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Courrier des lecteurs: déclaration de superficie

Voilà le printemps ! C’est le moment, c’est l’instant de s’atteler à un paquet de tâches, et parmi celles-ci, la déclaration Pac de superficie, importante entre toutes !

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Mais entre fermiers, personne n’en parle, comme si elle n’existait pas, ou ne serait qu’une formalité ennuyeuse, noyée au milieu de l’océan des multiples chinoiseries imposées aux agriculteurs. Et pourtant… Cette déclaration détermine l’accès aux aides financières agricoles, lesquelles constituent le gros des revenus de nos exploitations, que nous l’admettions ou non. Mais chuuuutttt ! Secret défense ! Personne n’évoque jamais ces « primes » lors des interviews de nos délégués syndicaux, car si ça se savait…

Au final, n’en doutez pas, l’argent reçu de l’UE et de la Région wallonne percole vers les banques et nos partenaires commerciaux, vers tous ceux qui fournissent des biens et des services aux agriculteurs contre espèces sonnantes et trébuchantes. Rien n’est plus vrai ! Sans ces aides publiques, l’agriculture wallonne serait tout simplement en cessation de payements ! Nos rentrées financières hors primes Pac sont largement inférieures à nos dépenses, dans 90 % des cas. Ainsi, sauf en cette année bénie de prix corrects départ ferme, l’élevage de bovins viandeux dépend à 120 % de ces « indemnités » indispensables. Si les primes découplées « vaches allaitantes » étaient supprimées, ou modulées en d’autres formes de soutien, ce serait la catastrophe pour la majorité des fermes herbagères spécialisées dans cette spéculation, et partant, pour tous ceux qui vivent sur leurs dos. Pas mal de gens, agriculteurs ou non, seraient précipités sur la pente glissante appelée « faillite »…

Tous les fermiers sont tributaires des aides européennes, mais top secret ! On n’en parle pas ! Raconter des blagues cochonnes ou misogynes, à la rigueur ; parler de la pluie et du beau temps, se plaindre des hausses de TVA, OK. Détailler ce qu’on reçoit des organismes de payements agricoles, sûrement pas. Un peu de pudeur, que diable ! Il n’est pas très glorieux de dépendre ainsi d’apports financiers publics, à l’égal des chômeurs et des assistés sociaux, des pensionnés et des malades de longue durée. Notre amour-propre est censé en prendre un sacré coup, d’ainsi travailler comme des dingues et d’émarger pourtant de la Pac.

Trop tard, le mal est fait depuis plus de trente ans ! Il faut danser comme la musique joue, déclarer sa superficie agricole, cocher des dizaines de cases de manière adéquate, faire les bons choix et respecter ceux-ci, sinon, « panpan cucul » ! Dans les années 1990, il suffisait de dessiner ses parcelles sur une carte au 10000ième, puis la déclaration s’est sophistiquée au fil des ans pour devenir aujourd’hui entièrement numérique. Elle se fait en Wallonie via PAC-on-Web, en s’identifiant à l’aide d’une authentification sécurisée (Itsme, lecteur de carte eID…).

Là, je pense déjà avoir perdu une bonne partie d’entre vous, davantage à l’aise au volant d’un tracteur de cinq tonnes que devant l’écran d’un ordinateur portable de cinq cents grammes ! Alors, on laisse la corvée à d’autres : à son comptable agricole, à son vétérinaire quelquefois, à son assureur, à son fiston ou sa gamine « qui sont nés avec des écrans ». À sa compagne surtout, si celle-ci fait partie de l’aventure ou dirige l’exploitation, car les agricultrices sont éminemment plus performantes que les agriculteurs pour se débrouiller avec clavier et souris, pour dompter ces pop-up et pop-in qui surgissent de nulle part pour vous faire enrager. Sixième, voire septième sens féminin ? Le sexe dit « faible » est bien plus costaud, appliqué et agile en informatique ; davantage patient et soucieux des détails. La légendaire intuition féminine est une réalité, bien utile quand il s’agit d’importer un PDF dans les documents à fournir, de lire les instructions entre les lignes, de se tirer d’affaire quand on a cliqué un peu trop fougueusement et que l’on veut rattraper le coup…

C’est drôle, et c’est pas drôle… Une dame active dans une Direction Extérieure SPW Agriculture m’a raconté un jour comment elle et ses collègues gèrent l’afflux des demandes pour remplir ces déclarations de superficie. Elles et ils accueillent au mieux les agriculteurs, pour le meilleur et pour le pire (parfois pour le rire). Leurs « clients » présentent divers profils. Il y a tout d’abord le timide, l’implorant, le peureux qui craint de cliquer à tort et à travers, d’oublier de cocher les bonnes cases, de se mettre à la faute, et qui panique à la vue d’une phrase en rouge qui s’affiche au bas d’une page. Il y a le mec sûr de lui, l’arrogant, le prétentieux qui pour un peu voudrait apprendre leur métier aux gens qu’il sollicite, l’« em***deur » qui téléphone des dizaines de fois et s’offusque quand on ne traite pas son cas en priorité. Il y a heureusement une majorité de braves demandeurs, humbles et polis, attentifs et reconnaissants, qui cherchent à apprendre et sont pétris de bonne volonté.

Et hop ! Une fois le dernier clic apposé (sans se départir d’une vague angoisse au cœur), le dossier part en balade et commence son errance parmi les circuits mystérieux qui valident (ou pas) cette damnée déclaration de superficie et les demandes de primes. Et y’a plus qu’à attendre, à espérer que tout ira bien, cette année encore…

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