Les recommandations du Livre Blanc Céréales pour la fertilisation azotée en froment
Les traditionnelles réunions de sortie d’hiver du Livre Blanc Céréales se sont tenues ce mercredi, permettant aux céréaliers wallons de prendre connaissance des dernières analyses et recommandations des experts. Celles-ci visent à optimiser la rentabilité, à limiter les risques de verse et de maladies, ainsi qu’à réduire les pertes d’azote préjudiciables à l’environnement. Un point a également été fait sur les réserves azotées des sols et les stratégies de fumure pour la saison à venir.

Avant de faire le point sur les réserves en azote minéral des sols, il est utile de s’intéresser aux conditions climatiques observées ces derniers mois. On connaît en effet l’influence que peuvent avoir la pluviométrie et la température sur l’ampleur de ces reliquats.
Un automne au-dessus des normales de saison
D’après les relevés provenant de la station IRM d’Ernage (tableau 1), les températures se sont maintenues, mois après mois, nettement au-dessus des normales saisonnières. L’automne a ainsi été marqué par des conditions particulièrement douces pour la période de l’année. Un épisode plus froid a toutefois été observé de la fin du mois de décembre jusqu’à la première décade de janvier, avant une remontée progressive des températures, accompagnée de journées bien ensoleillées.

Des conditions relativement sèches
En ce qui concerne les précipitations, les mois d’août et de septembre ont été caractérisés par un déficit hydrique important. À l’inverse, le mois d’octobre s’est distingué par des précipitations abondantes et une faible luminosité, ce qui a néanmoins permis les semis lors de fenêtres météorologiques plus favorables. Les deux derniers mois de l’année ont ensuite connu un retour à des conditions sèches, avant l’apparition d’un épisode neigeux au début du mois de janvier.
État des cultures en sortie hiver
Dans les semis de la plateforme expérimentale de Lonzée, à la date du 2 février, les stades de développement du froment observés dans les essais « dates de semis » sont :
– semis de mi-octobre : début tallage (2 talles) ;
– semis de mi-novembre : 3 feuilles ;
– semis de mi-décembre : 1 feuille.
L’état des emblavements est variable selon la date de semis et les conditions d’implantation. Si les parcelles implantées à la mi-octobre sont pour la plupart en bon état, la situation semble plus contrastée pour les semis tardifs réalisés en novembre et décembre.
Si vous pressentez que votre situation s’écarte d’un contexte moyen, il est conseillé de réaliser des profils azotés dans vos parcelles afin d’adapter au mieux la fertilisation azotée de vos cultures.
Le profil en azote minéral du sol au 30 janvier
Pas moins de 146 parcelles de froment d’hiver ont été échantillonnées, entre le 19 et le 30 janvier, par le Carah, le Cra-w, Gembloux Agro-Bio Tech, ULiège, le Centre provincial de l’agriculture et de la ruralité (Cpar) et le Cepicop.
Comme chaque année, ces prélèvements ont été réalisés dans les différentes régions agricoles de Wallonie sur des parcelles présentant des situations culturales contrastées, notamment au niveau des précédents culturaux. Cette diversité et le nombre de prélèvements réalisés ont pour objectif d’être le plus représentatif possible de la réalité du terrain. L’échantillonnage de ces profils a été réalisé sur 90 cm de profondeur.
Le tableau 2 révèle que le profil moyen en sortie d’hiver de cette année est relativement élevé par rapport aux deux années précédentes. Des situations comparables avaient été observées en 2020, 2022 et 2023. D’après les données récoltées, le niveau d’azote présent dans le sol sur une profondeur de 90 cm est en moyenne de 56 kg Nmin /ha, identique à la teneur moyenne en azote minéral de ces dix dernières années.

Davantage d’azote minéral disponible
Les conditions, assez sèches, de ces derniers mois (tableau 1) ont limité le lessivage de l’azote présent dans le sol, contrairement à ce qui avait été observé en 2024 et 2025.
De plus, les températures assez élevées ont favorisé la minéralisation de l’azote organique, augmentant ainsi la quantité d’azote minéral disponible pour les céréales.
Des disparités liées aux précédents culturaux
Comme chaque année, des disparités existent aussi entre les différents précédents culturaux (tableau 3). Cette année, les profils les plus riches sont observés lorsque le froment suit une légumineuse, une pomme de terre ou un colza, avec des reliquats moyens de 71 à 84 kg Nmin /ha. D’autres précédents comme la betterave, le maïs ou le lin offrent des reliquats plus faibles avec une teneur moyenne comprise entre 40 et 46 kg Nmin /ha. Enfin, pour un précédent comme la chicorée, la quantité d’azote minéral présente dans le sol est en moyenne de 30 kg Nmin /ha.

Il est important de remarquer que pour un même précédent, il existe une forte variabilité entre les différents profils. Cette variabilité illustre les contextes pédoclimatiques variés rencontrés en Wallonie mais également les différences de pratiques en matière de fertilisation. Pour information, vous trouverez dans le tableau le profil moyen par précédent pour la région limoneuse et le Condroz. De fortes variabilités intra-parcellaire peuvent également être observées en suite d’accidents culturaux localisés.
Les fumures de référence pour la nouvelle saison : 185 kg N/ha
La fumure de référence pour 2026 est basée sur les résultats d’une analyse pluriannuelle des essais « fumure », ainsi que sur base des observations de ce début de saison décrites précédemment.
Il est également important de rappeler que ces fumures de référence sont recommandées pour la conduite des variétés de froment panifiable belge supérieur (Q2), des variétés de froment à autres usages non fourrager (Q3) et pour les variétés de froment basique belge (Q4) destinées à l’alimentation animale.
Cette année, le stock d’azote minéral présent dans le sol est relativement correct, sans être exceptionnellement haut. La fraction de tallage est donc, pour ces raisons, maintenue à 60 kg N/ha. Les fractions de redressement et de dernière feuille sont fixées par rapport à une année normale pour une dose totale de 185 kg N/ha.
La fumure en deux fractions sera réservée uniquement aux situations les plus favorables. Une fumure totale de 170 kg N/ha est conseillée pour ce cas précis. La dernière fraction a été réduite depuis 2022 afin de garantir une bonne valorisation de cet azote, mais aussi pour éviter tout excès de fertilisation en fin de cycle.
Les deux fumures de référence proposées cette année sont :
En trois fractions :
Pour une situation normale :
– tallage : 60 N
– redressement : 60 N
– dernière feuille : 65 N
En deux fractions :
Réservée aux situations les plus favorables
– intermédiaire « T-R » : 95 N
– dernière feuille : 75 N
Sur base des résultats d’essais menés dans le Condroz depuis 2022, la fumure de référence en trois fractions peut notamment être adaptée comme suit :
En trois fractions :
– tallage : 80 N
– redressement : 50 N
– dernière feuille : 55 N
Le cas des variétés panifiables premium
Les fumures de référence reprises dans cette section sont uniquement destinées à la conduite des variétés de froment panifiable belge premium (Q1), catégorie qui reprend également les variétés de froment élites améliorantes (Q1A). Basé sur des résultats d’essais, l’objectif de ce type de schéma est d’atteindre un compromis entre rendement, teneur et qualité des protéines.
Cette fumure de référence est spécialement recommandée pour ces variétés de froment qui ont pour principal débouché la valorisation en meunerie et en boulangerie.
En trois fractions :
– tallage : 40 N
– redressement : 80 N
– dernière feuille : 60 N
Si l’objectif poursuivi est de produire un blé de force (W ≥ 350 10-4 J), en optant pour une variété de froment Q1A, cette fumure de référence peut être augmentée et adaptée selon un schéma en quatre fractions. Plutôt que d’apporter 180 kg N/ha en trois fractions, une fumure de 220 kg N/ha sera privilégiée, avec un troisième apport au stade 2e nœud. Cette fumure donne un résultat optimal en termes de combinaison de rendement, force boulangère et teneur en protéines pour cette valorisation (résultats d’essais de 2016 à 2025). La fraction au 2ème nœud est à adapter en fonction de son objectif de fumure azotée totale.
En quatre fractions :
– tallage : 40 N
– redressement : 80 N
– 2e nœud : 40 N
– dernière feuille : 60 N
Il est important de rappeler que la culture de variétés élites améliorantes (Q1A) nécessite d’opter au préalable pour un contrat qui rémunère correctement la qualité.
À garder en tête
Pour rappel, ces fumures de référence doivent toujours être adaptées en fonction du contexte de la parcelle et de l’état de la culture. Avant chaque apport, il est impératif d’ajuster les doses préconisées par la fumure de référence en tenant compte des ajustements.
Le conseil pourra évoluer en cours de saison en fonction des conditions de développement et de croissance des cultures.
Une fertilisation azotée raisonnée permet d’optimiser la production et la rentabilité de la culture, tout en minimisant les risques de pertes culturales (maladie, verse) et environnementales (émission de N2O, lixiviation de NO3).
Dans un contexte où le prix des engrais azotés est volatil, il est plus que probable qu’un excès de fertilisation génère d’importants surcoûts. Raisonner sa fumure est une démarche nécessaire afin de garantir des rendements économiques satisfaisants.
Février 2026





