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Des stocks de pommes de terre plus faibles qu’à l’habitude, avec peu de libre

L’évaluation des stocks en cours de commercialisation reste un élément de première importance pour appréhender l’évolution des marchés. Pour la 26e année consécutive, une enquête est menée par la Fiwap, le Carah et Inagro/PCA auprès de 210 producteurs belges de pomme de terre, 83 en Wallonie, et 127 en Flandre.

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Sur base des estimations d’emblavements 2022 en Wallonie (40.764 ha de pommes de terre de consommation – chiffres SPW, déclarations PAC) le taux d’échantillonnage de l’enquête est de 18,5 % de ces surfaces.

En variétés industrielles, Fontane reste à plus de 50 % des surfaces. Elle est produite par deux tiers des producteurs enquêtés. Elle est suivie par Markies (12 % des surfaces) qui dépasse Innovator (10 %). Challenger reste très proche du podium à 9 %. Bintje (3 %) perd à nouveau du terrain pour devenir vraiment marginale. Quatre variétés se situent autour de 1 % des surfaces : Daisy, Magnum, Heraclea et SHC 1010, mais elles sont produites par un très petit nombre de producteurs. Tout comme les 12 autres variétés industrielles reprises dans l’enquête et qui n’atteignent pas le demi-pourcent de représentation, et parmi lesquelles se maintiennent Agria, Kingsman et Lady Claire (chips).

En variétés du marché du frais  : Nicola, Alegria, Annabelle et Jazzy dominent sans surprise, suivies par Gala, Charlotte, Jelly et Allians. Plusieurs variétés robustes disparaissent (Ecrin, Zen, Muse et Tentation), d’autres apparaissent (Vitabella, Otolia, Carolus…).

83 % sous contrat en Wallonie

Selon l’enquête, la production wallonne de pommes de terre de conservation 2022 (toutes variétés confondues) est sous contrat à hauteur de 83 %. C’était 78 % l’an dernier, et 84 % en 2020. La moyenne des 5 dernières années s’élève à 75 %. Par rapport à l’an dernier, les rendements moins élevés augmentent de facto la part contractée dans la production initiale. La hausse des prix des contrats (en moyenne de 2,50 à 3,00 €/q) a visiblement su convaincre les producteurs de signer. En tenant compte de la légère hausse des surfaces et du moindre rendement, on peut considérer que les volumes contractés par les producteurs wallons sont similaires à l’an dernier. Plus en détail par variété : Bintje est contractée à 50 %, Challenger à 77 %, Fontane à 82 %, Innovator à 93 % et les autres variétés de conservation à 86 %.

Contre 64 % en Flandre

Le PCA/Inagro a contacté 127 agriculteurs, pour 4.400 ha, soit 8,6 % de la surface totale des pommes de terre de consommation. Les surfaces de hâtives remontent vers 6.650 ha contre 6.300 ha l’an dernier et 7.200 ha en 2020 ; Amora domine le segment, devant Première.

En variétés de conservation, le trio de tête est dominé par Fontane (61 %, contre 59 % en 2021) largement devant Challenger (6 %), Innovator (6 %), Bintje (6 %), et Markies (6 %). Viennent ensuite Felsina (4 %), Agria (2 %), VR808 (2 %) et SH C 909 (2 %). Les variétés pour le marché du frais restent très marginales.

La production flamande de pommes de terre de conservation (toutes variétés) est contractée à seulement 64 % (toutes variétés), identique à l’an dernier, contre 71 % en 2020, et 66 % en moyenne des 5 dernières années. Bintje est contractée cette année à 55 % des volumes produits, Fontane à 62 %, Challenger à 67 % et les autres variétés de conservation à 68 %, tous ces pourcentages étant en très légère hausse par rapport à l’an dernier.

Au 10 novembre il restait environ 0,3 % des surfaces à récolter en Flandre.

3,97 millions de tonnes en 2022

Compte tenu des proportions de surfaces et des rendements par variétés principales, la production brute totale 2022 de pomme de terre de consommation belge (hâtives comprises) est estimée à 3,97 Mt, en baisse de 260.000 tonnes (soit -6,1 %) par rapport à l’an dernier. Elle est inférieure à la moyenne des 3 (4,32 Mt) et des 5 dernières années (4,30 Mt).

Le rendement moyen brut 2022 sortie champ (hâtives comprises) est évalué à 42,9 t/ha. C’est moins que l’an passé (47,4 t/ha), et que les références pluriannuelles sur 3 ou 5 ans (+/- 45,5 t/ha).

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Le suivi des parcelles de référence a montré très peu de tare « pomme de terre » (vertes, difformes, crevassées, pourries, flottantes…) cette année. Notons que l’enquête n’a pas confirmé des rendements moyens meilleurs en Flandre qu’en Wallonie (ce que laissaient paraître les parcelles de référence). Toutes variétés de conservation confondues le rendement moyen en Flandre (43,6 t/ha) est similaire à celui en Wallonie.

La production 2022 de hâtives est évaluée à 270.000 tonnes. Tout comme en 2021, Fontane fournit près de 55 % de la production belge. Les productions d’Innovator et de Challenger sont très semblables ; Bintje est devenue marginale.

Selon l’enquête, 73 % du volume produit en Belgique en variétés de conservation est contracté. C’est un peu plus que l’an dernier (71 %) et moins qu’en 2020 (77 %). Fontane est contractée à 71 %, Innovator à 81 %, Challenger à 73 %, Bintje à 53 % et les autres variétés en moyenne à 78 %. Par rapport à l’an dernier, ces pourcentages sont en hausse (de 3 à 8 %) pour Fontane et Challenger, et en légère baisse pour les autres variétés.

Les stocks au 10 novembre

Toutes variétés confondues, les stocks belges de pommes de terre de conservation au 10 novembre sont estimés à 2,92 Mt. Il faut remonter à novembre 2019 pour retrouver un stock inférieur à 3,0 Mt mi-novembre. La moyenne des 3 et des 5 dernières saisons est de 3,23 Mt.

Le stock actuel représente 79 % de la production brute initiale, un peu plus bas que les moyennes pluriannuelles. La part contractée étant plus élevée, le stock libre s’élève à moins de 700.000 tonnes contre 920.000 t l’an dernier et 930.000 tonnes de moyenne sur les 3 dernières saisons.

Les marchés ont dégagé depuis le début de saison environ 780.000 tonnes, dont 330.000 tonnes achetées en libre, chiffre largement supérieur à toutes les années récentes (qui varient entre 180.000 et 250.000 tonnes).

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Fontane : Avec 1,87 Mt, le stock actuel de Fontane est un peu plus faible que ces 2 dernières années. La moyenne pluriannuelle de 3 ans est de1,84 Mt. Environ 270.000 tonnes de Fontane ont été dégagées depuis le début de la récolte (soit un peu plus que lors des 2 dernières saisons) dont 160.000 en libre ce qui est vraiment beaucoup par rapport à 2021 (90.000 tonnes) et 2020 (60.000 tonnes). Avec 100.000 tonnes dégagées, les ventes en libre sortie champ cette année ont été particulièrement intenses. Les stocks actuels représentent 88 % de la production initiale (très comparable aux 3 dernières saisons) et sont essentiellement contractés (66 % contrats, 22 % libre).

Innovator : Avec 290.000 tonnes, la production belge n’a jamais été aussi basse, résultat de la baisse continue des surfaces, et du rendement à peine correct (41,5 t/ha). Les stocks au 10 novembre sont estimés à seulement 210.000 tonnes (tonnage historiquement bas), soit 72 % de la récolte initiale, dont seulement 30.000 tonnes libres. Les marchés ont dégagé 80.000 tonnes depuis la récolte (volume intermédiaire entre les 2 dernières saisons), dont les 2/3 sous contrat.

Challenger : La diminution de surface et le rendement moyen (44,4 t/ha) mènent à une production initiale historiquement basse (290.000 t) dont 200.000 tonnes étaient encore en stock mi-novembre (70 % de la récolte). Ces stocks sont plus faibles que toutes les années récentes, les moyennes pluriannuelles étant autour de 300.000 tonnes. Plus des 2/3 de ces stocks sont déjà vendus de sorte que les volumes libres ne sont estimés qu’à 60.000 tonnes. Les marchés ont dégagé à ce jour surtout des volumes sous contrat (70.000 tonnes sous contrat contre 20.000 tonnes de libre).

Bintje : on sera prudent avec les chiffres de Bintje vu la part marginale qu’elle représente dans l’enquête. La production initiale est estimée à seulement 150.000 tonnes, dont 80.000 tonnes sous contrat. Les marchés ont dégagé seulement 30.000 tonnes (pour 2/3 sous contrat) de sorte que le stock actuel est évalué à 120.000 tonnes (pour moitié libre et pour moitié déjà vendu). Tous ces chiffres sont largement inférieurs aux années récentes.

Autres variétés (à frites, à chips et variétés du marché du frais)  : au 15 novembre, on estimait leur stock à 520.000 tonnes (soit 60 % de la récolte initiale), semblable à l’an passé, mais plus qu’en 2020 (430.000 t) et légèrement inférieur à la moyenne des 3 dernières années. Les volumes dégagés depuis le début des arrachages sont estimés à 330.000 tonnes, contre 280.000 tonnes l’an dernier et 320.000 t en 2020. Les stocks actuels sont à 86 % contractés, ce qui ne laisse que 70.000 tonnes de libre.

En bref

Dans la production belge, Fontane confirme sa très large domination avec 2,14 Mt à elle seule (soit 55 %), suivie par Challenger et Innovator (7,5 % chacune) et Bintje (4 %). Mais le groupe des « autres variétés » tend à s’alourdir pour représenter cette année plus de 20 % de la production nationale. Dans ce groupe figure notamment Markies qui tend à se développer.

Le rendement moyen (hâtives comprises) atteint 42,9 t/ha, sans véritable différence entre Régions (42,7 t/ha en Wallonie ; 43,6 t/ha en Flandre). Les principales variétés se tiennent d’assez près : Challenger 44,4 t/ha ; Fontane 43,3 t/ha ; Innovator 41,5 t/ha ; autres variétés de conservation : 44,0 t/ha. Il s’agit de rendements bruts sortie champ, mais la tare pommes de terre (vertes, difformes, crevassées, pourries…) est particulièrement faible cette année.

L’industrie de la transformation reste prudente dans ses achats vu les incertitudes multiples et les coûts en forte hausse dans toute la chaîne, mais il apparaît déjà clairement qu’elle aura besoin de toutes les pommes de terre fritables disponibles dans la zone NEPG-4.
L’industrie de la transformation reste prudente dans ses achats vu les incertitudes multiples et les coûts en forte hausse dans toute la chaîne, mais il apparaît déjà clairement qu’elle aura besoin de toutes les pommes de terre fritables disponibles dans la zone NEPG-4. - D.J.

Plus de volumes dégagés que l’an passé

Depuis le début des récoltes, les marchés ont dégagé des volumes plus grands que l’an passé, alors que les usines ont travaillé des hâtives jusqu’en octobre… Les volumes vendus sur les marchés libres ces 3 derniers mois sont particulièrement importants : le prix attractif (20,00 à 25,00 €/q) a su convaincre les vendeurs. Rappelons toutefois que des volumes considérables semblent avoir été vendus ces dernières semaines (à 25 €/q) pour livraison progressivement retardée (jusque janvier y compris) : ces volumes ont donc rejoint les tonnages contractés en avant-saisons dans les mains des acheteurs.

Les stocks au 15 novembre étaient évalués à environ 2,92 Mt, plus faibles que toutes les années récentes. Et il reste particulièrement peu de pommes de terre libres dans les hangars belges. La conservation se passe correctement jusqu’ici, même si des cas ponctuels difficiles sont signalés (taches humides, proportion élevée de flottantes et PSE bas dus à du boulage tardif (Fontane), nids de fanes humides, tubercules trop peu indurés…) qui nécessitent rarement une évacuation urgente.

Toutes les pommes de terre seront nécessaires… à condition de savoir les conserver

Alors que les besoins industriels se sont récemment renforcés avec l’ouverture de nouvelles lignes de transformation, la production belge 2022 n’apparaît donc pas du tout excessive. Pour appréhender toute la saison, il faut évidemment tenir compte de la très bonne production hollandaise, mais aussi des rendements français plus faibles que chez nous, et des rendements allemands similaires aux nôtres. L’industrie de la transformation reste prudente dans ses achats vu les incertitudes multiples et les coûts en forte hausse dans toute la chaîne, mais il apparaît déjà clairement (au vu du niveau de prix élevé maintenu dans la durée) qu’elle aura besoin de toutes les pommes de terre fritables disponibles dans la zone NEPG-4. Le défi est de les conserver en maîtrisant les coûts durant l’hiver qui approche.

D’après la Fiwap

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