Des stocks particulièrement maigres au 1er février

L’évaluation des stocks en cours de commercialisation reste un élément de première importance pour appréhender l’évolution des marchés. Dan sle cadre du centre pilote et pour la 22e année consécutive, une enquête est menée par la Fiwap, le Carah et Inagro/Pca auprès de producteurs belges de pomme de terre. En Wallonie, 92 agriculteurs ont accepté de répondre à l’enquête, avec une proportion représentative de l’emblavement pour chaque province. En Flandre, l’enquête téléphonique a permis de contacter 131 agriculteurs cultivant de la pomme de terre de consommation.

Évolution des stocks depuis la récolte jusqu’au 1er février

Le tableau 1 présente la situation au niveau de l’ensemble du pays. Au 1er février, il restait chez les producteurs belges environ 56 % de la récolte initiale de pommes de terre de conservation en stocks (toutes variétés). C’est moins que l’an dernier (60 %), et moins que février 2017 ou que la moyenne des 3 dernières saisons (58 %). La part libre (volumes non concernés par un quelconque contrat) est historiquement basse avec seulement 11 % de la production initiale. 1 pomme de terre sur 5 actuellement en stock est encore à vendre…

Les stocks de Bintje sont particulièrement faibles, à 44 % de la récolte initiale (dont 1/3 seulement de libre). Il faut remonter à février 2012 pour retrouver une aussi basse proportion. La moyenne des 3 dernières années est à 60 %. Les problèmes de vitreuses ont clairement fait dégager des volumes importants de Bintje depuis la récolte.

Près des 2/3 de la production initiale de Fontane sont encore en stock (66 %), et la moitié de la récolte initiale en autres variétés. Ces proportions sont similaires aux 3 dernières années (moyennes de respectivement 65 % et 49 %). Les parts libres sont très faibles : 1 pomme de terre sur 6 en Fontane, et 1 pomme de terre sur 8 en autres variétés de conservation.

La commercialisation de Bintje cette saison s’est précipitée en raison des vitreuses qui ont rapidement compromis la conservation. 37 % de la récolte initiale ont été dégagés entre début novembre et début février, contre 20 à 25 % ces 4 dernières années…

Le dégagement de Fontane a atteint 23 % de la récolte initiale entre novembre et février (3 mois), comparable aux 2 dernières années (21 %), avec une majorité de volumes contractés (15 %) pour une minorité achetée en libre (8 %). Ce schéma de dégagement est semblable à 2016-2017.

Pour les autres variétés de conservation, la période de novembre à février a permis d’écouler 23 % de la production initiale, similaire aux saisons 2017-2018 et 2015-2016, mais bien plus que 2016-2017 (17 %). L’enlèvement de contrats a concerné 19 % de la récolte initiale, pour seulement 4 % de volumes libres.

Retour sur la production 2018

Selon les estimations Fiwap/Pca basées sur Statbel (l’ex-Ins) et sur les chiffres pac régionaux, les surfaces totales de pommes de terre de conservation étaient en hausse de 2,1 %. Bintje aurait régressé de près de 28 %, tandis que les surfaces de Fontane auraient bondi de 23 %. Le très bas rendement moyen (37,7 t/ha) a mené la production totale belge (tableau 2) à 3,26 millions de tonnes (hors hâtives), soit près d’1,5 million de tonnes de moins qu’en 2017. Malgré 5.000 ha de plus, la récolte 2018 n’a pas atteint la faible récolte 2016.

Les tonnages en stock, au regard des années précédentes

Concernant la Bintje, jamais les stocks n’ont été aussi bas (tableau 3) : avec seulement 240.000 t, ils sont 3 fois plus faibles que l’an dernier, et 3 fois plus faibles que la moyenne des 3 dernières années. L’enquête évalue les volumes libres en stocks à seulement 80.000 t !

Les marchés ont dégagé, parfois en urgence, environ 210.000 t depuis le début de la saison, dont 2/3 sous contrat. C’est plus que l’an passé (190.000 t), ce qui vient contrer la tendance continue à la baisse observée ces dernières années.

Du côté de la variété Fontane, le stock au plan national, au début février (tableau 4) est évalué à 910.000 t, soit 210.000 t de moins que l’an dernier, malgré ses surfaces en hausse de près de 6.500 ha. Dans le stock actuel, il ne resterait plus que 200.000 t à vendre. C’est évidemment très peu : les tonnes libres sont quasi absentes ! Les volumes contractés en stocks sont de l’ordre de 710.000 t, soit 110.000 t de plus que l’an dernier, et 230.000 t de plus que la moyenne des 3 dernières années. Fontane est aujourd’hui demandée par toutes les usines. Le dégagement de Fontane depuis la récolte est estimé à 470.000 t, assez semblable à l’an dernier (500.000 t). Il était de 340.000 à 420.000 t, les 3 années précédentes.

Les données de l’enquête pour les autres variétés de conservation doivent être appréciées avec prudence (tableau 5), compte tenu de l’échantillonnage plus faible et des nombreuses variétés concernées (Challenger, Lady Claire, Markies, Ramos, Magnum, Royal, variétés du marché du frais…).

Le groupe « variétés autres que Bintje et Fontane » a produit seulement 1,32 million de t en 2018, malgré une progression des surfaces de 2.000 ha par rapport à 2017. Il faut remonter à 2013 pour trouver une production plus faible dans ce groupe (mais il y en avait 13.000 ha de moins à l’époque…).

L’enquête montrait un stock début février de quelque 660.000 t, soit 280.000 t de moins que l’an dernier, et 160.000 t de moins qu’en février 2017. Mais dans le stock actuel, à peine 80.000 t sont libres, pour 580.000 t sous contrat.

Depuis le début de la saison, les marchés ont dégagé 660.000 t de ces variétés, bien moins que les 3 dernières années (720.000 à 970.000 t).

Bon à retenir

Avec seulement 1,8 million de t, les stocks belges estimés au 1er février sont les plus faibles de ces 5 dernières années. Fontane y est largement majoritaire (900.000 t, soit la moitié des stocks !), Bintje y est presque marginale (240.000 t).

Les volumes libres sont quasi inexistants : ils sont estimés (toutes variétés confondues) à 360.000 t, soit 1pomme de terre sur 5 actuellement dans les hangars. Où donc trouver des pommes de terre pour combler – le cas échéant – le manque de livraison sous contrat ? Très peu en Belgique de toute évidence, peut-être davantage en France…

La Belgique dispose donc de 1 million de t de moins que l’an dernier pour terminer la saison. Par rapport à 2016-2017 (saison basée sur de très faibles rendements également), le stock début février est plus faible de 300.000 t.

La demande s’est clairement adaptée à la faible production puisque, toutes variétés confondues, les marchés ont dégagé seulement 1,45 million de t de pommes de terre de conservation depuis le début de la récolte. Les 5 dernières saisons, ce chiffre a varié de 1,51 à 2,02 millions de tonnes Quand la marchandise est rare, on économise sur tout. Aucun kilo ne se perd donc cette année : sous-calibres, difformes.

À l’évidence, les usines ont été cherché de la matière première sur les marchés des pommes de terre de table à double usage (en France notamment), peut-être dans le secteur féculier, voire dans le surcalibre de plants aux Pays-Bas… Mais elles ont sans doute aussi réduit les volumes de vente de produits finis par incertitude – légitime – sur la disponibilité de matière première. Nombre de lignes de transformation n’auront pas tourné à plein régime cette saison.

Perspectives sous tension

La fin de saison s’annonce tendue sur les marchés libres compte tenu des stocks marginaux encore à vendre. Le niveau actuel de prix se justifie donc pleinement. Sur la base des stocks évalués au début février, Fontane (sous contrat) assurera l’essentiel de l’approvisionnement des usines dans les prochains mois, aux côtés des variétés Innovator, Challenger, Markies et Royal.

D’après Dominique Florins

et Pierre Lebrun

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Fiwap

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