Une situation assombrie pour les producteurs de pommes et légumes
Malgré de très bons rendements, les producteurs wallons de fruits et légumes se trouvent dans une situation complexe. Évolutions réglementaires, incertitudes quant à l’avenir et prix sous pression pèsent sur le moral, tandis que les trésoreries peinent à se reconstituer.

Dans son dernier Observatoire des filières agricoles, le Collège des producteurs s’est notamment penché sur la situation économique actuelle que vivent les producteurs de pommes et de poires. Et le Collège de constater que le moral est au plus bas en ce début d’année dans le secteur arboricole. Plusieurs raisons expliquent cet état d’esprit : annulation de la dispense partielle de précompte professionnel, incertitudes quant aux nouvelles normes de production (autorisation de produits de protection des plantes, règles d’usage et restrictions en lien avec les pulvérisateurs…) et concurrence avec des pays européens qui partagent leur marché mais pas leurs règles de production. S’y ajoutent encore les difficultés à trouver de la main-d’œuvre et l’ampleur des contrôles en période de cueillette.
Une situation tendue pour les producteurs de pommes
« D’aucuns, épuisés, arrachent leurs arbres, d’autres révèlent leur inquiétude quant à l’avenir de leurs enfants qui reprennent l’exploitation », souligne encore l’Observatoire des filières agricoles. En octobre dernier, ce dernier alertait déjà qu’au rythme actuel, une diminution de moitié de la production de pommes et poires wallonnes est attendue d’ici 5 à 6 ans.
Côté économique, le prix des pommes s’est effondré suite aux importants rendements avec un prix moyen oscillant entre 0,45 et 0,60 €/kg pour les bonnes pommes, triées et en fonction du calibre. Les fruits à peler standard non triés s’écoulent à 0,25 €/kg et le rebut vaut 0,18 €/kg. Pour l’Observatoire, ces prix sont largement insuffisants et non compensés par les hauts rendements, car la plupart des éléments qui composent le coût de production se calculent au kilo (cueillette, tri et stockage) et non à l’hectare. « Plus de pommes est donc synonyme de plus de coûts qui, cette année, ne sont pas couverts par le prix de vente. »
Un prix minimum de 0,70 €/kg est nécessaire pour permettre aux producteurs de pommes de se dégager un revenu.
En poire, le climat est moins morose. D’une part, l’export se montre dynamique. D’autre part, les prix pratiqués sont corrects (de 0,45 €/kg en calibre 50 à 0,90 €/kg en calibre 70 pour les poires Conférence, en criée).
Effondrement des prix sur le marché libre des légumes
En légumes, un effondrement des prix est constaté sur le marché libre pour de nombreuses spéculations (pommes de terre, choux, oignons, carottes…). En cause, selon les acteurs interrogés par le Collège des producteurs : des rendements exceptionnels dans plusieurs pays et un commerce dépendant de la loi de l’offre et de la demande. En effet, les prix pratiqués en Belgique par les criées flamandes dépendent exclusivement de la balance entre l’offre et la demande. Ils sont donc particulièrement sensibles aux variations de rendements et s’imposent comme la référence incontournable pour l’ensemble de la production nationale.
En conséquence, tous les autres acteurs du secteur (grossistes, coopératives, revendeurs…) s’alignent systématiquement sur ce prix pour acheter aux producteurs, ce qui limite fortement leur pouvoir de négociation et exerce une pression constante sur leurs revenus. De plus en plus de producteurs cherchent à s’affranchir des criées et travaillent en direct avec les autres acteurs du commerce, mais cela induit, malheureusement, une charge de travail supplémentaire conséquente…







