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L’épandage sans tonne perfectionné, pour optimiser la fertilisation

L’épandage sans tonne, aussi appelé système ombilical, connaît une popularité croissante dans notre pays depuis une quinzaine d’années. Importée des Pays-Bas, cette technique est de plus en plus fréquemment adoptée par les entrepreneurs de travaux agricoles flamands, qui adaptent leurs machines et les perfectionnent en fonction de leurs besoins et leur expérience de terrain. C’est le cas de Michael Boon, originaire de Dixmude.

Temps de lecture : 8 min

Petit-fils d’agriculteur, Michael a baigné dans le secteur dès son plus jeune âge. D’abord entrepreneurs de travaux agricoles, il s’est progressivement orienté vers le terrassement et la démolition, au point d’en faire son activité principale. Depuis, il a toutefois repris une activité d’épandage de lisier sans tonne et compte, à l’avenir, développer davantage ce pôle de son entreprise.

Cela fait plusieurs années que le jeune homme a découvert les nombreuses possibilités qu’offre cette technique en plein essor. Alors que peu de prestataires s’y consacrent, la demande, elle, s’affiche en forte progression. Ce qui a suffi à le convaincre ! Et même plus, car l’entrepreneur conçoit également ses propres machines.

Une saison humide en France

Bien que basé à Dixmude, Michael a rapidement franchi la frontière et se rendait dans le nord de la France pour y épandre du lisier. Pour ce faire, il travaillait initialement avec un tracteur. L’entrepreneur a cependant été confronté à une saison particulièrement humide et aux inconvénients qui en découlent… À la recherche d’une solution, il s’est penché sur un TerraGator. Cet automoteur, doté d’une benne basculante, avait été acquis quelques années auparavant afin de renforcer l’activité de terrassement et de démolition. Doté de quatre chenilles, l’engin permettait de transporter de la terre sur les chantiers, même en conditions humides. L’outil a finalement été réorienté vers l’épandage du lisier.

Si Michael équipait déjà son tracteur d’une rampe d’épandage (lire encadré) d’une largeur de travail de 24 m, celle-ci a été adaptée pour le TerraGator. La benne basculante demeure disponible pour les travaux de terrassement.

L’entrepreneur et son frère, Thomas, ont effectué eux-mêmes les travaux d’adaptation nécessaires pour monter la rampe sur l’automoteur, derrière la cabine. Une couronne d’orientation a également été ajoutée au-dessus de l’essieu arrière, où se situe le point d’attelage du tuyau d’alimentation.

Un poids réduit… et une puissance élevée

L’an dernier, cette combinaison a été mise en service pour la première fois, tant en France qu’en Flandre. Environ 80 % du temps, la machine travaille d’ailleurs outre-Quiévrain, marché pour lequel elle a été développée. Michael entend poursuivre dans cette voie. « En France, je constate que le biogaz est en plein essor. Le digestat doit donc trouver des débouchés. Nous pouvons nous positionner sur ce marché. Et si une nouvelle saison humide venait à se présenter, les quatre trains de chenilles triangulaires sur lesquels repose le TerraGator nous permettront de continuer à travailler dans de bonnes conditions », détaille l’entrepreneur. Chaque chenille mesure environ 90 cm de large pour 230 cm de long. La machine affiche ainsi une surface de contact au sol de plus de 8 m², pour un poids propre d’environ 9 t. « Quelle autre combinaison ou machine fait mieux ? », enchaîne-t-il.

Le TerraGator repose sur quatre chenilles. Ajouté à l’abandon de la tonne, cela contribue à la protection des sols.
Le TerraGator repose sur quatre chenilles. Ajouté à l’abandon de la tonne, cela contribue à la protection des sols. - TD

Vue de loin, la machine évoque un rapace se posant, les ailes déployées… mais avec une envergure de 24 m ! Au travail, le moteur du TerraGator tourne à très bas régime. « La puissance de l’engin est largement suffisante, ce qui permet de travailler à bas régime et, par conséquent, d’économiser du carburant », souligne Thomas, qui officie ce jour en tant que chauffeur.

Le jour de notre visite, des poches à lisier étaient prêtes à la ferme, en vue de l’épandage. Sur celles-ci, était raccordée une pompe entraînée par un moteur stationnaire. Le lisier était ainsi pompé depuis l’exploitation vers le champ via un tuyau d’alimentation mesurant 1,7 km. Le tracteur chargé de déplacer la pompe est d’ailleurs équipé d’un dévidoir pouvant accueillir par moins de 2,4 km de tuyau.

À transporter sur une remorque

« On atteint la capacité maximale lorsqu’un seul chauffeur pilote l’injecteur à lisier tout en commandant la pompe via une télécommande sans fil. Un second chauffeur peut alors, sur une parcelle voisine, déployer ou enrouler les tuyaux, ce qui permet d’optimiser en permanence le temps de travail », poursuit Thomas. Celui-ci ne tarit pas d’éloges sur le TerraGator sur chenilles : « Il faut chercher minutieusement dans la parcelle travaillée pour identifier où la machine est passée ».

Le seul inconvénient réside dans le transport routier : l’engin doit être chargé sur une remorque surbaissée attelée à un camion. Celle-ci a d’ailleurs été adaptée afin de respecter la hauteur légale de transport. Le camion et la remorque servent également pour les travaux de terrassement et de démolition.

Thomas Boon ne partage pas l’idée selon laquelle il serait plus facile de travailler sans tonne sur de grandes parcelles. Celles-ci doivent parfois être subdivisées, notamment pour éviter une longueur excessive du tuyau d’alimentation, mais aussi pour limiter les contraintes de torsion et de tension liées aux manœuvres. Une parcelle peut, par exemple, être scindée en deux pour l’épandage. « En France, il nous arrive d’intervenir sur des parcelles de tailles considérables. Il faut donc, dès le départ, bien réfléchir à l’organisation du chantier », résume-t-il.

Préserver le sol

Nous avons vu le TerraGator à l’œuvre sur une parcelle de blé d’hiver de l’agriculteur Jan Vandepitte, installé à Knokke. « Le travail est propre, il n’y a rien à redire », résume-t-il. Il apprécie notamment la grande largeur de travail de la rampe d’épandage, qui limite le nombre de passages sur la parcelle. « C’est cependant dommage que la largeur d’épandage ne corresponde pas tout à fait à celle des traces de pulvérisation (39 m) », nuance-t-il.

Jan souligne qu’il dispose de bonnes terres destinées à la production de pommes de terre de conservation de qualité. « Il faut donc tout mettre en œuvre pour maintenir ces sols en état. » C’est pourquoi il évite de circuler au printemps avec des tonnes à lisier lourdes et privilégie, depuis au moins 25 ans, l’épandage sans tonne. « Autrefois, des entrepreneurs néerlandais venaient réaliser ces travaux, aujourd’hui ce sont des entrepreneurs flamands, qui se sont inspirés de leurs voisins du nord. »

Pour la fertilisation de son blé d’hiver, l’agriculteur adopte habituellement une stratégie en trois temps : un apport d’azote au démarrage, suivi d’un épandage de lisier, éventuellement complété par une fertilisation foliaire. Sur la parcelle où travaillait l’entrepreneur Boon, aucun apport minéral de départ n’a toutefois été réalisé. Avec un précédent pomme de terre, le sol disposait encore d’une réserve d’azote suffisante. La bonne implantation du blé, combinée aux prix élevés des engrais minéraux, a permis de faire l’impasse sur cet apport initial. « Cela a également été rendu possible par l’application d’un mélange de digestat et de lisier de porc, chacun apporté à parts égales. L’agriculteur tire ainsi parti de l’action rapide de l’azote contenu dans le digestat tandis que l’azote apporté par le lisier est libéré progressivement durant la croissance de la céréale. »

Le fait que ce mélange soit stocké à l’avance, dans des poches, par l’agriculteur a permis d’organiser efficacement le chantier, sans devoir attendre, par exemple, le transport par camion. Il en résulte une organisation fluide et appréciée tant par l’entrepreneur que par le cultivateur.

Jan recourt également à la fertilisation sans tonne sur les parcelles dédiées aux oignons, pommes de terre, betteraves sucrières… « Nous devons limiter au maximum les passages sur nos parcelles afin de maîtriser la dégradation de la structure et de préserver la qualité du sol », insiste-t-il.

Il regrette toutefois que la législation actuelle sur les effluents d’élevage n’autorise pas l’application de lisier sur ces parcelles via une rampe d’épandage. Le législateur impose, en effet, une incorporation directe du lisier. Le fait que le tuyau d’alimentation « gêne » le passage d’un second attelage chargé d’incorporer le lisier constitue un obstacle pour cette technique. L’entreprise Boon ne peut donc pas recourir au TerraGator et intervient avec un tracteur équipé d’un injecteur.

En l’absence de tonne, le lisier est pompé depuis le bord de la parcelle  via une conduite d’alimentation vers l’injecteur, au champ.
En l’absence de tonne, le lisier est pompé depuis le bord de la parcelle via une conduite d’alimentation vers l’injecteur, au champ. - TD

Valoriser au mieux les fertilisants disponibles

Ce même jour, Michael s’est également rendu dans la région de Furnes, où il a noué une collaboration avec des collègues. L’objectif ? Pallier le manque de main-d’œuvre et valoriser au mieux les plus-values de chacun. L’entreprise Gouwy assure ainsi le transport du lisier, tandis qu’Emiel Leuridan prend en charge l’injection, toujours en l’absence de tonne. Lucas Hancke, collaborateur de l’entreprise Boon, manœuvre, quant à lui, le « conteneur de mélange ».

Michael présente ledit conteneur : « Il est équipé de deux compartiments distincts, permettant d’appliquer simultanément deux types d’effluents. Il est même possible d’en ajouter un troisième en raccordant une tonne, un conteneur ou une poche supplémentaire. Chaque type de fertilisant peut être dosé de 0 à 100 % dans le mélange. Celui-ci est ensuite acheminé vers l’injecteur au champ via une pompe entraînée par le tracteur ».

« Les volumes que nous sommes autorisés à appliquer au champ diminuent. Il faut donc utiliser au mieux ce que l’on peut encore épandre. C’est là que le conteneur de mélange révèle tout son potentiel. On peut ainsi combiner lisier, digestat, effluent… jusqu’à obtenir la composition et le dosage idéaux. Le mélange rend également les effluents plus fluides, améliore leur répartition et facilite leur absorption par les plantes. Certaines matières liquides sont parfois difficiles à épandre de manière homogène en raison de leur forte teneur en nutriments. Le mélange offre ici de nouvelles possibilités », explique Michael. « Je pense que l’avenir réside dans cette technique. Et je crois aussi beaucoup au travail avec voies de passage permanentes (controlled traffic farming ou CTF)… »

D’après Tim Decoster

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