Courrier des lecteurs : la poule aux œufs d’or et la vache à lait des organismes de certification
Cela fait bientôt trois années (déjà sous la législature du ministre Borsus), que plusieurs agriculteurs ont signalé des pratiques de coûts élevés de certifications bio pratiqués par les organismes certificateurs en Belgique. En Wallonie, les tarifs pratiqués sont encadrés par la Région wallonne, avec un prix plafond et plancher.

Afin de corroborer ces impressions, une étude comparative auprès de différents organismes de certification (OC) France-Belgique pour le secteur de la volaille de chair bio a été réalisée. Il a été remarqué que les prix étaient entre 3 et 6 fois plus chers entre les deux pays pour une exploitation de 2 bâtiments de 4.800 poulets ce qui est très courant. Suite à cela le Collège des producteurs a réalisé une étude comparative des coûts de certifications à échelle européenne tous secteurs confondus qui date de septembre 2024 et consultable sur https://m-url.eu/r-6l8f.
Comparaison des coûts avec les pays voisins
Il y transparaît que les coûts pour les exploitations varient de 0 € à 1.500 € selon la taille en UE etc., et de 0 € à 3.000 € pour les transformateurs en UE. Dans ce même rapport, un tableau compare les coûts de certification pour diverses spéculations agricoles. Malheureusement, il s’agit à chaque fois de petites structures et des erreurs et oublis ont été réalisés (poulets présents vs poulets vendus,
À cause de l’imprécision des calculs de coûts de certification pour les exemples d’exploitations wallonnes et vu les chiffres annoncés pour les transformateurs. Pour vérifier ces chiffres, une étude a été réalisée pour certains secteurs (poulets de chair, poules pondeuses, centre d’emballage œufs, abattoirs volaille, grande culture, fabricants d’aliments, vaches laitières, laiteries). Malheureusement, il n’a pas été possible d’obtenir des devis via les OC français, car les entreprises considérées pour l’étude, ne résident pas sur le territoire français. Des agriculteurs et des entreprises de ces secteurs ont directement été contactés et elles ont communiqué leurs coûts de certification BIO auprès de divers OC. Certysis a été prise pour les calculs, tous les tarifs mentionnés dans cette étude sont Htva. Certysis étant le leader historique belge (présent depuis 1991) et le plus gros certificateur bio wallon. De plus, la société a été acquise en avril 2021 par Ecocert, qui est aussi le plus gros et ancien OC bio de France.
Dans les tableaux 1 et 2, pour les exploitations françaises le tarif varie selon la taille, la spéculation et les diversifications allant de 500 € à 1.200 € maximum pour les grosses exploitations diversifiées, contre 1.000 € jusqu’à 6.000 € pour la Belgique (***11.423 € très grosse ferme). Avec des tarifs allant de x 3 à x 6 en moyenne pour les exploitations de taille familiale (voire x 10 pour la plus grosse ferme). Pour les transformateurs, en France, la certification bio oscille entre 1.000 à 2.500 € par entreprise. Concernant les entreprises belges, le tarif varie de 8.231 € à 22.000 € par entreprise. Le facteur multipliant est de 7,7 à 21,2 minimum (certains suppléments n’ayant pas été pris en compte dans le calcul), ce qui correspond bien à l’étude réalisée par le Collège des producteurs pour la partie entreprise. Lors de cette enquête, les grosses entreprises ont expliqué que le tarif est d’environ 2.000 € par jour à deux contrôleurs. Et que comme en Belgique le tarif varie en fonction du nombre de sites, d’entreprises, du nombre d’ingrédients, de produits finis, du nombre d’analyses et du CA, avec un contrôle administratif complet par an et un contrôle inopiné ou plus selon les risques.


Des disparités entre la Wallonie et la Flandre

Pour conclure
– Les contrôles entre la France et la Belgique sont fort équivalents et que la qualité de certification entre les 2 pays est identique tant pour les exploitations que pour les entreprises de transformation.
– Les exploitations bio de taille familiale paient en moyenne de 3 à 6 x plus cher qu’en France.
– Les entreprises de transformations wallonnes paient de 7,7 à 21,2 x plus cher qu’en France.
– Le même OC facture de 2,1 à 2,7 x plus chère en Wallonie qu’en Flandre, et cela déjà avant 2021.
– Les tarifs de certification bio en Belgique et au Luxembourg sont bien plus élevés que dans tous les autres pays de l’UE.
– Les coûts de certifications bio belges empiètent directement sur le revenu des agriculteurs et sur la rentabilité des transformateurs, a contrario de la profitabilité des OC.
– Les fonctionnaires wallons sont 2 x plus mauvais négociateurs que leurs homologues flamands.
Se posent alors les questions suivantes :
– Pourquoi les tarifs certifications bio belges sont-ils encadrés et régulés par les autorités ?
– Quels représentants du secteur étaient présents lors de ces négociations avec les autorités ?
– Comment sont ou ont été négociés les tarifs de certification pratiqués par les OC ?
– Lors des négociations avec la Région wallonne, quels arguments les OC ont-elles utilisés ?





