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La production de chicons, pas toujours simple cette année

Nous avions abordé la production de racines de chicons dans l’édition du 10 novembre. Il y était question des particularités de la saison de production 2022. Nous avons rappelé que la qualité des racines influence directement et grandement la production des chicons lors du forçage.

Temps de lecture : 7 min

Chaque année culturale a ses caractéristiques particulières, et 2022-2023 n’échappe pas à la règle. Les conditions météorologiques de la fin de l’été et l’automne ont été propices au redémarrage tardif de la minéralisation des matières organiques du sol. Les qualités des racines récoltées en automne dernier influencent la production actuelle du chicon. Les conditions de forçages sont très importantes également.

Parmi les difficultés à surmonter rencontrées par les maraîchers cette année, plusieurs ont une cause physiologique. Nous aborderons cette fois trois d’entre elles : le bleuissement, le rougissement et l’axe brun.

Toutes les forceries sont concernées, mais les techniques correctives sont différentes selon la qualité des sols où furent produites les racines et le type de forçage.

Les variétés ont des caractéristiques de sensibilité différente (Cf. édition du 10 mars 2022).

Le bleuissement est un défaut fréquent en forçage improvisé dans les fermes maraîchères très diversifiées.
Le bleuissement est un défaut fréquent en forçage improvisé dans les fermes maraîchères très diversifiées.

Les chicons bleus

Le bleuissement du chicon est une altération physiologique qui peut être déplorée dans des séries de cas, en couche traditionnelle et en hydroponie. Dans ces deux situations, les causes sont quelque peu différentes, en apparence.

En couches traditionnelles

Lors de la découverte de la couche, à la fin de la période de forçage ou lors d’une observation intermédiaire durant le forçage, le maraîcher constate que les chicons ne sont pas uniformément blancs bordés de jaune pâle, mais que les zones les plus épaisses des feuilles présentent un aspect légèrement noirâtre. Les feuilles extérieures comme celles de l’intérieur du chicon sont concernées. Dans la couche, des zones présentent les symptômes sur pratiquement tous les chicons, alors qu’ailleurs les légumes sont pratiquement indemnes.

Une cause fréquente est un manque d’irrigation du chicon. Ce manque d’eau peut trouver son origine à plusieurs niveaux, dont, par ordre logique :

1.  il n’y a pas ou trop peu d’eau disponible dans le sol. Ce cas n’est pas si rare, surtout pour ceux qui commencent dans la production de chicons de terre et qui ne s’aident pas d’instruments de mesure de l’humidité du sol (tensiomètre…) ;

2.  il n’y a pas de radicelles en suffisance pour prélever l’eau disponible du sol. Ce cas se produit surtout pour les premiers forçages de l’automne, lorsque les températures favorisant la croissance de chicon sont encore élevées et que les racines n’ont pas assez de temps pour former des radicelles dans le sol de la couche. Idéalement, la température de la couche devrait être maintenue à une douzaine de degrés durant une dizaine de jours après l’encouchement pour que la formation des radicelles soit suffisante avant que ne débute la chauffe du sol à une vingtaine de degrés pour le forçage. Les racines qui se sont déshydratées durant le stockage forment plus difficilement des radicelles et peuvent dont produire plus de bleuissement du chicon ;

3.  si la solution du sol est trop riche en sels, les radicelles se forment mal, elles se nécrosent avant d’avoir assuré une absorption suffisante d’eau. Nous rencontrons ce cas, notamment, sur les couches improvisées dans des serres maraîchères insuffisamment arrosées, depuis l’été dernier ;

4.  de l’eau est présente en suffisance et les radicelles sont bien actives, mais l’eau n’arrive pas vite assez dans le chicon. Plusieurs cas peuvent être rencontrés :

– la maladie du tabac : le mycélium d’un champignon (Verticillium dahliae, notamment) colmate les vaisseaux de sève ascendante. Les signes de flétrissement sont souvent déjà visibles au champ de production de racines, lors des journées bien ensoleillées. À la coupe des racines atteintes, on peut constater le brunissement anormal de l’anneau vasculaire.

– un important déséquilibre nutritionnel au champ de production des racines peut avoir des conséquences comparables, mais sans brunissement visible de l’anneau vasculaire

– le sol de la couche est froid (les radicelles travaillent mal) et les collets des racines sont chauds (le chicon pousse vite et exige trop d’eau par jour).

– des attaques importantes du puceron des racines affaiblissent les racines au point de mettre à mal les résultats ultérieurs en forcerie. (SB du 15 septembre 2022).

La parade sera de repérer l’origine probable du problème et bien sûr d’y remédier.

En hydroponie

Les chicons bleus peuvent aussi être observés en hydroponie. Il peut s’agir alors d’une alimentation trop riche en fer. Le fer réduit est absorbé en excès et les chicons prennent un aspect généralement noirâtre. Cette absorption excessive de fer peut être provoquée par un pH de l’eau trop bas. Une correction de celui-ci peut donner des résultats positifs très rapides.

Le forçage hydroponique demande une haute technicité mais sa souplesse permet de  s'adapter à des défauts mineurs des racines.
Le forçage hydroponique demande une haute technicité mais sa souplesse permet de s'adapter à des défauts mineurs des racines.

Les chicons rouges

L’altération physiologique donnant une coloration rouge ou brunâtre de la base des feuilles du chicon peut être déplorée dans les systèmes de forçage en couches comme en hydroponie. La nervure centrale des feuilles du chicon montre le plus fort rougissement. Les forçages de début de saison sont les plus atteints.

Les causes sont multiples et se combinent :

1.  les champs de production des racines trop riches donnent le plus de risques. Le lien avec les teneurs en nitrate est démontré (K. Van Nerum, 1985) ;

2.  les semis trop clairs donnant des populations trop faibles donnent des racines trop bien nourries en minéraux ;

3.  d’abondantes précipitations en fin d’été favorisent une reprise tardive de la minéralisation des réserves organiques du sol. Comme ce fut le cas en 2022 ;

4.  les champs de production de racines aux teneurs faibles en potassium produisent des racines plus sensibles. Idéalement, les sols pour produire des racines de chicons devraient avoir une teneur supérieure à 16 mg/100 g de sol et même plus si la teneur en magnésium est élevée ;

5.  la terre de couverture trop chaude (en serres au début de l’automne, par exemple) favorise l’expression des symptômes ;

6.  en hydroponie, une légère remontée de la conductivité électrique de la solution nutritive (jusqu’à 2,5 – 3 mS/cm), assortie d’une légère baisse de l’hygrométrie de l’air permet de réduire le rougissement du chicon ;

7.  la sensibilité à cet accident physiologique est une caractéristique variétale ;

8.  les débuts d’attaques de bactérioses montrent des symptômes semblables mais qui sont très évolutifs, contrairement aux seules altérations physiologiques. Une attaque de Botrytis peut également donner les premiers symptômes de rougissement, mais se rencontre peu fréquemment en pratique ;

9.  en couches, lorsque la terre de couverture est sableuse, les grains de silice peuvent rayer les feuilles extérieures du chicon ;

10.  il ne faut pas confondre le rougissement déjà présent sur les chicons en forcerie et la lésion due aux manipulations lors de la récolte du chicon et son parage. Cette dernière est superficielle et touche surtout la ou les feuilles extérieures.

La demande de chicons de terre reste très forte auprès des fermes diversifiées.
La demande de chicons de terre reste très forte auprès des fermes diversifiées.

L’axe brun

L’axe du chicon se colore de brun en son centre et sur une longueur qui peut aller jusqu'à plusieurs centimètres dans les cas les plus marqués. C’est le signe d’une carence de ses tissus en calcium. Cet élément peu mobile dans la plante doit idéalement être présent en quantité suffisante dans la racine avant la mise en forcerie.

La qualité des racines est déterminante dans la réussite de la culture.
La qualité des racines est déterminante dans la réussite de la culture.

Pour que cette teneur soit suffisante, il faut que le sol soit suffisamment pourvu (c’est généralement le cas en Wallonie) et que l’enracinement explore le sol suffisamment bien. Cela signifie une bonne structure de sol avant le semis. Il en fut question dans notre édition du 9 janvier.

Un profil de sol homogène et sans semelle de labour est favorable pour obtenir des racines nourries correctement en eau et donc en sels minéraux. En cas de mauvais enracinement dû à une dégradation de la structure de sol, l’exploration du profil par les radicelles sera limitée, ce qui est défavorable à l’alimentation en calcium de la plante au champ.

La conséquence sera une teneur insuffisante des racines et des problèmes importants au forçage (différentes altérations physiologiques touchant entre autres la coloration excessive de l’axe du chicon et la nécrose marginale des feuilles).

Les apports correctifs de calcium en forcerie sont toujours plus compliqués. Notons que la sensibilité à former de l’axe brun est aussi une caractéristique variétale qui est nettement améliorée dans les sélections présentées actuellement.

F.

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