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Courrier des lecteurs : coûts de la certification bio, les réalités structurelles du système belge

Suite à l’article évoquant les coûts de la certification biologique en Belgique, Certisys, organisme pionnier de la certification biologique, souhaite apporter plusieurs éléments factuels de clarification afin de contribuer à un débat équilibré.

Temps de lecture : 5 min

En Belgique, la certification biologique constitue un service strictement encadré par les autorités publiques, exercé sous contrôle permanent et fondé sur des exigences particulièrement élevées en matière de rigueur, de traçabilité et de transparence. Dans un contexte où la confiance des consommateurs est essentielle, seule une certification indépendante et officiellement reconnue constitue un gage de sérieux permettant d’encadrer les pratiques, de prévenir les dérives et d’assurer l’intégrité du label biologique.

Il est également important de rappeler que le système belge repose sur un principe de solidarité. Une part des opérateurs – principalement les plus grandes structures de transformation et de distribution – contribue au financement du système, ce qui permet de maintenir des tarifs volontairement bas pour les petites exploitations agricoles et facilite l’accès à la certification bio.

Les chiffres avancés dans cet article ne correspondent pas à la réalité des coûts de la certification biologique dans notre pays. Les données factuelles parlent d’elles-mêmes : 50 % des producteurs certifiés par Certisys paient moins de 800  € par an, seuls 8 % dépassent 2.400 €, et chez les préparateurs, la moitié acquittent la redevance minimale. Le coût moyen pondéré de la certification en Belgique est de l’ordre de 1.150 € par opérateur, bien loin des montants relayés dans cette analyse. Le poids économique de la certification représente moins de 0,5 % du chiffre d’affaires bio, et souvent autour de 0,3 % pour les exploitations de taille moyenne, ce qui prouve à quel point son impact réel est marginal.

Il est également inexact de laisser entendre que les tarifs belges – ou ceux de Certisys en particulier – généreraient une rentabilité excessive. Les comptes de Certisys sont publics et leur consultation permettra d’établir que notre rentabilité est inférieure à 10% avant impôt, ce qui nous place dans la moyenne basse du marché de la certification. Affirmer que Certisys bénéficierait d’une rentabilité « énorme » ne repose dès lors sur aucun fondement factuel.

Prendre en compte le travail nécessaire

Par ailleurs, réduire la certification biologique à quelques heures d’audit sur le terrain est tout simplement faux. Sur une année, certifier un opérateur représente entre 12 et 20 h de travail effectif, depuis la préparation de l’audit jusqu’à l’émission du certificat, en passant par l’analyse documentaire, la gestion des non-conformités, les vérifications complémentaires et l’administration des dossiers. L’ensemble de ces tâches mobilise plusieurs personnes et garantit la fiabilité et l’impartialité du système de contrôle. La présence physique de l’auditeur ne représente que 25 à 35 % du travail réellement nécessaire.

Comparer les prix belges aux prix français sans tenir compte des différences structurelles conduit à tirer des conclusions trompeuses. Le marché français est l’un de plus importants d’Europe, contre environ 6.000 en Belgique, et bénéficie d’économies d’échelle incomparables. Libre d’exigences tarifaires, il permet par ailleurs une modulation des tarifs en fonction des filières, des volumes ou de la valorisation commerciale des produits, ce qui n’est pas possible en Belgique. Les coûts fixes – salaires, informatique, encadrement, supervision – doivent y être répartis sur une base plus étroite, ce qui augmente mécaniquement le coût unitaire, sans améliorer la marge des organismes de certification.

Les spécificités de notre pays...

À cela s’ajoutent des spécificités belges qui alourdissent les coûts de manière objective. La Belgique affiche des salaires parmi les plus élevés d’Europe (48,2 €/h contre 33,5 €/h en moyenne européenne, selon Eurostat). L’environnement linguistique nécessite le recrutement de personnel maîtrisant jusqu’à trois langues, ce qui accroît la valeur des profils. Le fédéralisme multiplie les processus administratifs : trois systèmes de notification, trois autorités régionales, trois cadres réglementaires distincts, avec un volume de flux administratifs bien supérieur à celui de la plupart des pays voisins. Le nombre de contrôles est également nettement plus élevé : 3,54 contrôles par opérateur, soit presque le double du minimum imposé par la réglementation européenne. Enfin, les obligations imposées par les autorités – gestion des dérogations, fiches de transaction, intégration des données Pac, arrêts reprises – représentent jusqu’à 40 % du temps administratif annuel. Aucun de ces éléments n’existe sous cette forme en France.

Analyser les leviers possibles de réduction des coûts

Il est également essentiel de rappeler que le secteur belge est l’un des plus contrôlés et supervisés d’Europe. Les organismes de certification sont audités en permanence par BELAC, par les Régions et par l’IOAS (International Organization for Accreditation Services), y compris sur le plan financier. Ces audits sont fréquents, rigoureux et entièrement ouverts. Peu d’activités économiques opèrent sous un niveau de transparence et de supervision comparable.

Conscients des tensions actuelles dans le secteur biologique, les organismes de certification ne se dérobent pas au débat. À la demande de la ministre wallonne de l’Agriculture, des travaux sont en cours pour analyser les leviers possibles de réduction des coûts dans un cadre de dialogue constructif entre autorités, représentants sectoriels et organismes de contrôle. L’objectif partagé est clair : maintenir l’accessibilité financière de la certification tout en préservant le haut niveau de garanties attendu par les consommateurs.

Certisys continuera à assumer son rôle avec responsabilité : garantir une certification crédible, rigoureuse et transparente, au service des producteurs, des entreprises, des pouvoirs publics et des consommateurs. Le débat sur les coûts doit avoir lieu, mais il ne peut être mené ni sur la base d’affirmations approximatives, ni en ignorant les réalités structurelles qui façonnent le système belge. Toute autre lecture conduit inévitablement à des analyses biaisées et à des conclusions erronées.

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