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Le moment idéal pour produire ses propres plants d’aubergine

Culture d’été par excellence, l’aubergine peut intégrer le potager en mai, en acquérant des plants à repiquer. Mais il est également possible de produire dès maintenant ses propres plants, afin de mener la culture de A à Z, de la graine à la récolte. Pour parvenir à cette dernière étape sans encombre, veillons toutefois à apporter les soins nécessaires à la culture, en matière de fertilisation, d’arrosage et de protection contre les nuisibles.

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Pour produire de l’aubergine au jardin pendant l’été, il est temps de la semer. Son cycle de végétation jusqu’aux premiers fruits est plus long que celui de la tomate. Nous sèmerons donc plus tôt pour obtenir des plants forts et précoces. Comme la température nécessaire pour la germination est élevée, nous devrons disposer d’un moyen de chauffage. Les semis près d’une fenêtre de la maison orientée à l’est à l’ouest est une solution. Une serre munie d’un chauffage en est une autre.

Pour la culture proprement dite, l’idéal est de disposer d’une serre ou, au moins, d’une situation favorable pour avoir de la température suffisante. En plein air, une bonne exposition vers le sud est requise.

La culture peut être réalisée en bacs. Il est alors possible de placer ceux-ci sous abris et de ne les sortir que fin mai.

Les hybrides, mieux adaptés

Le choix variétal est largement couvert par des hybrides, mieux adaptés aux cultures sous abris. Ces variétés sont généralement dépourvues d’épines. Des variétés lignées sont toujours disponibles dans les catalogues. Dans notre région, choisissons les variétés précoces. Elles augmentent les chances d’une récolte à partir du milieu de l’été.

La ‘Violette de Barbantane’ est une variété lignée précoce qui donne des fruits mauves brillant d’environ 20 cm de long. ‘Avan F1’, ‘Bonica F1’ sont deux noms parmi d’autres hybrides.

Nous trouvons d’excellentes variétés aux fruits longs, demi-longs, demi-courts ou courts. La couleur classique est le violet foncé, des alternatives existent, notamment de couleurs ivoire, rayées et jaune.

Lorsque la rotation dans la serre est plus courte que quatre ans, nous pouvons voir apparaître à la longue des nématodes, la verticilliose, des fusarioses et le « Corky-root ». La greffe sur sujet tolérant peut être une solution si la rotation ou le déplacement de la serre maraîchère ne peuvent pas être appliqués. Dans les serres ou les jardins aux cultures diversifiées, ce problème reste limité, les plants sans greffe suffisent.

Produire ses propres plants

Nous pouvons acheter les plants auprès d’une entreprise spécialisée en mai. Mais nous pouvons aussi élever nos propres plants si nous disposons de surfaces d’abris chauffées. Il s’agit de pouvoir garder 20ºC la nuit et 24ºC le jour jusqu’à la levée et le repiquage, puis 18ºC et 22ºC jusqu’au stade 3 feuilles et enfin 18ºC et 20ºC jusqu’à la plantation.

Pour pouvoir planter en serre à la mi-mai, les semis seront planifiés de fin février à début mars. Nous semons en terrines ou directement en mini-motte à 28-30ºC en espérant une germination en trois jours et une levée en une semaine.

Nous repiquons en mottes pressées ou en godets dix jours après la levée, au stade cotylédons étalés – apparition de la première feuille. La lumière est importante pour garder de plants bien trapus : distançons ceux-ci pour qu’ils n’entrent pas en compétition pour la lumière, sur une surface de couleur claire de préférence. La température d’un appartement où la température est de 20ºC puis 18ºC est parfaite. En serre chauffée, aérons pour que la différence de température entre la nuit et le jour ne dépasse pas 10ºC.

Comptons 70 jours d’élevage avant la plantation en serre de production des plants au stade 4 à 6 feuilles. Cette longue période d’élevage impose l’emploi de contenants de grand volume ou des mottes de 10 cm de côté.

Pour éviter des variations néfastes de température, utilisons de l’eau d’arrosage tempérée. Ce point est très important pour la réussite de la culture. Remplissons les arrosoirs à l’avance pour que l’eau prenne la température de la maison ou de la serre.

Un sol décompacté et paillé

L’enracinement de l’aubergine est puissant, mais il se développera d’autant mieux que le sol est décompacté sur une trentaine de cm.

Nous préparons le sol pour constituer de légers ados d’une largeur de 1,2 m. Nous paillons pour garder l’humidité dans le sol. De cette façon, le sol est plus chaud, l’évaporation d’eau prenant des calories au sol.

Ne pas enterrer le collet

Les emplacements pour les plants sont aménagés tous les 0,5 m au milieu de l’ados en vue de l’obtention d’une densité de plantation de près de 1,3 à 1,7 plant/m². Peu avant la plantation, les emplacements sont bien mouillés.

La plantation se fait en enfonçant dans le sol la moitié ou les deux tiers de la motte. Le collet n’est pas enterré pour limiter les risques de maladies du collet.

D’importants besoins en fertilisation et en eau

Les exportations seront importantes parce que constituées d’une part des fruits et d’autre part des charpentes aériennes qui seront évacuées en vue du compostage. Les besoins sont de l’ordre de 260 unités de N, 70 unités de P2O5, 260 de K2O, et 40 de MgO.

Nous incorporons au sol l’équivalent de 5 kg de fumier ou de compost bien mûr par m². Comme la quantité est importante, assurons un bon mélange avec la terre afin d’éviter des poches de fumier non mélangé.

Évitons d'avoir des fruits cachés par des feuilles, n'hésitons pas à enlever une feuille âgée.
Évitons d'avoir des fruits cachés par des feuilles, n'hésitons pas à enlever une feuille âgée.

Les besoins en eau sont importants pour le rendement final et la qualité. Le manque d’eau se traduit par des chutes de fleurs et un manque de coloration des fruits. Pour éviter l’asphyxie de la zone racinaire, l’emploi de goutte-à-goutte est une solution, ou des arrosages plusieurs fois par semaine.

La quantité d’eau par m² à prévoir, tenant compte de la présence du paillage, est de l’ordre de 3 l/jour/m². Surtout lors des premières semaines de culture, mais idéalement tout au long de la saison de production, rappelons qu’il est conseillé d’utiliser de l’eau d’arrosage tempérée.

Une fleur par inflorescence

À la plantation, si la température du sol est plus basse que 18ºC, il peut être intéressant d’installer des mini-tunnels dans la serre ou un double voile sur les plantes pour gagner quelques degrés. Il n’y a guère de croissance racinaire sous 15ºC.

L’aération de la serre est réglée en se basant sur une température optimum de croissance de 25 à 30ºC (pas de croissance foliaire sous 12ºC) et une humidité relative de 50 à 65 %.

Le manque de lumière influence négativement la réussite de la culture.

La croissance de l’aubergine se fait d’abord sur une tige puis des tiges latérales produisent également. La croissance et la floraison sont continues. En pratique, la production de fruits se fait par vagues.

Le principe de culture est de laisser se développer 2 à 3 tiges par plants en vue d’obtenir 4 à 5 bras par m². Pour y arriver, nous conservons une tige secondaire sous chacune des deux fleurs de chacune des deux premières inflorescences.

Selon l’ampleur de la variété, les tiges sont laissées libres ou sont palissées sur des cordes. Il est important que la lumière puisse atteindre toutes les parties de la plante. Nous laissons une densité de bras moins élevée si la serre est ombrée à certains moments de la journée.

Nous pouvons palisser en haie en tendant deux fils de fer de part et d’autre du rang qui sont fixés à des piquets à 70 cm de hauteur. Une autre méthode consiste à tendre les 2 à 3 branches en V grâce à des ficelles tenues depuis des fils tendus en partie supérieure de la serre.

Nous ne laissons qu’une fleur par inflorescence pour favoriser le développement rapide et suffisant des fruits.

La fécondation se fait par les insectes pollinisateurs ou par vibrage mécanique, comme en tomate. Mais la floraison survient plus tard que chez ces dernières, les insectes pollinisateurs sont alors très actifs.

Contre les maladies et ravageurs

Le contrôle de la température et de l’humidité résout pas mal de problèmes de mildiou et de Botrytis. Le respect d’une rotation de 4 ans est une bonne technique pour les maladies et parasites liés au sol.

La pourriture du collet, due entre autres à Pythium, est réduite si le collet reste bien au-dessus du sol à la plantation.

Le feuillage est surveillé attentivement, notamment en face inférieure. Il s'agit notamment de repérer rapidement l'évolution des populations d'aleurodes et d'acariens.
Le feuillage est surveillé attentivement, notamment en face inférieure. Il s'agit notamment de repérer rapidement l'évolution des populations d'aleurodes et d'acariens.

Contre les acariens phytophages, le bassinage du feuillage diminue la pression des populations si nous commençons les interventions dès le début de leur développement. Nous bassinons quelques minutes seulement, deux fois par jour si possible. Nous laissons 4 heures sans bassinage entre le départ de la rosée matinale et le premier bassinage et autant entre le dernier bassinage et l’heure attendue de la rosée nocturne, pour ne pas favoriser Botrytis.

Contre les aleurodes, en effeuillant les trois feuilles basales toutes les quatre semaines, nous enlevons les larves âgées. Nous pouvons aussi essayer de laisser pendre des pièges jaunes à glu.

Les doryphores ne sont pas souvent considérés comme des ravageurs importants chez nous., Cependant, des attaques ponctuellement importantes ont été repérées, notamment en 2017. Les cueillettes de larves peuvent être organisées, les poules les adorent.

Les thrips posent parfois des problèmes de surpopulation. Nous installons alors des panneaux bleus englués entre les plantes, à raison d’un panneau par serre d’amateur.

Enfin, la récolte !

Nous récoltons quand les fruits ont une coloration presque noire, uniforme, brillants.

La récolte se fait au sécateur ou à la serpette.

F.

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