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Ukraine : les pays limitrophes grincent des dents

Alors que le conflit s’enlise, le secteur agricole continue de trinquer. L’UE, qui a déjà beaucoup investi dans le soutien au système agroalimentaire ukrainien, a défini les contours de son aide future. En veillant à éviter les distorsions de concurrence par rapport aux productions des pays européens limitrophes…

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Pour en parler, un représentant de la commission est venu, la semaine dernière, devant le parlement européen. Il a brossé un état des lieux de la situation sur le terrain, évoqué les nouvelles pistes d’actions et rassuré plusieurs eurodéputés.

Le secteur de la volaille durement touché

On le sait, et il n’est jamais inutile de le rappeler, la production agroalimentaire ukrainienne paie un très lourd tribut à la guerre.

Les zones cultivées ont eu vu leurs rendements se réduire telle une peau de chagrin dans certaines régions, tout comme la disponibilité des intrants, sans compter la raréfaction de l’énergie en raison des bombardements sur les installations électriques du pays.

De nombreux équipements, mais encore des têtes de bétail ont été anéanties et près de 10 milliards de dollars seront nécessaires pour relancer le secteur.

Les poulaillers situés à l’est de l’Ukraine ont été décimés. Faute d’énergie pour les nourrir, beaucoup d’animaux sont morts. En dix mois, le nombre de poulets élevés s’est réduit de 14 %. La volaille de chair a diminué de 74.000 tonnes.

Les récoltes en berne

Les conséquences sur les récoltes se font, quant à elles, lourdement sentir. « Avant la guerre, l’Ukraine représentait 10 % du commerce mondial du blé et plus de la moitié de celui du tournesol » a indiqué le représentant de la commission.

On peut aussi rappeler que six millions de tonnes de grains ont été volées par les Russes, soit l’équivalent d’un milliard €.

Plus généralement, la récolte de céréales va s’effondrer d’environ 40 % cette année par rapport à 2021. Après 106 millions de tonnes récoltées en 2021, un record historique, cette année, l’Ukraine pronostique une récolte 2023 de l’ordre de 64 à 65 millions de tonnes.

Les coûts de production sont par ailleurs devenus exorbitants. Les agriculteurs doivent payer jusqu’à 70 dollars de plus par tonne de maïs récolté. « Pour certains, il s’avère plus efficace et moins cher de laisser le maïs sur champ ».

« Les voies de solidarité, une grande réussite pour l’UE »

Des bouleversements ont par ailleurs lieu au niveau des systèmes d’échanges, les exportations ayant diminué au même rythme que celui de la production.

Afin de pallier ces perturbations, l’UE a initié, en mai 2022, un dispositif logistique, baptisé « Voies de solidarité » pour faciliter les exportations de produits ukrainiens et offrir ainsi une solution de rechange, par voie fluviale, routière et ferroviaire, aux blocages des ports de la mer Noir par la Russie.

« 55 % de la production ukrainienne transitent par ces voies alternatives : 1,5 million de tonnes a été transporté via le Danube et ses affluents, 1,1 million de tonnes par le rail et 500 tonnes par la route » a détaillé le représentant de l’Exécutif, ajoutant qu’il s’agit là d’une « grande réussite à mettre au crédit de l’Europe ».

L’UE a par ailleurs déjà fourni 13.000 générateurs électriques à l’Ukraine.

Afflux de céréales ukrainiennes sur le marché intérieur

La commission a reconnu le coût de cette opération et, surtout, les inquiétudes, voire plaintes de pays limitrophes de l’Ukraine (Pologne, Roumanie, Bulgarie) qui dénoncent l’afflux de céréales ukrainiennes, en hausse de 148 % vers le marché intérieur depuis le mois de mai, mais aussi de colza ou de viande. Une partie de ces produits moins chers reste bloquée dans ces marchés et crée des distorsions de concurrence par rapport aux productions locales.

Plusieurs eurodéputés ont appelé la commission à prendre de façon urgente des mesures concrètes pour aider les agriculteurs en difficulté.

« Cette situation est catastrophique dans certaines régions, c’est même la survie de nombreuses exploitations agricoles qui est remise en question », a alerté l’un d’eux tandis que l’ancien commissaire à l’Agriculture Dacian Ciolos s’est inquiété de l’impact sur le long terme de ces perturbations de marché dans les pays de l’UE mais aussi dans les pays tiers tels que la Moldavie.

Il y a quelques semaines, le commissaire Wojciechowski avait pourtant estimé que ces céréales n’avaient pas d’impact destructeur ou négatif sur les marchés de l’UE, d’autant plus que la récolte européenne de maïs a été largement touchée par la sécheresse estivale. Selon la commission, la production a chuté de près de 27 %, soit 20 millions de tonnes de moins, par rapport à la moyenne de l’année dernière.

Un argument qui ne convainc ni n’apaise les pays frontaliers de l’Ukraine, loin s’en faut.

Priorité au transport fluvial et ferroviaire

Conscient du problème, le représentant de la commission a annoncé que le développement des voies fluviales et ferroviaires sera dorénavant privilégié « car elles entraînent moins de perturbations sur les marchés locaux que le transport par voie routière ».

Il a aussi affirmé que la commission avait pour objectif d’investir afin d’améliorer la logistique ainsi que les capacités de stockage.

Avant d’assurer que « les nouvelles infrastructures de transport bénéficieront aux pays de l’UE voisins de l’Ukraine car c’est tout un nouveau marché qui sera créé à long terme ».

Cette question sera notamment à l’ordre du jour du premier conseil des ministres européens de l’Agriculture sous présidence suédoise prévu le 30 janvier et sera également abordée lors du sommet entre l’UE et l’Ukraine qui sera organisé à Kiev le 3 février prochain.

Marie-France Vienne

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