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Le «Tinder» de la main-d’œuvre agricole

Temps de lecture : 3 min

Le monde agricole n’est plus invisible. Il est raconté, filmé, incarné. Cette visibilité a des vertus : elle a permis de donner des visages et des voix à un secteur souvent méconnu du grand public. Mais elle peut aussi détourner le regard des réalités structurelles en privilégiant le récit individuel au détriment des enjeux collectifs.

Or, les défis agricoles sont d’abord organisationnels. Ils relèvent de la viabilité économique, de la transmission des savoir-faire, et, de manière très concrète, de la capacité à recruter et à fidéliser une main-d’œuvre qualifiée. Cette réalité se vit loin des caméras, dans les exploitations où chaque absence désorganise une équipe et fragilise l’équilibre d’une entreprise. C’est sur ce terrain que s’inscrit la récente initiative portée par deux jeunes ingénieures formées à l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse. Leur plateforme numérique, baptisée « Clarnie » (contraction des prénoms Clara et Marnie) met en relation des exploitants agricoles et des étudiants ou jeunes actifs en quête d’expérience professionnelle. L’idée est née d’un constat très concret : d’un côté, des exploitations, comme celle des beaux-parents de Marnie, éleveurs laitiers, en difficulté pour recruter ; de l’autre, des jeunes, à l’image de Clara, habituée aux jobs étudiants depuis l’adolescence, en quête d’opportunités. Relier ces deux réalités s’est imposé comme une évidence. On pourrait la comparer, avec un brin de malice, à Tinder, dont elle adapterait les codes au monde rural. L’image est parlante : profils consultés en ligne, mises en relation rapides, échanges directs. Mais ici, il s’agit de compétences, de besoins opérationnels, de continuité d’activité.

Le modèle économique repose sur deux piliers. Les agriculteurs indépendants paient des frais pour publier une offre, avec la possibilité d’opter pour une formule « clefs en main » incluant la rédaction de l’annonce et la présélection des candidats. Parallèlement, des coopératives agricoles concluent des partenariats globaux avec la plateforme et prennent en charge les coûts pour leurs adhérents afin de faciliter leurs recrutements. Stages, alternances, jobs étudiants ou missions free-lance : la plateforme couvre un spectre large de besoins, de la production agricole aux fonctions plus spécialisées. L’objectif est désormais d’élargir le réseau de coopératives partenaires et de poursuivre la structuration du marché de l’emploi agricole. « Clarnie » occupe ainsi un créneau très ciblé : celui du lien structuré entre exploitations et jeunesse en formation. Un créneau qui, à ce jour, n’est pas investi en Wallonie par une plateforme dédiée exclusivement à cette niche. L’exemple montre qu’un outil ciblé peut trouver sa place. La Wallonie dispose d’acteurs solides. Reste à savoir si un modèle plus spécialisé pourrait compléter l’écosystème.

Marie-France Vienne

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