Des premiers pas aux catalogues, le parcours exigeant des taureaux d’insémination
Avicci, Fabuleux, Ronaldo… Si vous êtes un passionné de Blanc Bleu Belge, ces noms vous mettront sans doute la puce à l’oreille. Ce sont quelques-uns des résidents de Génétique Avenir Belgimex, parmi les 63 taureaux reproducteurs présents sur le site. Implanté à Ciney, il s’agit d’un des quatre centres d’insémination en Wallonie. Un lieu hors du commun qui permet d’assurer l’avenir et la qualité de la race, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières.


Les centres d’insémination, les agriculteurs les connaissent à travers leurs portes ouvertes organisées chaque année, mais aussi grâce à leurs employés qui sillonnent les fermes de notre région. Catalogue en main, ces derniers présentent leurs taureaux, des plus connus aux nouvelles recrues. Avec l’éleveur, ils tenteront ainsi de former le couple parfait, celui qui donnera naissance à la bête tant attendue.
Toutefois, avant de proposer tel ou tel mâle, comment se déroule, en amont, tout le processus de sélection ? Christophe Cailteux, coordinateur au sein de Génétique Avenir Belgimex, société née en 2004, explique les coulisses de son travail. Éleveur passionné, il fait partie de la quinzaine d’employés du centre d’insémination. Dans celui-ci est produit uniquement du Blanc Bleu Belge, bien que des semences d’autres races y soient également distribuées. Pour ce faire, le site accueille 63 taureaux. Cependant, avant d’arriver ici, ces animaux ont dû faire leurs preuves.

Repérer les futurs talents
La première étape ? Être repéré. Afin de réaliser cette mission, les représentants de la société peuvent cerner les animaux avec du potentiel directement au sein des fermes. Une autre voie passe par les concours. Notons, à ce propos, que si un bovin gagne sur le ring, l’éleveur peut faire jouer la concurrence entre les différents centres et essayer de faire grimper les prix en sa faveur. D’ailleurs, une personne du site est présente lors de chacune de ces compétitions. « Nous cherchons d’abord des veaux issus de bonnes mères. Puis, on regarde la morphologie, les performances, les mensurations », explique Christophe Cailteux. Dès l’âge de 9-10 mois, le taureau peut déjà dévoiler ses aptitudes, et montrer ce qu’il deviendra au fil du temps. Les plus jeunes d’entre eux peuvent arriver au centre vers l’âge d’un an, tandis qu’à 13 mois, certains sont aptes à la reproduction. « En réalité, plus ils viennent tôt au centre, mieux c’est. Un animal qui a déjà fait ses preuves dans son troupeau, avec les vaches en chaleur, sera plus compliqué pour l’étape de la collecte. Plus jeune, il aura davantage de facilité à s’adapter au processus ».
Notons que les éleveurs qui pensent avoir une pépite au sein de leur cheptel peuvent aussi prendre contact avec l’établissement. Afin de mettre toutes les chances de leur côté, ils peuvent anticiper certaines demandes du centre. Par exemple : bien garder une photo de la mère. « Pour le marketing, c’est important. Dans notre catalogue, on essaie de la mettre en photo, puisqu’elle compte pour 50 % du potentiel génétique du taureau ».
Enfin, ne l’oublions pas : un taureau ne peut pas toujours plaire à tout le monde. Comme il en faut pour tous les goûts et toutes les demandes, différents profils et aptitudes sont recherchés !

Faire ses preuves et produire 1.000 doses en 2-3 mois !
Ensuite, si un animal semble avoir le potentiel nécessaire, place à la seconde étape : les différents tests, notamment génétiques. Pour le Blanc Bleu Belge, plusieurs anomalies sont identifiées, une hypertrophie musculaire par exemple. L’objectif est dès lors de s’assurer qu’aucune de ces tares ne pourra engendrer un impact économique négatif sur la rentabilité du futur veau.
Bien entendu, l’aspect sanitaire occupe une place prépondérante. Différents tests sont réalisés à la ferme et au centre, où les animaux devront également effectuer une quarantaine de 5 à 6 semaines.
Lorsque l’ensemble des signaux sont au vert, reste une obligation à remplir. Avant qu’un taureau soit admis en production, il faut qu’il soit apte à produire 1.000 doses en 2-3 mois environ. De plus, il doit être expertisé par le herd-book Blanc Bleu Belge afin de s’assurer qu’il respecte bien les critères de la race. Si ce n’est pas le cas ? Retour à la case départ. Le mâle, qui à ce stade reste la propriété de l’éleveur, rejoindra sa ferme d’origine, comme le stipule le contrat. « Cela arrive à un taureau sur deux… », souligne Christophe Cailteux. Quant aux éleveurs, en général, ceux-ci préfèrent ne pas retenter leur chance et utilisent l’animal chez eux, en monte naturelle.
Dernière étape, et non des moindres, la transaction financière. Si le prix d’achat varie, il existe un tarif fixe de départ. Concernant un taureau de croisement, destiné à l’exportation ou au croisement sur vache laitière, ce dernier est fixé à environ 6.000 €. Évidemment, au niveau des taureaux utilisés en race pure, le chiffre monte : il démarre à 9.000 € jusqu'à 15.000 €. Par la suite, l’éleveur recevra des royalties. Deux fois par an, il empochera un pourcentage sur le chiffre d’affaires généré par son ancien animal. « Afin de prendre moins de risques, nous avons tendance à offrir un prix de départ un peu moins élevé. Mais si le reproducteur plaît, qu’il a une bonne descendance, ce sera du gagnant-gagnant pour les deux parties ».
De la collecte à la distribution…
Quand le bovin a réussi à avoir sa place attitrée au centre d’insémination, il est prêt pour la production. Les jours où la semence est collectée, une ambiance particulière règne sur le site… Les mâles s’excitent, les plus expérimentés entraînent les jeunes. « Il faut être concentré et calme tout en restant prudent et attentif. Nous avons déjà eu des frayeurs, néanmoins, heureusement, jamais de gros accident », souligne Odile Monfort, la vétérinaire chez Génétique Avenir Belgimex. Trois hommes sont présents. Deux manipulent la bête, un prélève le sperme. Durant ce temps, le taureau grimpe sur un autre mâle acceptant de se laisser monter, et donc de servir de support.
Cette opération, sous haute surveillance, se déroule différents jours de la semaine, les lundis, mardis et jeudis. « Ils ne sont pas tous collectés en même temps. On s’adapte à leur capacité. Par exemple, pour les jeunes, la collecte est prévue une fois par semaine. Cependant, si la production augmente en qualité et en nombre de doses, on peut essayer d’atteindre deux fois par semaine », poursuit Odile Monfort.
Une fois la tâche réalisée, cette experte est chargée d’analyser la semence des animaux à l’aide d’un microscope et d’un analyseur. Si le sperme convient, la dilution et le nombre de doses attendues sont calculés. En fin de journée, la semence sera congelée. Si ce n’est pas le cas, la semence sera jetée, le tout sachant qu’une collecte journalière se chiffre à 250 doses, en moyenne, par taureau.
Deux à trois jours plus tard, trois doses par lot de taureau repassent au crible. Elles sont décongelées et, de nouveau, analysées afin de s’assurer de leur qualité. Avant la mise sur le marché, elles doivent encore rester en quarantaine durant au moins 30 jours. Une sécurité si une maladie se déclare chez le mâle pendant ce laps de temps. De l’azote liquide est utilisé pour le stockage. Jusque quand ? Indéfiniment. « Si nous le souhaitions, nous pourrions même aller chercher des doses d’il y a quarante ans », sourit Christophe Cailteux.

Prendre son temps, mais laisser de la place pour les nouveaux
C’est seulement après ce chemin parcouru que les éleveurs peuvent faire leur choix parmi les mâles du catalogue. S’ils restent aptes à produire, les taureaux pourront continuer à y figurer. Un manque de libido, des soucis au niveau des pattes, des blessures, une qualité de semence qui va en se dégradant peuvent, par exemple, sonner la fin de leur carrière. À Ciney, le plus âgé est Baryton du Panorama. Né en 2018, il a souffert de douleurs au pied. Après plusieurs mois, il a pu, finalement, reprendre son travail. « Parfois, il faut savoir prendre son temps. C’est également le cas pour les jeunes taureaux avant qu’ils ne se mettent en route », indique la vétérinaire. Un équilibre à atteindre entre la place disponible, les anciens producteurs et les nouveaux venus. Et qui sait, parmi eux, se trouve peut-être le futur grand nom qui marquera de son empreinte notre race nationale !





