Les forêts et forestiers face aux changements climatiques

L’adaptation aux changements climatiques représente un défi colossal pour les sylviculteurs, qui devront veiller à choisir au mieux les stations les plus favorables pour les essences les plus aptes à supporter lesdits changements. M. de N.
L’adaptation aux changements climatiques représente un défi colossal pour les sylviculteurs, qui devront veiller à choisir au mieux les stations les plus favorables pour les essences les plus aptes à supporter lesdits changements. M. de N.

Année agricole et forestière oblige, (Demo Forest, les 1 et 2 août en forêt de Bertrix) et les changements climatiques étant une réalité avec des impacts sur ces deux secteurs, le choix du thème s’est naturellement imposé : « en 2017, cultivons le climat ! »

Il n’y a pas que le feu au climat !

Depuis l’aire industrielle, l’utilisation des énergies fossiles par l’homme a augmenté la proportion de gaz à effet de serre dans l’atmosphère : vapeur d’eau, dioxyde de carbone, ozone, méthane… Cette couche de gaz retient davantage les rayonnements solaires entraînant un réchauffement en été comme en hiver.

Toutes les observations confirment un réchauffement significatif depuis environ 50 ans. Plusieurs scénarii de modélisation annoncent une augmentation de 1,5ºC à 3ºC d’ici la seconde moitié du XXIe siècle en selon les hypothèses. Et si les prévisions sur la pluviométrie sont plus difficiles à élaborer, on peut s’attendre à une augmentation des périodes de sécheresse estivale.

Plus de doute, le réchauffement climatique est jugé extrêmement probable et il s’accélère plus vite que prévu : l’élévation des températures résulte de vagues de chaleur et de périodes de sécheresse plus fréquentes, mais aussi d’hivers moins rigoureux.

Mais couplé au réchauffement thermique, il faut plutôt parler de changements climatiques car diverses conséquences sont bien réelles en forêt, que Pascal Balleux, président de la Commission forestière de Libramont, décrit comme suit :

– en été, une plus grande fréquence de températures élevées et de périodes de sécheresse, des sols plus secs d’où une transpiration plus élevée des arbres et arbustes et signes évidents de flétrissement ;

– en hiver, un temps plus doux, une augmentation des pluies hivernales et des sols plus humides. Et en conséquence, une levée insuffisante de la dormance des graines, des risques accrus de tassement des sols lors des exploitations ou travaux mécanisés, des germinations irrégulières de semences pourries ;

– une avancée significative des dates de débourrement et de floraison des arbres et la chute plus tardive des feuilles ; cette évolution entraîne des risques accrus de gelées précoces ou tardives ;

– un allongement des périodes de végétation : productions ligneuses supérieures tout en observant des tendances inverses vu l’augmentation des déficits hydriques en été ;

– des événements climatiques extrêmes (sécheresses, vents forts, tempêtes) plus fréquents et plus intenses : essences et peuplements affaiblis, déstabilisés, voire en rupture, avec des conséquences pour la productivité, le paysage et la biodiversité ;

– la prolifération et la recrudescence des attaques de champignons et d’insectes ravageurs : renforcement des crises de dépérissements.

Des peuplements plus adéquats : pas si facile !

L’adaptation aux changements climatiques représente un défi décisif pour l’avenir de nos forêts : les sylviculteurs doivent apporter des solutions concrètes pour adapter la forêt à cette évolution du climat. De toute évidence, les arbres en bonne santé et sur une station adaptée pourront mieux supporter ces changements. L’arbre sera d’autant plus capable de faire face qu’il grandira sur un sol et une station favorables.

« La promotion et l’optimisation de la gestion durable des forêts peuvent non seulement réduire les risques posés par le changement climatique, mais aussi créer des opportunités pour la production de bois de qualité, la restauration de forêts mal adaptées et peu résilientes, la conservation d’habitats diversifiés ou rares. Des nouvelles politiques, stratégies et pratiques forestières sont ou doivent être en marche », poursuit Pascal Balleux.

Utiliser du bois local améliore largement le bilan carbone (réduction des déplacements, gestion forestière durable) mais aussi le bilan socio-économique de la région.
Utiliser du bois local améliore largement le bilan carbone (réduction des déplacements, gestion forestière durable) mais aussi le bilan socio-économique de la région. - M. de N.

Par exemple, la révision du choix des essences ou des provenances peut apparaître comme la mesure d’adaptation la plus concrète. Cependant une telle approche soulève de nouvelles questions :

– quand mettre en œuvre cette transformation des peuplements ?

– faut-il envisager et tester l’introduction d’essences exotiques, ou plutôt préférer des provenances plus résistantes à la sécheresse avec les essences en place ?

– ne risque-t-on pas de sous-estimer les facultés d’adaptation des espèces et des écosystèmes en place ?

Principe de précaution élémentaire pour prévenir les risques : régénérations naturelles et plantations mélangées !

Des mesures préventives, voire immédiates

Le rôle des forestiers est d’encadrer l’évolution naturelle de la forêt avec des techniques sylvicoles adaptées, moins coûteuses et plus performantes pour favoriser des peuplements plus sains, plus productifs et plus résilients.

Parmi les bonnes pratiques forestières face aux changements climatiques, le président de la commission forestière de Libramont cite notamment les dispositions suivantes :

– régénérer naturellement ou planter des essences de provenance mieux adaptée au milieu, d’autant plus si celles en place sont en limite ou hors station ;

– favoriser le mélange d’essences : diversifier à l’échelle des parcelles ou des propriétés pour réduire les risques biologiques, sanitaires et économiques tout en assurant des chantiers d’exploitation performants ;

– mieux interpréter l’état sanitaire d’arbres en voie de dépérissement pour bien distinguer les pertes de vigueur irréversibles ou réversibles ;

– mettre au point des sylvicultures économes en eau : favoriser des futaies claires et appliquer des méthodes de nettoyage du terrain, d’amélioration du sol ou de dégagement limitant la concurrence des tapis denses de graminées ou d’épais couverts de ronces ou de fougères ;

– limiter les facteurs d’affaiblissement des peuplements : pour les chantiers de bois énergie, ne pas surexploiter les stations fragiles, interdire les coupes et exportations d’arbres entiers en raison de la très forte teneur des branches en éléments minéraux, et envisager des amendements de restauration pour de stations très pauvres ;

– réaliser des éclaircies d’intensité supérieure pour favoriser des peuplements plus stables et une croissance plus régulière ;

– toujours préserver les sols et éviter leur tassement : pour les sols limoneux ou argileux saturés en eau, très sensibles, aménager des cloisonnements d’exploitation où les engins sont strictement cantonnés et favoriser le téléphérage aérien dans les fonds humides, etc. Privilégier le débardage à cheval sur les sols sensibles au compactage.

L’arbre au service des espaces agricoles

« Les arbres implantés hors forêt, tant en milieu agricole que dans l’environnement urbain, jouent aussi un rôle crucial dans l’adaptation aux changements climatiques », relève Pascal Balleux.

Et de citer plusieurs atouts. L’effet brise-vent de l’arbre présent en terrain agricole limite les stress climatiques sur les cultures intercalaires et induit des gains de rendement. En cas de fortes chaleurs, l’ombre des arbres a des effets positifs sur les cultures : elle allonge la durée de vie des feuilles, diminue l’évaporation et réduit la température de surface. Ces trois effets se combinent et compensent partiellement l’effet négatif de l’ombrage. Quant au bétail, il profite d’un microclimat et ses productions laitières et viandeuses augmentent.

L’arbre agricole participe à la qualité des paysages et du cadre de vie rural ; par son enracinement profond, il régule et épure des eaux. La chute des feuilles accroît le taux de matière organique dans le sol : cet apport est bénéfique à sa structure, à sa rétention en eau, au stockage du carbone, et à la lutte contre l’érosion. Il contribue aussi au support de la biodiversité et produit du bois, matériau et source d’énergie renouvelables.

Bois et forêt, contributeurs positifs !

Face aux changements climatiques, il convient de limiter le développement de la consommation des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et favoriser la séquestration du carbone.

« Consommons du bois, et mieux encore, du bois local via des circuits courts : l’emploi de proximité constitue aussi un enjeu prioritaire ! ».

La forêt y contribue : la photosynthèse d’un arbre prime sur sa respiration et il capte ainsi plus de carbone qu’il n’en émet ; une forêt en croissance fixe le carbone de l’air. Et le bois est aussi concerné par ces deux aspects : en effet, il est constitué, à l’état sec, pour moitié environ de carbone puisé dans l’atmosphère, ce qui en fait un épurateur de l’air et une source d’énergie renouvelable et substituable aux énergies fossiles.

L’usage accru du bois, matériau à la fois traditionnel, moderne et en devenir, contribue donc à l’atténuation du réchauffement climatique : matériau isolant, recyclable, sobre en ressources fossiles, stockage du carbone…

« Consommons du bois, et mieux encore, du bois local via des circuits courts : l’emploi de proximité en constitue aussi un enjeu prioritaire ! », notre Pascal Balleux.

La filière bois au cœur de l’exposition thématique

Vitrine de la ruralité et de la gestion durable en forêt et en champ, la foire de Libramont relaie les enjeux liés à l’avenir de l’agriculture et de la forêt : expositions thématiques, animations interactives, tables rondes, vitrines de démonstrations animées en forêt.

L’exposition forestière disposée dans le hall 3 à la foire de Libramont communiquera notamment sur quatre enjeux majeurs pour la filière forêt-bois : favoriser des forêts plus résistantes et plus diversifiées, produire plus et mieux au moindre coût, promouvoir les bois locaux, développer des nouveaux produits en circuit court.

Au sein de l’exposition thématique, le jeu familial parents-enfants «  Climatic Pursuit » sera animé par le Centre provincial d’enseignement agronomique de la Reid. Articulée en 4 pôles (connaître, produire, atténuer, s’adapter), cette activité permettra de découvrir les liens entre les productions agronomiques et forestières et la problématique du réchauffement climatique ; isoler son habitation à l’aide de matériaux issus des productions agronomiques, atténuer ses émissions de gaz à effet de serre au sein d’une exploitation agricole ou choisir des essences forestières appropriées aux variations du climat seront des exercices proposés parmi bien d’autres questions… Chacun a un rôle à jouer pour dire « stop au réchauffement climatique » !

Ministères et administrations compétents, organismes de recherche et de formation, associations et fédérations, entreprises et indépendants exposent leurs connaissances et savoir-faire. Les messages visent la promotion de la filière forêt-bois : amélioration de la production forestière, mobilisation du bois, promotion des formations et métiers, recherche de l’équilibre entre économie, écologie et qualité de vie.

Propos recueillis par M. de N.

L’arbre agricole: statut et gestion

Le samedi 29 juillet, à 14h, dans le hall 3, salle LEC1 du Centre de conférences (Libramont Exhibition & Congress), le statut et la gestion de l’arbre agricole seront au cœur d’une conférence-débat organisée dans le cadre des « Agro forêt business club ».

Au menu : le Code de l’aménagement du territoire, statut de l’arbre agricole, normes en vigueur et perspectives, par Séverine Van Waeyenberge, NTF Propriétaires ruraux de Wallonie ; les subventions pour la plantation et l’entretien de l’arbre agricole, haies, alignements, fruitiers, arbres têtard, taillis linéaires, par Catherine Hallet, Dgo3, Dnf, Direction de la Nature ; l’arbre agricole pour lutter contre les problématiques de l’eau et les risques d’érosion, actions du projet Interreg V Trans Agro Forest, par Fabrice Walrant, Hainaut Développement ; le plan de gestion agroforestier à la ferme, état des lieux, modèles pertinents, travaux et coupes, bilans financiers, par Pascal Balleux, Centre de développement agroforestier de Chimay ; retour d’expériences agroforestières dans le NO France, exemples d’agroforesteries bien adaptées en champ et en prairie, par Régis Wartelle, Chambre régionale d’agriculture des Hauts-de-France.