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Comment éviter les écoulements de jus de silo?

Souvent perçus comme un désagrément secondaire, les jus de silo constituent pourtant une source de pollution ponctuelle non négligeable en élevage. Mal maîtrisés, ils peuvent contaminer durablement les eaux superficielles et souterraines. Une bonne gestion commence dès la conception du silo et se poursuit tout au long de son utilisation.

Temps de lecture : 5 min

Les jus de silo sont issus de l’écoulement des eaux contenues dans les fourrages ensilés, en particulier les ensilages d’herbe et de maïs récoltés humides (moins de 27 % de matière sèche). Leur charge polluante est très élevée : riches en matières organiques fermentescibles, en azote ammoniacal et en acides organiques, ces jus provoquent une consommation rapide de l’oxygène des milieux aquatiques.

Un rejet, même de faible volume, dans un fossé, un ruisseau ou sur un sol perméable peut entraîner la mort d’animaux aquatiques, une dégradation durable des écosystèmes et une contamination des nappes. À ce titre, le Programme de gestion durable de l’azote (Pgda) réglemente la maîtrise de ces jus : « Ils ne peuvent ni atteindre les égouts, ni les eaux de surface ou souterraines. Ils doivent être soit stockés, soit récupérés via un dispositif absorbant ».

Outre les risques de contamination, ces jus peuvent représenter une réelle nuisance olfactive pour le voisinage.

La règle d’or : objectif 30 %

Tout commence au champ. Les volumes de jus produits sont fortement dépendants du taux de matière sèche à la récolte.

Ainsi, en dessous de 25 % de MS, la production de jus est très importante et devient difficile à gérer. Au-delà de 30 % de MS, la production de jus devient quasi nulle.

Un silo bien conçu dès le départ

Trop souvent, les problèmes apparaissent sur des ouvrages anciens ou mal pensés, où les écoulements n’ont pas été anticipés. Une conception adaptée du silo dès sa construction permettra d’éviter bon nombre de désagréments.

Un silo bien conçu doit reposer sur une dalle étanche, résistante aux acides. Les éventuels murs et joints doivent empêcher toute fuite latérale ou infiltration dans le sol. La séparation des eaux propres (pluie, ruissellement extérieur) et des jus de silo est également un point clé pour éviter d’augmenter inutilement les volumes à gérer.

La distance de transport entre le silo et le bâtiment d’élevage doit être la plus courte possible et la zone de désilage doit rester la plus propre possible afin d’éviter que des résidus issus d’un silo ne se mélangent aux eaux de pluie tombées sur la cour.

Cette réflexion en amont permet non seulement de sécuriser l’environnement, mais aussi de limiter les coûts ultérieurs liés à des travaux correctifs ou à des mises en conformité.

Que faire lorsqu’un silo coule ?

Malgré toute la vigilance apportée à la récolte, un écoulement peut survenir. Dans ce cas, il est essentiel de réagir rapidement.

À court terme, l’objectif est simple : le jus ne doit pas atteindre un fossé ou le réseau d’égouttage.

Il peut ainsi être utile de détourner le flux et d’orienter l’écoulement vers une zone tampon sécurisée (une fumière étanche, par exemple), loin des réseaux d’eau et des fossés. Des barrages peuvent également être utilisés. On pense ici à des boudins temporaires de matériaux absorbants pouvant contenir l’écoulement.

Attention en cas d’utilisation de paille ou de sciure ! Ces solutions sont particulièrement éphémères car leur effet sur la rétention des jus peut être rapidement annulé en cas de pluie.

Enfin, il est possible de récupérer les jus dans des bacs ou contenants provisoires.

Ces mesures ne sont que transitoires, mais elles limitent les impacts immédiats sur l’environnement.

Un silo bien pensé dès sa construction permet d’éviter  de potentiels désagréments, quelques années plus tard.
Un silo bien pensé dès sa construction permet d’éviter de potentiels désagréments, quelques années plus tard.

Des solutions structurelles

Une fois l’urgence passée, un diagnostic s’impose pour identifier la faille et la solution à apporter :

– rétablir l’étanchéité : réparer la dalle, les fissures ou les joints défectueux. À ce titre, plusieurs fabricants commercialisent des solutions « haute performance » adaptées au secteur agricole (Sika, Vandex, Master Builders…) ;

– adapter le stockage : l’ajout d’une citerne dimensionnée sur les volumes réels est souvent la solution la plus sereine, idéalement précédée d’un déversoir d’orage ;

– repenser l’aménagement : dans certains cas, le reprofilage des pentes sera nécessaire pour réorienter les flux.

Épandre les jus au champ

Bien que leur charge polluante soit extrême en cas de rejet direct dans l’eau, les jus de silo constituent un engrais organique non négligeable, riches en azote ammoniacal et en potasse. Cependant, leur acidité élevée (pH souvent proche de 4) impose une grande prudence. Il convient donc de respecter les mêmes règles d’épandage que celles applicables aux engrais de ferme à action rapide.

La meilleure manière de valoriser les jus de silo est de les mélanger aux lisiers ou aux purins. Ce mélange permet de diluer l’acidité des jus grâce au pouvoir tampon des effluents d’élevage, limitant ainsi les risques de corrosion du matériel d’épandage et, surtout, de brûlure sur le feuillage.

L’épandage de jus de silo seuls est fortement déconseillé. Leur concentration en acides organiques risque de « brûler » la végétation et de perturber localement la vie microbienne du sol par une chute brutale du pH.

S’il n’y a aucune possibilité de mélanger les jus, une dilution importante à l’eau est indispensable avant toute application.

D’après Protect’eau

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