Atouts et faiblesses: quels critères pour assurer la durabilité de la ferme maraîchère?
Il est possible d’interpréter les statistiques de différentes façons. D’une part, lorsque nous voyons les données concernant le nombre de fermes maraîchères et les besoins de la population pour se nourrir, il paraît évident que nous manquons de productions locales. D’autre part, il convient aussi de nous poser la question corollaire, pourquoi cette situation persiste-t-elle depuis des décennies ? Afin d’évaluer la durabilité de sa ferme, plusieurs éléments sont à prendre en considération.

Une ferme maraîchère est riche du contexte socio-économique général mais elle en subit aussi les contraintes.
Plus localement, nous nous demandons régulièrement si la ferme maraîchère est viable, transmissible et reproductible. En d’autres termes, pouvons-nous y réunir et atteindre des objectifs économiques, environnementaux et sociaux ? Idéalement, la question est étudiée avant de se lancer dans la profession ou la diversification maraîchère. Il est également salutaire de se remettre en question.
La formation et l’information sont essentielles afin de se donner les meilleures chances de réussite, tant du point de vue économique, qu’environnemental et humain.
Nous n’aurons pas une réponse unique, mais plusieurs éléments qu’il est possible de décortiquer.
Notons qu’il existe des méthodes permettant de chiffrer la durabilité de la ferme grâce à des indicateurs. Leur avantage est de permettre des simulations pour comparer la ferme à elle-même en testant différents niveaux d’adaptation.
Le coût des transports
Au niveau de la ferme maraîchère, le transport peut être très important si les parcelles ne se trouvent pas à proximité. Nous devons visiter les cultures pratiquement tous les jours ou presque lors des périodes délicates. L’approvisionnement des lieux de commercialisation a également un impact potentiel important sur la durabilité économique, environnementale et sociale.
La demande en productions locales est forte dans les zones urbanisées. La Belgique n’est pas bien grande, cependant le coût des transports en amortissement, énergie et en temps ne sont pas négligeables.
La recherche de débouchés sur les marchés des plus grandes villes peut ouvrir des opportunités. Elle permet d’opter pour des diversifications de production afin de s’adapter à la demande. En outre, c’est l’occasion pour les familles urbaines de profiter de la fraîcheur et de la qualité locale des productions maraîchères.
Déterminer les besoins en eau
L’emploi d’eau de pluie est un autre facteur de production important. Les citernes et bassins d’eau de pluie interviennent directement dans cette appréciation. En pratique, nous avons quand même besoin de stockage d’eau de pluie pour combler les besoins en période de sécheresse. Sur les 10 dernières années, 7 furent marquées par des périodes continues de déficit hydrique de plus de 6 semaines. Les spécialistes du climat invitent à en tenir compte pour les années à venir.
L’approvisionnement par d’autres sources n’est pas possible partout. Les services communaux peuvent fournir des renseignements sur les possibilités locales.
La diversité floristique et faunistique
Les haies, les mares, les ilots boisés, les bandes herbées multi-espèces permettent l’établissement et le maintien d’espèces animales auxiliaires prédatrices de ravageurs des cultures. Ces éléments complètent une rotation large et diversifiée. À ce propos, nous pouvons observer l’importance de ces aménagements pour la ferme elle-même, mais aussi pour ce qu’elle apporte dans son entourage. Nous revenons très souvent sur ces aspects dans cette rubrique du Sillon Belge.
S’assurer de la fertilité des sols
Une des difficultés est la gestion de la fertilité des terres si la ferme maraîchère n’est pas complétée par de l’élevage. En effet, l’élevage apporte du fumier bien utile au maintien de celle-ci, mais justifie aussi la présence de cultures fourragères permettant d’allonger la rotation tout en aidant à maîtriser l’enherbement. Une solution serait d’associer la ferme maraîchère à la ferme d’un éleveur et de pratiquer les échanges. Une prochaine rubrique abordera cette question plus en détail.
Par ailleurs, les légumes en général demandent des sols fertiles. La croissance rapide, l’enracinement à faible profondeur sont des contraintes de nombreuses cultures maraîchères. Les apports de fertilisants complètent les composts et engrais verts pour nourrir la vie du sol et les plantes.
L’importance de la protection microclimatique des cultures
La protection microclimatique des cultures revêt une importance particulière pour toutes les cultures avancées ou retardées des fermes maraîchères. C’est vrai pour les légumes destinés à la vente directe comme pour ceux orientés vers les circuits longs de commercialisation. La protection vient de haies ou de cultures brise-vent, de voiles ou de bâches plastiques perforées, de tunnels ou de serres maraîchères.

Tenir compte de l’efficacité et de la pénibilité du travail
Il faut que l’activité maraîchère soit vivable. L’épuisement ne mène à pas grand-chose de bon… Les moments de très grande activité saisonnière doivent être suivis de périodes de moindre activité. Par exemple, les petites fermes maraîchères possèdent souvent un magasin de vente au détail. Les horaires d’ouverture doivent être annoncés clairement et respectés afin de préserver des moments suffisamment longs pour que le maraîcher puisse aussi s’occuper de la production et des tâches administratives. En outre, il doit se réserver des moments de repos suffisants. Ces aspects ont beaucoup de similitudes avec les fermes de polyculture et élevage.
Les outils et machines sont des aides précieux, mais point trop n’en faut, sous peine de devoir amortir des charges élevées. C’est un point important dans toutes les fermes, les maraîchers n’y échappent pas. Lors de l’étude de départ, la bonne estimation des temps de travaux est très difficile. Il existe bien des références auprès des services de comptabilité agricole, néanmoins l’efficacité de la main-d’œuvre peut varier significativement selon l’organisation de la ferme maraîchère. Dans un premier temps, il est préférable de ne pas viser une occupation à 100 % de la main-d’œuvre. L’adage « qui trop embrasse mal étreint » prend tout son sens. En cas de surcharge de travail, des aspects des productions seront négligés, avec des conséquences pour l’avenir. Le manque de maîtrise de l’enherbement est un bel exemple : un manque de suivi une année entraînera des conséquences pour les années suivantes, avec une augmentation du stock semencier d’adventices dans le sol et son corollaire, l’augmentation de temps de désherbage.
Estimer la rentabilité économique
La rentabilité économique du maraîchage n’est pas systématiquement au rendez-vous, loin de là. Le coût du foncier, les formes de commercialisations possibles et leurs limites, les incertitudes de la météo et des cours de marché peuvent amener des difficultés importantes de trésorerie. Pour les jeunes maraîchers, des maladresses liées au manque d’expérience peuvent conduire à des déconvenues économiques. Une mise au point du projet de maraîchage alors que nous n’en sommes encore qu’au stade de la réflexion a tout son sens. L’approche de l’estimation de la durabilité permet cette mise au point avec une vue large de ce qui nous attend dans les années qui suivront l’installation, même si dans un premier temps l’étude reste assez théorique.
En pratique que puis-je faire ?
En étudiant ses atouts et faiblesses (type de sol, proximité de centres urbains, intérêt personnel pour la vente directe, etc.) nous pouvons, avant de se lancer dans le maraîchage en général, orienter notre future exploitation pour lui donner un maximum de chance de réussite.
Étudier la durabilité de la ferme maraîchère pourrait paraître fastidieux. Pourtant, cette étude permet de gagner énormément de temps et d’éviter bien des erreurs fondamentales.





