Le soja, culture d’avenir en Wallonie?
La culture de soja prendra-t-elle son envol en Wallonie ? Lucas Villé, chercheur au Centre wallon de recherches agronomiques (Cra-w), se penche sur la question, que ce soit d’un point de vue variétal ou sur le plan de l’inoculation bactérienne des semences. Si les conclusions ne seront tirées qu’en fin de projet, les premiers constats permettent déjà de tirer quelques enseignements pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure du soja wallon.

Le soja est une légumineuse annuelle, présentant des teneurs en huile et en protéines très intéressantes de, respectivement, 18 à 20 % et 36 à 45 % en moyenne. Sa culture ne requiert que peu de fertilisation, tant la plante valorise l’azote atmosphérique via les bactéries rhizobiennes du sol qui élisent domicile dans des nodules émanant du système racinaire de la plante.

Selon Lucas Villé, outre ces premiers atouts, le soja présente de nombreux autres intérêts pour l’agriculture wallonne. Premièrement, le cultiver permet d’élargir la rotation des cultures. « Le soja est également intéressant en termes de réduction d’intrants, sans nécessiter d’investir dans du nouveau matériel », enchaîne-t-il. En effet, les outils disponibles sur une ferme sont généralement déjà adaptés à la culture. Qui plus est, celle-ci se prête bien au désherbage mécanique. Sur le plan phytosanitaire, peu de maladies et ravageurs sont identifiés en Belgique.
Enfin, il s’agit d’une espèce polyvalente, pouvant être valorisée en alimentation animale et humaine.
Du semis à la récolte
Au sein du monde du soja, les variétés se distinguent notamment par leur groupe de précocité. Les groupes I et II sont destinés aux régions plus chaudes permettant des semis précoces. Suivent, du plus tardif au plus précoce, les groupes 0, 00, 000 et 0000. « Les espèces de ces deux derniers groupes sont davantage adaptées à la Wallonie. » Elles permettent un semis tardif et une récolte la plus précoce possible.
Avec divers partenaires, le Cra-w a conduit dix essais en Belgique, dont cinq en Wallonie, en 2025. Deux facteurs ont été étudiés : la variété implantée (Arcadia, Hermes et Lenka) et l’inoculum bactérien (à savoir, différentes souches de bactéries utilisées pour faciliter la symbiose avec la culture et la fixation de l’azote atmosphérique). L’occasion de découvrir quelques points de l’itinéraire technique, si l’on souhaite se lancer avec cette culture.
Ainsi, le Cra-w a opté pour un semoir pneumatique monograine équipé de disques à maïs pour la mise en terre, avec un inter-rang de 30 cm. En Flandre, un semoir à céréales est préféré, avec un inter-rang de 25 cm obtenu en n’utilisant qu’un rang sur deux. Une densité de 65 grains/m² a été choisie, entre le 7 et le 14 mai, pour une profondeur de semis de 3 à 5 cm selon les conditions. Avec un paramètre à respecter : travailler sur un sol réchauffé, dont la température est supérieure à 10°C. S’en est suivi un désherbage de pré-émergence avec les produits Stomp Aqua, Proman et Centium.

Un voile de protection a été installé en vue de favoriser l’émergence de la culture et d’assurer une protection face aux oiseaux. Celui-ci a été ôté en début de croissance. En même temps, des clôtures ont été posées afin d’éviter les dégâts de lièvres. Il s’agit cependant d’un dispositif mis en place pour assurer la pérennité de l’essai et qui n’est pas destiné à être reproduit à grande échelle.
Diverses observations ont été réalisées durant la saison. « Outre les cotations habituelles, nous avons mesuré la concentration en chlorophylle des feuilles à trois périodes distinctes. Des échantillonnages des nodules ont également été effectués », détaille Lucas Villé.
La maturation s’est déroulée dans le courant du mois de septembre, débutant par les feuilles avant les gousses. « La récolte s’est étendue de mi-septembre à début octobre dans de très bonnes conditions, par temps sec. »
En pratique, la récolte s’effectue tôt dans la saison si les conditions sont ensoleillées, sous un ciel bleu et des températures élevées. Un taux d’humidité de 14 à 18 % environ doit être visé. Plus tardivement, on interviendra dès que des éclaircies sont annoncées. Idéalement l’après-midi, après 13h ou 14h. Pourquoi ? « Après une nuit humide, il est nécessaire de laisser la culture sécher durant la matinée avant d’entamer les travaux. »
Quelques premiers enseignements
Quelques premiers constats ont déjà pu être faits, sur base de cette saison 2025. Ainsi, Lucas Villé a constaté que si la culture est implantée dans une terre riche en azote, elle se montre plus « fainéante ». Sa croissance repose sur l’azote du sol, ce qui entraîne un moindre développement des nodules. Au contraire, plus le sol est pauvre, plus l’association avec les bactéries rhizobiennes est forte. La mobilisation de l’azote atmosphérique est nettement supérieure, au bénéfice de la culture.
De même, la richesse en azote et la nécessité de réaliser une inoculation de la culture présentent une corrélation négative. En d’autres mots, plus la disponibilité en azote est grande, moins l’inoculation est utile. À l’inverse, dans un sol pauvre, l’inoculation permet de profiter plus rapidement de l’azote atmosphérique facilement mobilisable par les bactéries.
Côté rendements, des essais conduits la même année par le Centre pilote céréales et oléo-protéagineux (Cepicop) sur un large panel de variétés ont débouché sur des résultats variant entre 3.200 et 3.700 kg/ha, pour une teneur en protéines comprises entre 41 et plus de 45 % de matière sèche. « Cela s’explique par une récolte très tardive, réalisée début novembre. Les conditions climatiques ont influencé les résultats », éclaire Lucas Villé. Cela confirme bien la nécessité de récolter la culture au moment opportun.
Ces mêmes expérimentations confirment encore que l’inoculation contribue à un meilleur rendement. Le poids de 1.000 grains est, lui aussi, supérieur. En parallèle, elle entraîne une baisse de la teneur en huile et une augmentation de la teneur en protéines.
Enfin, les essais VCU (valeur culturale et d’utilisation), réalisés en vue de l’inscription de nouvelles variétés au catalogue national, montrent, quant à eux, des rendements situés entre 3.700 et 5.400 kg/ha. « Cela confirme que les sélectionneurs travaillent sur les rendements, mais aussi sur la teneur en protéines des nouvelles variétés. »
À quel prix ?
Cette année, les études relatives au colza se poursuivent. Le Cra-w, en Wallonie, et l’Ilvo, en Flandre, accompagnés de leurs partenaires respectifs implanteront une cinquantaine d’essais, en bio et en conventionnel. Ce qui permettra d’évaluer le comportement de la culture dans diverses régions agricoles et sous divers modes de culture.
Au-delà des essais, une question demeure cruciale pour les agriculteurs qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure : quels sont les prix pratiqués ? Lucas Villé éclaire les potentiels intéressés : « Un second projet consacré au soja a débuté mi-janvier et pourrait déboucher sur des propositions concrètes en fin d’année. Des travaux conduits par l’Ilvo voici deux à trois ans se sont concrétisés par des prix entre 400 et 450 €/t ». Un paramètre qui sera suivi attentivement par celles et ceux qui se penchent sur le soja.





