Interview croisée : «Fedagrim est bien plus qu’Agribex»
Il souffle un vent nouveau au sein de la fédération Fedagrim. Il y a un an, Gracienne Geenens a, en effet, été élue présidente et, depuis peu, Isabelle Huyghe en est la CEO. Un duo féminin que nous avons pu rencontrer à quelques jours d’Agribex.

Le 10 octobre 2024, une nouvelle histoire s’est écrite chez Fedagrim. Gracienne Geenens (GG) a été élue première présidente de la fédération pour la mécanisation agricole et horticole. Elle a succédé à Johan Colpaert, lequel a défendu pendant dix ans, avec dévouement et professionnalisme, les intérêts des membres. Au quotidien, Gracienne Geenens est active en tant que directrice des ventes chez Eliet. Par ailleurs, lors de l’assemblée générale, Isabelle Huyghe (IH) en est devenue la CEO après la retraite de Michel Christiaens, qui a travaillé 38 ans pour la fédération. Pour les deux dames, c’est donc leur premier Agribex dans leur rôle de direction.
Une année intense à la présidence
Avec votre nomination, vous avez écrit l’histoire en devenant la première femme présidente. Qu’est-ce qui vous a motivée à accepter cette fonction ?
GG : Ma nomination fut un moment historique, et cela m’a emplie de fierté. Je travaille depuis près de 40 ans dans le secteur et mon expertise ainsi que ma passion pour les jardins, l’agriculture, la nature et l’alimentation sont prépondérants, même en dehors des heures de bureau. J’ai grandi dans une famille agricole, ce qui m’a permis d’en connaître de près les défis et la beauté. Je suis d’ailleurs familiarisée avec la fédération depuis déjà 12 ans, notamment en tant que présidente du groupe sectoriel Jardin et espaces verts. Le fait de devenir présidente est né de ma conviction que, grâce à mon expérience et à mon réseau, je peux faire la différence. De plus, c’était un défi attrayant d’apporter, en tant que femme, une nouvelle dynamique dans un environnement traditionnellement masculin. Bien que je ne sois pas une féministe déclarée, je veux toujours aller un pas plus loin et mettre en avant la fierté féminine. Les femmes apportent de plus en plus leur pierre à l’édifice, sur leur lieu de travail comme en tant qu’entrepreneuses. Ma nomination fut une première étape vers le renouveau, et notre nouvelle CEO, Isabelle Huyghe, poursuit cette dynamique.
Quelles ont été les réactions après votre nomination ?
GG : Les réactions ont été majoritairement positives. Pour mon entourage, il s’agissait d’une étape logique. Mon prédécesseur a mené un parcours remarquable et a beaucoup apporté à la fédération. Heureusement, Johan reste actif dans notre conseil d’administration, ce qui représente une immense valeur ajoutée. Ses connaissances en grandes cultures et en élevage sont impressionnantes et m’ont certainement inspirée à accepter ce mandat. Durant mes premières semaines, il m’a apporté un soutien précieux. De mon côté, je possède des connaissances complémentaires dans d’autres secteurs. Pour les domaines où mon expertise est moins étendue, je peux compter sur tous les collègues du conseil d’administration, du comité de direction et du secrétariat. Ils disposent de nombreuses connaissances et d’une expertise considérable. J’ai d’ailleurs deux vice-présidents, Jean-Christophe Smeets (Hilaire Van Der Haeghe) et Claude Packo (Packo), à mes côtés.
Comment s’est déroulée cette année ?
GG : Vite ! Cette première année a été intense, mais aussi particulièrement passionnante. L’un des points importants est qu’Agribex est de nouveau entièrement complet, malgré la disparition des concours de bétail. C’est un signal clair : nous avons la confiance du secteur. Nous avons également lancé à temps la recherche d’un successeur pour Michel Christiaens, ce qui nous a permis de trouver la bonne candidate, Isabelle Huyghe. Dans mon secteur, nous avons choisi pour Demo Groen 26, un lieu inspirant avec une approche renouvelée, où la digitalisation et l’innovation seront centrales. Ce sont des thèmes qui, au sein de la fédération comme chez tous nos membres, occupent une place essentielle. Nous travaillons également à un label de qualité pour les machines horticoles afin de garantir la sécurité des collaborateurs. Ce projet est encore en développement, néanmoins dès qu’il prendra forme, je serai ravie d’en partager les détails.
Comment combinez-vous ce rôle avec votre travail chez Eliet ?
GG : L’implication dans la fédération est encore plus importante aujourd’hui. C’est une mission exigeante, avec une grande responsabilité, néanmoins ma passion pour ce métier est immense, même en dehors des heures de bureau. C’est en réalité un deuxième travail, que j’accomplis avec plaisir, car il s’agit de mon propre choix. Je me suis entourée d’un comité de direction solide, ce qui facilite la prise de décisions. Durant le week-end, j’aime travailler au jardin pour tester nos propres produits Eliet et ressentir l’expérience client. Cela me permet de rester proche de la pratique et d’emporter ces connaissances dans mon rôle de présidente. En bref : c’est chargé, mais amusant !
Votre connaissance s’est-elle élargie depuis que vous êtes présidente de la fédération ?
GG : Absolument. C’était l’un de mes moteurs pour devenir présidente. Ce domaine m’a toujours intéressée. Le secteur de l’agriculture et de l’horticulture est dynamique, sous pression, avec beaucoup de mouvements. Il innove énormément, surtout en matière de technique et d’automatisation. Je trouve inspirant de suivre ces nouveautés de près. Cependant à mes yeux, l’agriculteur qui s’investit jour et nuit, avec une réglementation très difficile, n’est pas suffisamment valorisé par le consommateur. Il est important que chacun prenne conscience des efforts nécessaires afin qu’une alimentation de qualité se retrouve dans nos assiettes. Sur ce point, nous devons davantage et mieux communiquer.
Quelle est votre vision pour la fédération ?
GG : Avec les collègues du conseil d’administration, nous avons rédigé une vision forte que nous voulons réaliser ensemble avec notre nouvelle CEO. Nous souhaitons être une caisse de résonance pour nos membres, un centre d’expertise et une référence en automatisation et motorisation dans l’agriculture. Ainsi, nos membres crient au manque de personnel compétent. Fedagrim doit jouer un rôle de liaison à cet égard. Nous voulons jeter le pont vers les écoles pour attirer des jeunes techniquement formés. Ils sont déterminants dans l’avenir du secteur. Enfin, nous voulons davantage soutenir nos membres francophones, afin que nous puissions offrir partout la même qualité et la même expertise.
Quels avantages Fedagrim offre-t-elle à ses membres ?
GG : Fedagrim est bien plus que l’organisateur du salon Agribex. Nos membres peuvent s’adresser à nous pour des questions concernant la législation, comme le dossier azote, ou encore par rapport au personnel et d’autres thématiques. En outre, nous organisons des moments de réseautage et des formations, spécifiquement pour les concessionnaires, et nous travaillons sur des labels de qualité. Nous jouons aussi notre rôle en tant que fédération par le biais d’actions de lobbying. De plus, nous participons aux discussions lors desquelles sont prises des décisions importantes et défendons les intérêts de nos membres. Ces derniers bénéficient de tarifs avantageux pour la participation à nos salons. Soit, nous voulons être un partenaire qui non seulement informe, mais aussi inspire et soutient.
Lors de votre nomination, vous avez mis l’accent
Les concessionnaires jouent un rôle clé dans le transfert des innovations agricoles. Comment la fédération les soutient-elle ?
Nos concessionnaires jouent un rôle crucial dans la diffusion des connaissances et des technologies. C’est pourquoi nous proposons des formations inspirantes, notamment sur le cadre juridique. Vous n’êtes, sans doute, pas sans savoir que les machines agricoles sont de plus en plus grandes et que la législation relative au transport exceptionnel devient de plus en plus complexe. Nous avons récemment organisé une formation afin de traduire ces règles en langage clair, afin que nos membres puissent agir correctement et efficacement. De plus, nous continuons à miser sur le partage des connaissances et le soutien pratique, afin que les concessionnaires puissent servir leurs clients de manière optimale.
Quelles sont les perspectives du marché pour l’agriculture et les parcs et jardins ?
GG : Il va sans dire que notre secteur traverse actuellement une période difficile, tant dans l’agriculture que dans l’horticulture. Il suffit d’ouvrir le journal pour trouver un article sur la problématique de l’azote ou les défis climatiques. Nous restons néanmoins optimistes. Dès que la réglementation sera clairement définie, nous pourrons, grâce aux innovations proposées par nos marques, mettre en place des solutions durables qui respectent la nature dans sa forme la plus belle et la plus large. C’est aussi un appel aux décideurs politiques : formulez des décisions concrètes, afin que les agriculteurs puissent réaliser les bons investissements. Et n’oubliez pas : personne n’est aussi proche de la nature que nos agriculteurs.
Craignez-vous que la surréglementation finisse par freiner l’innovation dans le secteur ?
GG : Au contraire. Avec nos membres, nous sommes convaincus que nous devons proposer des solutions qui concilient agriculture et environnement. L’innovation est essentielle à cet égard. À Agribex 2023, nous avons vu des innovations de pointe capables de réduire les émissions jusqu’à 70 %. Le goulot d’étranglement réside, selon nous, dans le manque de clarté : il faut prendre plus rapidement des décisions sur les innovations qui seront reconnues et à quelle hauteur. Les facteurs de réduction très prudents des étables expérimentales doivent pouvoir être utilisés pour atteindre la référence du plan de réduction de l’azote, afin que les pionniers qui appliquent une technique innovante puissent poursuivre leurs activités après 2030. Sans cette clarté, les progrès resteront lents.
À cause de cette situation, il y a de moins en moins d’agriculteurs en Belgique. Êtes-vous préoccupée par l’emploi de vos membres ?
GG : La mondialisation et la consolidation sont inhérentes à notre époque. Certains agriculteurs n’ont pas de successeur, même dans des exploitations à fort potentiel. Les exploitations agricoles s’agrandissent, tout comme les débouchés, car notre population continue de croître. Dans le même temps, la demande en aliments de qualité augmente, ce que nos exploitations agricoles peuvent garantir. Cela offre des opportunités, cependant cela nécessite à nouveau un afflux important de personnel techniquement qualifié.
Avec quel sentiment allez-vous à Agribex ?
GG : Avec un sentiment particulièrement positif. Non seulement parce que nous allons à nouveau organiser une édition couronnée de succès puisque le salon est complet, mais surtout en raison de l’unanimité qui règne dans le secteur. Un salon est une expérience, il y a beaucoup à voir en un seul endroit. Nous voulons aider, informer et soutenir nos agriculteurs de demain au sens large du terme. Agribex est la plateforme idéale pour y parvenir. Il est toutefois regrettable que les animaux n’y soient pas autorisés.
Vous avez désormais une nouvelle PDG à vos côtés. Un tandem féminin est-il un avantage ?
GG : Absolument, comment dit-on déjà ? Girl power !
Madame Huyghe, sur quoi allez-vous vous concentrer ?
IH : Je contribuerai activement à ce vent nouveau qui souffle sur la fédération. Au cours de l’entretien avec notre président, plusieurs points clés ont été soulevés et je me chargerai de leur mise en œuvre. À court terme, il y a bien sûr Agribex. Madame Geenens et moi donnerons le coup d’envoi de l’« AgroLady of the Year », un prix annuel qui récompense deux femmes du secteur agricole pour leur engagement et leur vision. En effet, dans l’agriculture aussi, la voix des femmes prend de plus en plus d’importance, et nous voulons soutenir activement cette évolution. Lors de l’édition 2027, nous donnerons donc à quatre femmes l’occasion de présenter leur projet et leur initiative innovante. Par ailleurs, le fonctionnement général de la fédération est au centre des préoccupations. Je souhaite y apporter une diversification, tout en continuant à mettre l’accent sur les membres et les agriculteurs, y compris en Wallonie. Notre fédération doit rester pertinente. En d’autres termes, nous devons être dans le radar de tout le monde. C’est pourquoi la création d’un centre d’expertise où les membres, les décideurs politiques et les médias peuvent trouver des informations et des conseils est très importante. Et cela a déjà été clairement évoqué. Nos membres ont un grand besoin de personnel techniquement qualifié. Là encore, nous allons travailler avec la fédération pour renforcer la coopération avec les écoles.





