prévention

La ministre confirme l’augmentation des dommages de corvidés et l’impute à plusieurs facteurs.

« Premièrement, les populations de ces oiseaux ont connu une forte progression entre 1970 et 2000 en raison de la modification profonde des systèmes agraires et de la structure paysagère. Elles se sont développées dans ces zones de grandes cultures tandis que la raréfaction des invertébrés, petits vertébrés ou des baies a conduit à un report de leur alimentation sur les cultures, plus facilement accessibles », explique-t-elle.

Côté chiffres, ceux-ci montrent une tendance à la stabilisation, voire à la diminution globale des effectifs, hormis pour le choucas des tours. Cependant, au-delà de cette tendance générale, les populations de corvidés peuvent se montrer localement très importantes, avec des impacts directs conséquents sur les cultures.

L’interdiction d’utiliser le Mesurol, répulsif présent sur les semences de maïs, en vigueur depuis 2020 explique également la situation actuelle. En effet, cela augmente considérablement la consommation des semis de maïs, notamment par les corvidés.

« L’octroi des dérogations est, quant à lui, encadré par l’arrêté du 27 novembre 2003 fixant des dérogations aux mesures de protection des oiseaux. Cet arrêté prévoit notamment de solliciter l’avis de la section Nature du pôle Ruralité sur chaque demande. Ceci ne permet pas une réponse suffisamment rapide pour une réaction immédiate au moment des semis », poursuit-elle.

Des consultations des différentes parties prenantes dans ce dossier ont eu lieu cet automne afin de dégager des pistes de solution. Une de celle-ci est l’adaptation du cadre légal pour permettre une délivrance plus rapide des dérogations tout en veillant au respect des conditions qui doivent encadrer celle-ci. « À plus court terme, d’autres pistes sont en réflexion afin d’accélérer l’octroi de la dérogation dès la saison 2023. »

Céline Tellier souhaite également mener une réflexion sur la prévention, notamment au niveau de la recherche sur les techniques culturales ou sur les répulsifs des semences. « Le retour à un niveau acceptable de prélèvements sur les cultures devrait également passer par une évolution de nos systèmes agricoles afin d’augmenter leur résilience », ajoute-t-elle.

Une indemnité suite aux dégâts ?

Nicolas Janssen a également interrogé la ministre quant à la possibilité de mettre en place une indemnité pour les agriculteurs, les maraîchers et autres professionnels concernés, pour les dégâts imputables aux corvidés et aux becs droits ?

Proposition que refuse Céline Tellier : « Les corvidés ne font pas partie des espèces dont les dommages peuvent être indemnisés et il n’est pas prévu d’élargir l’accès à ce système aux dommages causés par ces oiseaux ». Elle estime, en effet, que « ceci ferait porter sur la collectivité des coûts importants alors qu’une part de la responsabilité du problème vient justement de l’évolution des pratiques agricoles ».

Enfin, à son sens, « l’indemnisation des dommages ne doit donc pas être activée ou, en tout cas, uniquement en dernier recours en l’absence d’autres mesures, ce qui n’est pas le cas en la matière ».

A lire aussi en Environnement

Du champ à l’usine, réduire ensemble l’impact de la filière betterave-sucre sur l’environnement

Betteraves Au-delà des considérations économiques, la filière betterave-sucre réfléchit à son impact sur notre environnement. Que ce soit dans les champs ou à l’usine, de nombreux efforts ont déjà été consentis, mais devront être suivis d’autres actions pour répondre aux attentes de la société et du monde politique. De la racine au morceau de sucre, tous les acteurs devront agir main dans la main pour que les pratiques de demain permettent d’atteindre un haut niveau de durabilité environnementale.
Voir plus d'articles